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La partie audio sous la marque ProTools représente une part importante du business d’Avid et avec des nouveautés à venir. © DR

Avid consolide ses bases

 

Nous nous intéressons aujourd’hui à l’avenir de la postproduction. Quelle direction va prendre Avid dans ce domaine ?

Jeff Rosica : C’est une excellente question. Vous savez, je travaille dans ce milieu depuis maintenant plus de trente-cinq ans et il a beaucoup évolué, surtout ces dernières années. La postproduction et les médias en général n’avaient jamais connu une telle phase de transformation au cours de leur histoire. Ça peut paraître un peu intimidant, mais pour ma part, la perspective de ce qui nous attend m’enthousiasme beaucoup. Les contenus ont aujourd’hui un fort impact, et l’accès aux outils pour les produire s’est largement démocratisé. Désormais, si quelqu’un a une histoire intéressante à raconter, il peut s’aider d’outils qui lui permettent facilement d’envisager une forme nouvelle de storytelling. L’évolution des technologies rend cela de plus en plus facile.

On entend beaucoup de gens dire que l’IA changera complètement la donne ; pour ma part, je ne m’attends pas à ce qu’elle remplace le processus créatif, mais plutôt à ce qu’elle l’assiste, comme le fait l’outil Copilot de Microsoft, par exemple. L’IA fonctionnera comme un assistant qui facilitera l’automatisation et nous débarrassera des tâches de routine qu’on retrouve en postproduction. En confiant ces tâches à l’IA, nous gagnons du temps que nous pouvons ensuite consacrer à trouver la meilleure manière de raconter nos histoires. À condition de bien s’en servir, l’IA peut apporter une grande contribution à la postproduction.

 

Vous travaillez dans le secteur depuis longtemps. Selon vous, quelle a été la plus grande transformation d’Avid au cours des cinq dernières années ?

Jeff Rosica, CEO d’Avid. © DR

Quand je suis devenu CEO, mon objectif était de retrouver les racines d’Avid. Mes prédécesseurs n’ont pas toujours pris les meilleures décisions dans l’intérêt de l’entreprise, donc ma priorité était de faire revenir Avid à son cœur de métier : ce que nous faisons le mieux, c’est donner aux créateurs les outils nécessaires pour raconter leurs histoires et aider les entreprises créatrices de médias. Retrouver nos fondations, notre culture, moderniser notre manière de faire nous a permis d’aller de l’avant. L’économie tout entière est en train d’évoluer vers plus de modèles basés sur les abonnements, mais le secteur de l’audiovisuel commence à peine à exploiter pleinement tout le potentiel du cloud. Je ne crois pas forcément que tout doit passer par le cloud, mais j’estime que cette technologie sera utile pour déployer certains workflows. En somme, je dirais que nous avons fait un gros travail pour revenir aux sources et nous remettre sur la bonne voie.

 

Par rapport aux autres entreprises similaires de votre secteur, vous avez une communauté particulièrement importante ; comment l’aidez-vous, et comment vous aide-t-elle ?

Nous faisons toujours de notre mieux, c’est notre premier impératif. Avoir la passion nécessaire pour aider nos clients et les entreprises fait partie de la culture d’Avid. C’est un métier de passionnés. En ce qui nous concerne, nous avons surtout à cœur de déterminer les plus grands besoins de nos clients et d’y répondre, pas seulement sur le moment, mais d’anticiper aussi sur plusieurs jours, semaines, mois. Nous tenons à être réactifs pour nos clients, notre communauté, comme vous dites. Nous avons beaucoup d’utilisateurs à travers le monde qui contribuent énormément à Avid par le biais de la Customer Association, qui forme une véritable communauté. Cette association continue de gagner en maturité et nous apporte beaucoup. D’ailleurs, cet après-midi même, se tient une réunion du conseil d’administration à laquelle ses représentants prendront part ! Ils nous font part de très nombreux retours lors de notre procédure annuelle de consultation. C’est important pour nous, et c’est un échange qui se fait dans les deux sens. Nous annonçons également ce que nous avons en réserve à notre communauté, mais pour nous, ces retours sont presque plus importants, parce qu’ils nous permettent de comprendre ce que la communauté attend de nous. Conserver cet échange est crucial au maintien de notre succès. Nous répondons d’abord aux besoins les plus importants de nos clients, et le reste suit naturellement.

 

En termes de revenus et de développement, le matériel occupe-t-il encore une place importante dans votre activité ?

En partie. Nous ne nous voyons pas vraiment comme une entreprise axée sur le matériel, ni d’ailleurs sur les logiciels : ce que nous proposons, ce sont des solutions qui répondent à des besoins. C’est vrai que la puissance du matériel laisse progressivement place à la puissance des logiciels, je pense qu’on voit ça sur de nombreux appareils et différentes technologies, sans oublier bien sûr la transition vers le cloud. Pour autant, il reste des domaines où la puissance du matériel est utile. C’est le cas pour certains clients, pour certains travaux de postproduction. Par sa nature même, le secteur de l’audio professionnel accordera toujours de l’importance au matériel. On ne peut pas mettre une table de mixage et ses boutons tactiles dans le cloud. Une guitare est une guitare, un piano est un piano. Il faut être en mesure de travailler avec ces instruments. Il y aura toujours du matériel performant pour assurer la conversion de l’analogique en numérique et vice-versa. Il y aura toujours des outils de commande que les utilisateurs pourront toucher… Ça fera toujours partie de notre valeur ajoutée. Puis il y a le stockage et les serveurs vidéo, qui seront de plus en plus partagés entre les appareils sur site et les ressources dans le cloud. Mais je parle là d’évolutions à plus long terme.

 

Avid a révolutionné le montage et les nouveaux modes de production, grâce au cloud et au travail à distance, lui permettent de poursuivre son développement. © DR

 

En termes de marché, vous faites principalement du marketing B2B, mais vous avez également de jeunes talents parmi vos clients. Avez-vous trouvé le bon équilibre ?

C’est un équilibre auquel nous pensons chaque jour. Cela concerne moins nos services vidéo, qui sont orientés pour les entreprises. Il s’agit toujours d’un travail créatif, mais plus dans le secteur de la postproduction, du broadcast et des studios de vidéo. Pour l’audio et la musique, et surtout la musique, nous avons un grand portefeuille de clients individuels qui sont des créateurs de médias très professionnels, qu’ils fassent de la musique ou de l’audio ou de la vidéo… Ces créateurs-là représentent une grande partie de notre clientèle et nous travaillons dur pour les garder.

Dans le domaine musical, nous sommes actifs sur un marché bien plus large. Nous avons vraiment étendu notre portefeuille afin d’atteindre un public plus large, y compris de musiciens encore amateurs. Je pense que pour eux, il s’agit de leur faire découvrir notre secteur, la magie qui opère en coulisses et les outils à maîtriser. L’une de nos décisions stratégiques a donc été de lancer dans notre service vidéo une formation gratuite sur Media Composer. Il ne s’agit donc pas seulement de donner aux étudiants et aux institutions l’accès à des outils, mais aussi un accès gratuit à des formations et des certificats. Même les personnes qui n’étudient pas dans une école de médias ou à l’université ont la possibilité d’apprendre à se servir des outils et d’obtenir un certificat afin d’être en mesure de raconter leurs histoires. Faciliter l’accès à des outils afin que les jeunes et les nouveaux arrivants dans le secteur aient connaissance des outils à leur disposition, cela fait partie de notre travail. D’ailleurs, cette formation que nous avons lancée a rencontré beaucoup de succès.

 

En ce qui concerne vos solutions, avez-vous de grandes annonces prévues pour les prochains salons ?

Nous avons décidé de ne plus aligner la sortie de nos produits sur les salons NAB ou IBC, à moins que leur sortie ne soit prévue le même trimestre que l’un de ces événements. De manière générale, nous nous sommes un peu déconnectés de ces calendriers. Nous utilisons les salons pour promouvoir nos nouveaux produits, mais nous avons aussi changé nos stratégies un peu rigides pour promouvoir davantage de projets en cours et donner plus d’aperçus des grandes technologies de vidéo, de son et d’innovations de workflows. Le lien entre le son et l’image constitue un grand aspect de ce secteur, c’est un aspect problématique où il y a beaucoup d’allers-retours et sur lequel nous travaillons dur.

 

Pour en revenir à l’IA, vous aviez dans l’idée de l’intégrer à vos outils ?

Oui, nous développons ce projet depuis environ deux ans. Comme vous le savez, la sortie de d’outils comme ChatGPT a fait exploser les conversations sur l’intelligence artificielle, mais nous avions commencé à l’intégrer à nos recherches et à différentes zones de développement depuis quelques années déjà. Nous avons prévu des produits, des outils IA cette année. Nous avons plusieurs façons d’utiliser l’intelligence artificielle pour aider différents corps de métier à se montrer créatifs, à chercher et à trouver du contenu, à automatiser les workflows. L’IA générative devrait également aider les créateurs.

 

Pour finir, comment voyez-vous l’avenir d’Avid ?

Je pense qu’il s’annonce radieux. Nos stratégies sont bonnes, nous bénéficions d’une grande communauté et de nombreux retours à travers le monde. Je n’irais pas jusqu’à dire que nous prenons une toute nouvelle direction, mais nous cimentons notre position dans des domaines où nous pensons pouvoir vraiment nous montrer utiles. Pour nous, le plus important est d’aider les entreprises et les individus à résoudre leurs besoins et problèmes majeurs. Je pense que nous allons trouver de nombreuses opportunités dans la manière de gérer et de stocker les médias, et de développer nos workflows. Gardez notamment un œil sur les ProTools cette année : il y aura une grande annonce au troisième trimestre !

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #53, p. 88-90