BeNarative a lancé à la fin de l’année 2024 un outil de tournage et de montage sur mobile disponible sur iOS avant d’être porté sur Android. L’entreprise répond à une demande de ses clients de compléter l’offre originelle de BeNarative : une solution de production de contenus multi-caméras enregistrés ou en direct pour réaliser, par exemple, des interviews à distance en intégrant des habillages plus ou moins complexes selon les désirs des utilisateurs.
Comment l’idée de cette nouvelle offre a-t-elle germé ?
Jean-Marc Denoual : Nos utilisateurs, souvent seuls sur le terrain, veulent pouvoir produire du contenu de qualité. Nous accompagnons la solution de montage d’une nouvelle fonctionnalité de prise de vue qui permet des captations traditionnelles ou « face caméra » et autorise l’enchaînement rapide et la publication directe de différents modules habillés conformément aux typologies de productions des réseaux sociaux. Cette offre complémentaire s’adresse à des utilisateurs qui souhaitent aussi pouvoir communiquer de manière courte, efficace et rapide. Après la captation, ils montent leurs productions sur leurs mobiles. Nos clients ayant des profils sectorisés selon leurs activités, nous proposons des modèles de montages optimisés aux différents marchés ou entièrement personnalisés avec des scénographies et des effets spécifiques.

Que se passe-t-il à l’issue du montage ?
Après la captation, les médias transitent vers des espaces de stockage cloud réservés à chaque client. Nous proposons une garantie d’hébergement en Europe. Si une validation doit précéder la publication, les montages peuvent être transférés vers les serveurs de nos clients. D’autres utilisateurs privilégient la spontanéité et autorisent la publication directe depuis leurs mobiles. Nous proposons un workflow assez unique qui permet de passer de manière continue de la captation à la postproduction.
Peux-tu nous résumer l’histoire de BeNarative ?
BeNarative a été fondée en 2021 pour répondre à l’omniprésence de la vidéo sur les réseaux sociaux grâce à TikTok notamment, dont le développement et l’adhésion du public ont été très importants. Les créateurs doivent rester propriétaires de leurs contenus. C’est pour cela que nous sommes convaincus de l’importance de disposer d’outils de création indépendants des plates-formes de diffusion et des réseaux. Le récent ban de TikTok des États-Unis et l’impact sur Capcut doit être un signal de réveil pour tous les acteurs. Notre équipe technique de haut niveau est quasiment celle à l’origine de la plate-forme Molotov qui a été vendue en 2019 à Fubo TV.

Comment est structurée l’équipe ?
BeNarative c’est six personnes. Un architecte développe la plate-forme vidéo épaulé par un responsable produit et une ex-professionnelle de l’industrie de la télévision. Productrice de télévision chez Elephant & Compagnie, elle est également à l’origine de médias digitaux comme Monkey qui ont simplifié les codes et exigences de la télévision en vulgarisant les informations à l’aide de nombreuses infographies. Elle bénéficie de cette double perspective entre l’exigence de la production d’un contenu télévisuel et les codes du digital.
Quelles sont les fonctionnalités de l’outil de montage ?

Il permet des opérations simples de clipping ou plus complexes de remontage des productions et de retouches du contenu. Il enrichit la promesse d’instantanéité de BeNarative. Le temps est réduit entre le moment de la captation, celui de la production et de la publication. L’outil de montage est complet : il gère les différents ratios d’image du 16/9e au 9/16e, permet la génération d’overlays vidéo, le placement de transitions, l’accélération de plans, l’ajout de filtres et de textes et l’enregistrement de voix off. Nous avons testé et pouvons intégrer les différents outils de transcription disponibles. La fonctionnalité de « Background removal » dédiée au format « snack news » permet de changer le fond d’écran derrière le présentateur.

Avez-vous prévu des passerelles vers des solutions de postproduction fixes ?
Nous avions déjà développé une connexion avec la solution frame.io pour l’export des productions réalisées en direct vers des stations de montage fixes. Nous intégrons les flux divergés de toutes les caméras.
Quelle est votre cible ? Le milieu de la télévision ou une clientèle plus large ?
Le pitch de BeNarative est l’affirmation qu’aujourd’hui aucune communication ne peut se faire sans vidéo. Notre but est de satisfaire la majorité des besoins des utilisateurs sans devoir jongler avec de multiples licences. Des fournisseurs proposent déjà des outils pour les besoins « broadcast », mais de nombreuses déclinaisons digitales des antennes traditionnelles vont se multiplier, avec des attentes moins élevées mais une plus grande demande de réactivité et de gestion des communautés. Les formats et les coûts doivent être adaptés.
Combien de caméras pouvez-vous exploiter ?

Nous pouvons connecter jusqu’à huit smartphones ou caméras pro en live et n’avons aucune limite sur le nombre de vidéos d’illustrations ni de scènes. Couteau suisse de la production vidéo live, nous savons gérer de nombreuses configurations à partir de flux SRT et RTMP en entrée et en diffusion ; nous sommes également directement interfaçables sur YouTube, Facebook, Instagram, Twitch, Tiktok et X. Nous anticipons la présence prochaine sur toutes les caméras de connectivités de sortie en RTMP ou vers le cloud. Les régies et installations physiques seront toujours présentes, mais il y aura de plus en plus de remote production, notamment autour de la norme broadcast SMPTE ST-2110.
Chaque participant dispose d’un retour antenne très utile pour réagir à la diffusion de vidéos, surtout avec des intervenants à distance. Les professionnels de la télévision sont particulièrement sensibles à notre capacité à gérer des duplex et multiplex. Notre travail pour raccourcir les délais au maximum rend notre solution assez unique sur le marché. Nous dissocions pour cela les flux de productions et de réalisation. Nous privilégions la latence pour l’interaction et les actions de réalisation, et la qualité pour la production du flux finalisé en adaptant dynamiquement l’équilibre entre qualité et latence.

Chez qui est hébergée votre solution ?
Nos deux fournisseurs sont Google et Amazon, mais nous sommes libres et pouvons être installés sur n’importe quelle infrastructure.
Quelles fonctionnalités proposez-vous pour le mixage sonore ?
Dans le « live », la gestion de la synchro est un paramètre complexe. Notre première intégration de l’IA a été le développement d’un ensemble d’outils de post-traitement sonore à l’issue de l’enregistrement ou de traitement en direct pour nettoyer les fonds sonores disgracieux et améliorer la qualité perçue. Nous proposons une puissante et innovante fonctionnalité de « generative production » afin de produire simultanément deux formats distincts horizontaux et verticaux d’une même émission. Nous reconstituons l’image en live, en vertical, en repositionnant le logo et en régénérant le fond et la position de chacun des intervenants. Gain de temps substantiel, elle permet d’accélérer la publication de deux flux parallèles vers YouTube et Instagram par exemple.
Comment intégrez-vous les habillages de vos clients ?
Nous pouvons intégrer des images fixes et animées, des carrousels, des formats WebM, des vidéos ou des ressources d’habillage html5 spécifiques au Web préparées avec des outils tels que Singular.live. Nous nous connectons aux outils du marché, comme ceux qui sont largement utilisés sur Twitch. À la fin d’un reportage, il est possible de prévoir le retour automatique à l’antenne. De nombreuses options simplifient les productions en les automatisant au maximum.

Quel est le modèle économique de votre solution ? Comment se positionne-t-elle par rapport aux offres concurrentes ?

Nous exploitons un modèle de licences pour les professionnels facturé 500 euros pour vingt heures de production live, soit 25 euros par heure ; un des coûts de production les moins cher du marché au vu de la qualité proposée. Nous sommes les seuls à avoir déployé une régie entièrement dans le cloud accessible depuis un PC, un mobile ou une tablette. Les solutions de fournisseurs broadcast tels que LiveU proposées à des tarifs beaucoup plus élevés sont uniquement accessibles depuis un PC. Le déport de la puissance permet des possibilités de réalisation impressionnantes à partir de simples mobiles. Il n’y a pas besoin de connecter l’ensemble des appareils sur un réseau local commun ; la réalisation peut se faire depuis n’importe où en remote production. Avec Switcher, l’intelligence est dans le logiciel installée sur l’iPad. D’autres solutions telles que vMix imposent l’utilisation de stations informatiques musclées. Pour les crossfit games, nous avons formé en trois jours seulement cinq équipes internationales qui ont réalisé dix heures de live pendant cinq jours à partir de PC très modestes ou directement depuis leurs mobiles. L’outil de montage est gratuit avec superposition d’un filigrane sur l’image qui peut être enlevé pour 49,99 euros par an.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #61, p.10-13
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