Quand Joe de Max s’est lancé dans le développement de ce logiciel, c’était pendant le premier confinement. Joe de Max travaillait alors dans le monde du spectacle où il gérait l’éclairage, le son, les effets sur les écrans. Technicien-artiste dans l’événementiel du spectacle, il avait déjà ce besoin de pouvoir contrôler plus facilement tous les éléments du spectacle sur un matériel pas forcément dédié à une activité globale.
C’est une problématique qui revient souvent dans le monde de l’audiovisuel : comment simplifier le workflow ? Comment contrôler à partir d’une interface unique, le son, la lumière, les caméras et la régie ? Comment programmer des logiciels et un matériel forcément hybride ? Comment gérer la multiplicité de protocoles de communication et les modes de commandes ? Comment diriger une production complète ou rendre celle-ci plus intuitive ?
Dans une régie audiovisuelle traditionnelle, on trouve de larges tableaux de commandes, des surfaces de contrôle, adaptés spécifiquement à la régie pour mélanger les images, les sources vidéo pour ensuite les diffuser. D’autres personnes s’occupent du son, de la lumière, de la colorimétrie ou des sources comme les visio-conférences. Bref, cela ressemble à une véritable fourmilière, dans un control room comme le disent les anglophones, la régie.
Dans des configurations plus modestes, il y a tout autant de paramètres à régler et souvent c’est juste une personne qui doit piloter la production. C’est ici que CentralControl joue un rôle important. C’est typiquement le logiciel pour avoir tout sous la main et au bout des doigts.

Par l’intermédiaire d’un panneau de commande type Streamdeck, l’utilisateur peut gérer quelques applications dans le streaming et des outils bureautiques. Pour accéder à des fonctions plus spécifiques audiovisuelles, il faut passer par des applications dédiées à une marque ou à des logiciels hybrides. Vous pouvez alors commander vos caméras, le son de votre table de mixage Behringer ou de votre Blackmagic Design, la lumière via le réseau DMX, lancer votre prompteur, voire la machine à café…
Cependant, le Streamdeck d’Elgato est plutôt orienté vers les applications et solutions grand public. Pour trouver des applications dédiées à l’audiovisuel, il faut s’orienter vers des développeurs indépendants tel que Bitfocus. Largement compatible et gratuit, mais pas toujours pratique.
À l’opposé, CentralControl est une application payante, et contrairement à Bitfocus, il est compatible avec d’autres interfaces de contrôle que Streamdeck. Raccourcis et commandes de toutes sortes de matériels et logiciels peuvent être programmés sur votre console. Mais commençons par le début.
Le logiciel fonctionne sur un PC Windows avec une configuration assez basique, avec des ports USB, une carte réseau. Un Windows 10/11 avec 4 Go de RAM et un processeur Intel i3 ou supérieur. Un vieux PC pourrait faire l’affaire, cependant si l’on veut tirer pleinement partie des possibilités du logiciel, un PC récent avec 16 Go de RAM avec un I5/i7 sera sans aucun doute plus adapté.
Sa fonction de base est de permettre, avec une surface de contrôle de type Streamdeck d’Elgato, de gérer des logiciels de streaming comme vMix. Bien que Streamdeck soit très répandu dans le monde du streaming, il n’est pas le seul. D’autres interfaces de contrôle existent également dans le streaming, tels que les contrôleurs MIDI ou des contrôleurs plus spécifiques pour la vidéo ou l’audio tel l’Akai APC40 MKII par exemple, ou les Xkeys de PI Engeneering, mais aussi des surfaces de contrôle comme celles de Newtek ou Tyst ou des surfaces de contrôle basées sur l’OSC (Open sound control).
Ces contrôleurs se branchent sur le PC via le port USB et sont accessibles avec le mapping MIDI. Dès lors que la surface de contrôle est reconnue par le système et plus spécifiquement par le logiciel CentralControl, vous pouvez adresser n’importe quelle fonction à un bouton. L’intérêt du logiciel va cependant bien plus loin qu’un bouton, il est équivalent à une fonction.

Le logiciel est organisé par module ou instance. Une instance ou un module est ici une application, par exemple vMix, ou une caméra PTZ, ou un Powerpoint. Il y a près de 200 instances, matériel et logiciels confondus, avec à chaque fois un certain nombre de fonctions accessibles. Des instances peuvent être dupliquées, notamment quand vous souhaitez gérer plusieurs caméras PTZ. L’ouverture vers des instances se basant sur OSC ou même Bitfocus Companion ouvre un champ de connectivité quasi illimité.
En prenant l’exemple vMix, ce sont près d’une centaine de fonctions et raccourcis qui sont disponibles. Et puisque cela est empilable, on peut également superposer les couches de boutons comme le font d’autres applications similaires (Bitfocus) pour faire avec ce logiciel associé à un Streamdeck une véritable centrale de commandes. Programmer un événement devient quasiment un jeu d’enfant. Au fur et à mesure des versions, Joe de Max, le créateur de la solution, a ajouté de nombreuses instances au niveau matériel, passant allègrement de la vidéo, à l’audio ou encore à la lumière.
Le moteur applicatif donne accès à l’OSC (Open sound control), protocole de contrôle du matériel audio, ou encore à l’art-net (DMX) qui permet de gérer les instructions pour l’éclairage, ainsi que tous les protocoles des divers industriels et leurs particularités.
Comme vous ne pouvez pas brancher des centaines d’appareils à un PC via USB, CentralControl vous permet de gérer l’ensemble de vos fonctions via votre réseau local. Un atout non négligeable.
Qu’est-ce qu’une surface de contrôle ? Une surface de contrôle permet de gérer le mixage via de multiples boutons et curseurs. Le Streamdeck, très populaire chez les streamer et gamer, permet de définir pour chaque bouton une fonction. Nativement, celui-ci dispose de connectivité avec des applications comme vMix, cependant des applicatifs comme CentralControl permettent d’en tirer le meilleur et de gérer des appareils et applicatifs sortant du champ d’Elgato. Vous aurez remarqué dans l’une des copies écrans se trouve Bitfocus Companion qui est un autre émulateur applicatif pour le Streamdeck. De la même manière, on peut y trouver Liminal Zoom OSC, qui a développé une interface pour Zoom, le système de visioconférence.
D’autres appareils permettent également de paramétrer des boutons, par exemple les X-Keys de PI Engeneering, ou des interfaces MIDI comme ceux d’Akai.
Chaque instance dispose d’un bouton « ON » ainsi qu’un bouton de contrôle (les actions que l’on peut paramétrer, un bouton pour les triggers (actions lors d’un événement) et un bouton pour le feedback (ce qui va s’afficher sur le bouton).
En activant le switch « Jump to Control », il suffit d’appuyer sur un bouton du Streamdeck pour être amené directement sur celui-ci et d’ajouter ensuite les commandes souhaitées en bas à droite.
Avec le Set Button Feedback, on peut afficher des informations sur le bouton, soit sous forme de couleur et de texte, soit sous forme d’images.
Cependant on peut aussi, dans le Mapping, choisir le display de chaque bouton sous forme d’aperçu qui fonctionne sur certaines instances (notamment vMix).
CentralControl sur le chemin de l’automatisation
Depuis la version 2, puis la version 3, Joe de Max a intégré des outils qui permettent d’automatiser la production, au moins partiellement. Excel et Word sont des outils que l’on utilise couramment dans les bureaux ou dans les productions audiovisuelles, sans même parler des présentations Powerpoint ou des versions en ligne proposées par Google. L’utilisation de ces outils dans CentralControl permet de gérer au moins partiellement la production.
Avec le tableur Excel ou son penchant Google, on peut dérouler et automatiser certaines tâches, dérouler le script de l’émission. Les traitements de textes Word de Microsoft et celui de Google peuvent être lus par le prompteur qui fait partie du logiciel depuis la version 3.

Cette version 3 a été un tournant majeur avec ses nouvelles possibilités comme le prompteur. Plus qu’un simple texte qui défile sur un écran, il offre aussi la possibilité d’y insérer des commandes de production, tel le changement de caméra, la mise en pause du prompteur, ou toutes les commandes disponibles dans CentralControl avec les instances actives. Ainsi lorsqu’un mot clé apparaît à la lecture, il peut déclencher une action via un trigger (déclencheur). Bien évidemment, on peut pousser cette programmation bien plus loin en combinant des actions.
Dans cette logique d’automatisation et de programmation, Joe de Max, le développeur, répond avec le logiciel aux besoins des productions devant couvrir de très nombreuses actions dans un environnement matériel souvent hétérogène. C’est une véritable facilité de travail aussi bien dans la diffusion de directs que des solutions enregistrées sur des lieux d’événements ou en studio.
C’est après le National Association of Broadcasters (NAB) Show de Las Vegas, en mai 2023, qu’est sortie la version 3.1 de CentralControl avec une forte poussée de macro commandes permettant alors de déclencher des commandes les plus diverses dans une timeline. Et dans cette optique, il y a également l’inclusion de variables que l’on peut passer par le biais de l’interface de CentralControl offrant alors une dimension largement programmable.
CentralControl est un logiciel qui a été développé pour être pratique et rapide. Une petite équipe, voire une personne seule, peut préparer sa production avec beaucoup d’aisance et de simplicité. Une fois la phase d’apprentissage passée et la philosophie de fonctionnement acquise, la programmation d’un Streamdeck ou n’importe quel autre outil de contrôle, se fait très rapidement.
Souvent dans l’audiovisuel la phase de préparation, la pré-production, joue un rôle primordial : rédaction du scénario, du script, des textes qui vont servir à la programmation de CentralControl et par conséquent vont permettre de dérouler facilement la production.
La méthode ici pourrait consister à développer un modèle standard consistant à préprogrammer l’essentiel des outils habituels (applications audiovisuelles, matériel, caméra, son, lumière) et l’ajuster en fonction des besoins. CentralControl dispose d’un groupe de discussion sur Facebook où l’on trouve facilement des réponses et des intervenants experts.
Le logiciel dispose de trois versions coûtant respectivement 79, 149 et 249 dollars. Lors d’une première utilisation/installation, on dispose de trente jours d’essais gratuits. Cette version d’essai correspond à la version élite (donc complète) qui vous permet d’utiliser sans limitation le logiciel et ses instances.
CentralControl vous offre en effet le contrôle total sur tous vos équipements audiovisuels et de leurs possibilités de programmation. Pour des petites équipes audiovisuelles, c’est un incontournable et un gain de productivité important.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #52, pp. 12-15