Découverte, avec son septième administrateur, Guillaume Renusson, de ce lieu de fabrication et de rencontre de l’écosystème manceau qui a vocation à se tourner vers la formation.
Quand le 3, place des Ifs libère ses 600 m2, six structures – Mitiki, dirigée par Bertrand Guerry (réalisateur du long-métrage Mes frères, en 2018), O.H.N.K, tourné vers la production de documentaires, lalunela, spécialisée dans la postproduction, l’association Graines d’Images (réseau de salles), l’agence communication Jean-Pierre et Jean-Pierre et AV Factory, l’agence vidéo et motion design – décident de se réunir et d’y poser leurs valises.
En un an, le rez-de-chaussée, un très grand open space, est devenu un lieu de locations de bureaux, de desks, de matériels, une salle de réunion. Ce bâtiment d’inspiration haussmannienne, situé en plein centre-ville, à un jet de pierres de l’hôtel art déco Le Mercure, a connu plusieurs vies, passant du restaurant étoilé, le Beaulieu à Sarthe Telecom.
L’association la Cité du Film est née de l’envie de réunir des forces vives qui travaillaient déjà ensemble mais aussi « d’accueillir d’autres professionnels de l’audiovisuel puisque des bureaux libres étaient à disposition. Cela a permis de travailler tous ensemble sur un même lieu, pour la première fois », explique Guillaume Renusson, un de ses cofondateurs.
Aujourd’hui, une trentaine de professionnels y travaillent en flux tendu. « Cela crée une émulation et une effervescence. C’est devenu un lieu de partage, de rencontres, et comme la porte est ouverte, d’un coup la profession sur le territoire de la Sarthe a pu se fédérer. Une voix collective a commencé à émerger », glisse l’artiste qui vient de terminer Les Survivants, avec Denis Ménochet (distribué par Ad Vitam), son premier long-métrage en salles l’an prochain.
Faire connaître la Sarthe
Après un détour par Paris, Guillaume Renusson est revenu s’installer au Mans, relié en moins d’une heure de TGV à la capitale. « Quand j’ai entendu parler du projet de la Cité du Film, cela m’a motivé à revenir. J’ai grandi ici, j’ai rêvé d’y faire du cinéma. Rien ne change en fait, quand on quitte Paris, on peut aussi faire des films », sourit-il. Il rejoint alors la Cité du Film comme septième administrateur. « Nous avons réfléchi à comment faire venir des tournages dans notre région, si près de Paris. Nous sommes allés voir le département et la ville, avec comme premier objectif de créer un bureau de tournage au Mans », reprend-il.
Si dans les régions, ces bureaux permettent aux œuvres soutenues financièrement par elles, de trouver des décors, des techniciens, des lieux d’hébergements des talents, etc., celui des Pays de la Loire, est basé à Nantes. « Notre territoire est cinématographiquement moins connu, même s’il a accueilli de très grands tournages tels que ceux du Bossu, de Cyrano de Bergerac, de Mademoiselle de Joncquières, du film Le Mans 66 grâce au circuit ou encore d’Eugénie Grandet (en salle depuis le 29 septembre). Mais il n’y a jamais eu vraiment d’écho sur la Sarthe, les équipes venaient et repartaient, le relais se faisait entre Paris et Nantes. Personne ne prenait le flambeau sur place ».
Les porteurs du projet de La Cité du Film réussissent à convaincre la ville, la région et le département afin que soit créé une mission d’accueil des tournages, prolongement sarthois du bureau régional. Dès le 15 juillet, a été ainsi recrutée Hortense Girard, ancienne du CNC, pour concrétiser les actions de cette première mission départementale. « Le travail des bureaux d’accueil de tournage est essentiel en termes de retombées économiques. Mon prochain objectif est d’établir un recensement des techniciens, figurants, talents, prestataires techniques, ainsi que des décors, des lieux où il peut y avoir des tournages en Sarthe. Nous sommes le premier département en Pays de la Loire à avoir une mission d’accueil de tournage, en plus du bureau régional », complète la jeune femme.
Créer et fabriquer en Sarthe
Autre point fort de la Cité du Film, ses installations permettant de prolonger les tournages car l’espace du rez-de-chaussée de 300 m2 et le sous-sol sont équipés en studio de postproduction, avec trois salles de montage et une d’étalonnage. « Nous voulons investir dans du matériel afin de fabriquer les films sur place. J’ai ainsi pu faire les premiers montages de mon long-métrage en mars et avril à la Cité du Film, même si la finalisation du montage a été réalisée à Paris pour des questions de visionnage des distributeurs, etc. », se réjouit Guillaume Renusson, « nous avons le même matériel et nous sommes moins chers ». Deux documentaires et un court-métrage ont depuis été postproduits.
Se pose ensuite la question, une fois le projet de mission d’accueil des tournages validé par les institutions, de comment attirer les projets sur le territoire sarthois ? Le plus logique était de faire venir des créateurs émergents. C’est ainsi que du 31 août au 5 septembre dernier, la Cité du Film a accueilli la Résidence Trio. « C’est un dispositif créé par la Maison du Film, une association parisienne, menée par le délégué, Richard Sidi », explique cet ancien lauréat de la première résidence Trio en 2013. Dix réalisateurs – en écriture, développement, recherche de financement, production, etc. sur un projet audiovisuel qui n’a pas encore de compositeurs – sont invités à rencontrer chacun deux professionnels de la musique. Ces derniers proposent des maquettes créées à partir de leur lecture du scénario. C’est la première fois que ces réalisateurs ont eu une matérialisation sonore de leur projet.
« En faisant venir cette résidence, en plus du monde qui gravite dans la Cité du Film, nous avons eu vingt-deux créateurs à demeure pendant une semaine, nous avions noué un partenariat avec le cinéma art et essai, tout proche. Nous y avons accueilli le réalisateur Remi Bezançon, avec son compositeur Laurent Perez Del Mar et le producteur d’Emmanuel Mouret, Frédéric Niedermayer (Moby Dick Films) pour une master class, trois soirs de suite, la journée. Ils travaillaient avec les vingt lauréats de la résidence. […] L’idéal serait que ces projets reviennent ensuite à la Cité du Film », espère-t-il.
Pour donner aux créateurs toutes les clés, Guylaine Hass, la responsable de la Commission du film de la Région, Pauline le Floch, à la tête du bureau d’accueil des tournages des Pays de la Loire, et Hortense Girard sont venues présenter les dispositifs d’aide aux lauréats. Désormais, l’idée est que la résidence Trio se pérennise à la Cité du Film. « Nous voulons continuer à nous développer et, dans l’idéal, que naisse un label Cité du Film. Nous avons déjà réalisé des films pour la ville. Nous sommes devenus un interlocuteur identifié et reconnu », conclut Guillaume Renusson. En un an, le chemin parcouru par la Cité du Film n’est que le début d’une belle initiative, preuve, s’il en fallait encore, que tout ne passe pas forcément que par la capitale.
Article paru pour la première fois dans Moovee #9, p.59/60
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