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Renaud Schoonbroodt, cofondateur et CTO de On-Hertz, et développeur du moteur Artisto, présente le trophée Best of Show décerné par TVB Europe au NAB 2024. © DR

Artisto, le moteur logiciel qui réinvente les workflows audio

 

Partant du constat qu’il est très difficile de faire des émissions de radio en extérieur, car il faut déplacer beaucoup de matériel, deux anciens collègues, Renaud Schoonbroodt (actuel CTO de On-Hertz) et Benjamin Lardinoit (actuel CEO), lancèrent en 2018 un concept de studio radio très mobile puisqu’il pouvait tourner sur un simple ordinateur portable. Le produit Lumo (« lumière » en espéranto) était né. On-Hertz, qui compte aujourd’hui sept collaborateurs – principalement des développeurs centrés sur l’audio –, collabore en France avec l’intégrateur CVS et se déploie de plus en plus à l’international. Ils ont notamment annoncé début avril un partenariat avec l’intégrateur canadien Applied Electronics.

Artisto a déjà convaincu des diffuseurs majeurs et étend toujours plus ses capacités avec le support récent du ST2110. Benjamin Lardinoit cofondateur et CEO de On-Hertz répond à nos questions.

 

Quelles ont été les étapes clés de On-Hertz depuis 2018 ?

Benjamin Lardinoit : En 2018, la VRT a lancé un programme d’intrapreneurship auquel nous avons participé. Ils voulaient faire une matinale depuis une montgolfière mais il était impossible de la produire avec des moyens traditionnels. Il faut savoir que lorsqu’on gonfle le ballon de la montgolfière, il reste seulement vingt minutes pour embarquer tout le matériel ! La solution que nous avons proposée était un studio radio qui se composait d’une tablette PC et d’une carte son USB. Un codec SIP intégré permettait d’envoyer le signal en 4G vers la terre ferme et nous a permis de faire cette matinale en direct à 400 mètres d’altitude.

Nous avons également remporté en 2019 le challenge Radio France Vivatech qui nous a permis de commencer à travailler avec Radio France. En 2020 il y a eu le Covid, avec les conséquences que l’on connaît sur les déplacements. Cela nous a donné un coup d’accélérateur car notre solution était bien adaptée à cette situation. L’installation de notre produit est simple (c’est un Installer Windows), et une petite formation à distance suffit à l’utilisateur pour être autonome en deux heures.

Un de nos clients, DPG Medias, nous a alors donné l’idée d’utiliser le moteur du premier produit Lumo pour d’autres applications. C’est ce moteur appelé Artisto qui est désormais au cœur de tous nos produits. En 2020, nous sommes rentrés à RTL Belgium pour la refonte de leurs studios multimédia, puis en 2022 chez Canal+ avec le traitement pour les multifeeds et les régies d’habillage. Nous sommes aussi présents chez RFI, TV Monaco et dans le groupe Altice où nous leur avons permis de créer des radios temporaires pour les événements grâce à Lumo et Artisto. Dans le reste de l’Europe nous avons notamment NRK et TV2 comme clients. Enfin, au NAB 2024 le produit Artisto a remporté la récompense Best of Show de TVB Europe.

 

Une installation simple et compacte de la solution Artisto Flexible Mixer en présentation au NAB 2024. © DR

Pouvez-vous décrire le moteur Artisto ?

Artisto est le cœur de notre technologie. Il s’agit d’un moteur audio entièrement software pouvant tourner sur de l’équipement IT standard (COTS). Il reprend toutes les fonctionnalités d’une console de mixage comme le routage et les traitements, mais aussi des fonctions apportées traditionnellement par des équipements ou logiciels externes comme le playout audio, l’enregistrement ou le support de protocoles audio over IP comme le SIP, Web RTC, NDI, SRT… Il permet également des traitements plus avancés comme le ducking, la compression multibande, un déesseur, des outils de monitoring… Tout est présent dans un seul moteur. Il n’y a aucun travail d’intégration à faire. Il suffit de tirer des fils virtuels entre des blocs sur l’interface graphique. Nos solutions peuvent se configurer et se piloter depuis une interface Web et nous sommes capables de donner des interfaces différentes pour chaque type d’utilisateur : journaliste, ingé son, support technique… Aussi nous avons une API disponible et parfaitement documentée permettant à Artisto de contrôler ou d’être contrôlé par des équipements externes tiers comme des surfaces de contrôle ou des orchestrateurs.

 

Comment se décline votre gamme de produits ?

Tous nos produits sont basés sur le moteur Artisto qui peut aussi être acheté seul (avec des options comme le support du ST2110 ou du codec SIP). Sur cette base, nous avons décliné plusieurs produits adaptés à des usages spécifiques : Lumo, Voicebooth pour les journalistes ou Nubo qui est une version du studio radio dans le cloud AWS. Dans ces produits, le moteur est transparent, nous avons construit une interface utilisateur et une logique d’utilisation. Chaque solution est dimensionnée pour un usage précis. Même si tout est configurable et évolutif, nous cherchons à fournir autant que possible un produit clé en main et à transférer le plus rapidement possible les compétences à l’intégrateur ou l’utilisateur. Nous pouvons faire des développements à la demande du client si nous pensons qu’ils améliorent le produit et qu’ils serviront d’autres clients. Par exemple, nous avons développés la redondance à la demande pour Canal+. Cette fonction est évidemment très utile pour d’autres projets.

 

Avez-vous l’intention d’intégrer des plug-ins audio tiers comme les VST ?

C’est une question qui revient souvent mais ça n’a jamais été bloquant pour les clients. Nous ne souhaitons pas introduire dans notre moteur des élément tiers sur lesquels nous n’avons pas le contrôle ou qui ne sont pas robustes. Certains plug-ins ont des problèmes de stabilité. La deuxième raison est que toutes nos interfaces sont Web. Nous avons donc besoin d’avoir un accès Web à ces différents plug-ins or ils ne sont pas tous compatibles.

 

Quelles nouveautés avez-vous annoncé au NAB 2024 ?

La première annonce était le support natif du ST2110 et du 2022-7 pour la redondance. Nous avons montré sur notre stand une installation ST2110 tournant sur un mini PC à moins de 1 500 euros, équipé de deux modules SFP+ 10 Gbps, deux connexions RJ45 2.5 Gbps et toute la puissance de calcul nécessaire à l’intérieur. La particularité de notre 2110 est qu’il ne nécessite pas de carte réseau particulière. Il peut fonctionner sur une NIC Intel récente et par conséquent cela permet un déploiement sur des machines virtuelles en 2110.

Un point important est que nous considérons que le ST2110 n’est pas une fin en soi. Remplacer des câbles XLR par des câbles réseau n’a pas grand intérêt. Ce qui est pertinent, c’est d’ouvrir la voie à la virtualisation et donc au fait d’avoir des ressources de production qui sont disponibles sur un réseau, qui sont évolutives à la demande et qui peuvent être allouées de manière très dynamique et modulaire.

La deuxième chose que nous avons montré au NAB est la possibilité de se servir d’Artisto comme d’un gateway audio entre tous les protocoles audio sur IP, et aussi avec ses cartes son plus traditionnelles. Il est possible d’entrer et sortir dans toute une série de formats. Par exemple nous pouvons rentrer en Madi sur la machine, sortir en 2110 ou bien rentrer en NDI et sortir en SRT ou en USB… Ceci est totalement transparent pour l’utilisateur.

 

L’interface graphique d’Artisto Flexible Mixer montre l’aspect intuitif du routage audio, de la configuration de la chaîne de traitement et de son pilotage. © DR

 

Qui sont les utilisateurs d’Artisto et pourquoi vous ont-ils choisi ?

Chez beaucoup de diffuseurs, la taille des équipes a tendance à se réduire tandis que le nombre de canaux de diffusion augmente, par conséquent il y a une vraie recherche d’efficacité. Notre solution répond à cette demande en offrant des ressources de production automatisables et extensibles.

Les acteurs traditionnels du monde de l’audio tendent à rester traditionnels, cependant nous avons observé un changement de mentalité profond. Il y a quelques années, l’idée de remplacer leur matériel par des PC faisait sourire. Aujourd’hui Il n’y a plus aucun diffuseur qui ne réfléchit pas à avoir au moins une partie software lorsqu’il doit renouveler son infrastructure. Aujourd’hui, avec le déploiement en data center, faire tourner du logiciel sur du COTS ne fait plus peur quant à la fiabilité, la robustesse et la sécurité. Notez que tout l’activité financière mondiale tourne sur du COTS.

Nous avons de la redondance avec deux moteurs Artisto qui tournent sur deux machines différentes dans deux data centers séparés reliés en fibre. Aussi nos outils sont orientés sur le live, ce qui demande de la robustesse et du traitement en temps réel. Or, le direct est prisé par les diffuseurs qui veulent attirer ou retenir une audience jeune qui se dirige de plus en plus vers les réseaux sociaux. La capacité de faire du live est très engageante et Artisto répond à ce besoin.

 

Comment envisagez-vous de faire évoluer votre solution ?

Notre technologie a déjà atteint un bon niveau de maturité avec l’ajout du 2110 dont le but est vraiment de virtualiser les ressources de production. Nous allons continuer à décliner Artisto en différents produits en travaillant sur la facilité de prise en main et l’adaptation aux cas d’usage. L’idée est de mettre l’outil dans les mains des créateurs de contenu plutôt que dans celles des techniciens. Comme nouvelle fonctionnalité possible, puisque nous supportons déjà le Web RTC, nous pourrions traiter la vidéo avec l’audio. Le but n’est pas de refaire un mélangeur vidéo mais lors d’une interview, il serait pertinent de faire passer aussi la vidéo.

Les possibilités offertes par l’IA sont évidemment aussi des choses auxquelles nous regardons dans le but de toujours faciliter la production de contenu. Aussi aujourd’hui nous proposons deux modèles de licence : une licence perpétuelle et une licence par abonnement. Nous avons un portail de documentation en ligne qui doit permettre à l’utilisateur d’être autonome donc nous arriverons certainement un jour à vendre le logiciel en ligne dans une version téléchargeable depuis le site Web. Enfin, nous ne sommes pas pour le « tout cloud » la majorité de nos installations restent on prem. Le cloud est bien par exemple pour la contribution quand différents intervenants ne sont pas au même endroit physiquement. Cela reste aujourd’hui, je pense, relativement minoritaire et je pense que le modèle qui se dessine pour le futur est plutôt un modèle hybride avec un pool de ressources relativement fixes, on prem, et pour répondre ponctuellement à des pics d’usage nous pouvons envisager un déploiement cloud.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #57, p. 88-90