À la pointe de la modernité entrepreneuriale, c’est à Chambéry, dans le cadre verdoyant de deux parcs naturels savoyards, les Bauges et la Chartreuse, qu’ils ont mûri depuis trois ans leur solution. Les réseaux sociaux sont à l’origine d’une demande croissante de contenus audiovisuels difficilement compatibles avec le rythme créatif des sociétés de production. Les plates-formes de création de contenu automatisés connaissent un véritable succès, mais elles manquent de possibilités de personnalisation et d’adaptation aux chartes des entreprises.
Danim permet à tout motion designer maîtrisant le logiciel Adobe After Effects, de créer et de mettre à disposition de son équipe ou d’un client des templates vidéo. À l’aide d’un simple formulaire, l’utilisateur final peut générer des vidéos automatiquement en ligne via l’application en ligne danim.com ou en local avec Danim Creator. Adrien du Repaire nous offre un bol d’air frais et nous présente sa solution !
Quelle est la genèse de votre société ?
Nous sommes à l’origine un collectif de réalisateurs/motion-designers. Un de nos clients, l’agence immobilière Orpi, souhaitait décliner de nombreuses vidéos pour mettre en avant des biens immobiliers. Ils parlaient, sans même le savoir, de templates vidéo. Au début, nous avons malaxé les outils existants : les scripts et expressions intégrés à Adobe After Effects et les modèles d’animations graphiques (mogrt).
Nous avons progressivement construit un workflow plus élaboré qui allait devenir le prototype de Danim, que nous avons d’abord exploité en interne. L’idée de mettre l’outil entre les mains de notre client, nous a orienté vers la création d’une interface Web pilotant des ordinateurs dédiés à la gestion des vidéos.
Êtes-vous toujours organisé en collectif ?
Nous avons créé une entreprise dédiée au développement de Danim. Je suis CTO, responsable du développement logiciel. Kevin Francart nous a rejoints pour prendre en charge le développement de la plate-forme Web. Rémy est CEO, il s’occupe de la commercialisation et Lilian, notre directeur artistique, s’occupe de la création du contenu et des templates de présentation. Il est aidé par deux motion designers alternants : Adrien Vallier et Wilfried Petit.
Avez-vous développé toute la solution en interne ?
Oui ! Danim est constitué de deux parties : le logiciel Danim Creator est le lien avec Adobe After Effects. Il pilote des logiciels installés sur des serveurs dédiés à la génération des vidéos. La plate-forme qui s’occupe de récupérer les données des clients est conçue sur une structure Web. Nos clients « principaux » sont des sociétés de création de contenu ou des motion designers qui mettent en forme les médias et les textes de leurs animations avec le logiciel Danim Creator pour que notre plate-forme les interprète comme des champs variables. Le motion designer dispose de nombreux outils pour transformer son projet After Effects en template Danim.
Le motion designer part-il d’un projet Adobe After Effects conçu sans référence au templating ou y-a-t-il au contraire des impératifs de conception ?
Les deux options sont possibles. Nous pensons que les motion designer vont d’abord créer leurs projets sans penser au templating avant de les adapter avec Danim Creator. Une fois le fonctionnement assimilé, ils pourront aborder les conceptions suivantes en intégrant des pratiques leur permettant de gagner du temps.
Peux-tu nous préciser le concept de template ?
Un template est une création réalisée par un motion designer adaptée pour pouvoir être modifiée facilement sans connaissances techniques. Le concept est utilisé depuis de nombreuses années pour créer des sites Internet sans maîtriser le codage informatique. Danim Creator permet à partir d’un projet Adobe After Effects la définition d’éléments qui pourront être modifiés par des utilisateurs novices : textes, zones de dépôts pour les images et vidéos, couleurs, polices, ratios.
Deux options s’offrent au créateur de templates : il peut les partager à ses collègues au sein d’une société de production pour fluidifier un workflow de production interne à partir de formulaires simples comprenant des champs textuels et des zones de dépôts pour les images. Ceux-ci pourront alors générer des vidéos à partir des modèles sans ouvrir After Effects ni passer par notre plate-forme. C’est la solution que nous avons utilisée en interne dans un premier temps avec Orpi pour la réalisation de vidéos hebdomadaires, avant de leur laisser complètement la main via l’utilisation de notre plate-forme. Des sociétés de production de documentaires ou de magazines peuvent l’utiliser pour générer rapidement de nombreux habillages récurrents à partir d’un template connecté à un Google Sheet ou à un CSV.
Peux-tu décrire un scénario de base proposé à l’utilisateur final de la plate-forme Danim ?
Lorsqu’il ouvre la plate-forme, l’utilisateur choisit un template. Il dispose alors d’un formulaire pour renseigner les textes et les variables, il peut choisir le ratio et les couleurs de sa vidéo. Selon les possibilités que lui aura donné le créateur, l’utilisateur disposera d’un choix de slides ou de chapitres pour construire sa vidéo, il pourra les réordonner et en ajouter autant qu’il le souhaite. Le ratio d’export sera choisi en fonction du type de publication. Une fois la vidéo générée, l’utilisateur peut la télécharger sur son disque dur, la partager depuis notre player ou l’intégrer aux pages d’un site Internet. Un lien peut être inséré à la fin d’une vidéo pour communiquer sur une promotion par exemple).
Vous avez initié la conception de Danim en réponse au besoin d’un client. Aujourd’hui, vous vous positionnez comme prestataire d’outils techniques. Allez-vous proposer une offre de prestations ?
Notre objectif est de mettre l’outil entre les mains des sociétés de production en leur offrant un modèle économique plus intéressant et en leur permettant de se consacrer à leur travail créatif. Si des clients nous contactent directement, nous les mettrons en relation avec des agences.
Aujourd’hui les clients finaux ont une demande de récurrence sur la création des animations freiné par le rythme plus lent d’écriture et de réalisation des motion design. Nous travaillons en bêta test avec des entreprises au sein desquelles plusieurs artistes collaborent sur des projets pendant des semaines, voire des mois. Il est alors difficile de répondre aux attentes de réactivité des clients finaux qui se retournent vers des plates-formes de création de contenu automatisées. Mais il manque sur ces dernières des possibilités de personnalisation avancée et d’intégration d’identités visuelles. Elles ne sont pas ouvertes : les motion designers ou les agences ne peuvent pas mettre en ligne leur propre création. Nous proposons une réponse permettant aux sociétés de production de conserver la maîtrise créative.
Souhaitez-vous intégrer une offre de template « de base » à Danim ?
Nous avons reculé la date de notre lancement officiel parce que nous souhaitions justement proposer une bibliothèque de modèles et d’exemples. Cela permet au motion designer de comprendre (en retro-ingéniering) la conception des modèles et d’intégrer rapidement les bonnes pratiques conceptuelles. Cela donne également aux commerciaux des sociétés de production des exemples pour illustrer les possibilités finales de l’outil avant le développement de leur propre catalogue. Nous ne souhaitons pas proposer une bibliothèque trop large mais plutôt décliner des cas d’utilisation diversifiés : pour des agences immobilières, l’annonce d’événements, des vidéos informatives (style brut), etc. Nous ne nous substituons aucunement au travail des agences.
Avez-vous ciblé les clients finaux intéressés par votre produit ?
Oui ! Il y a un marché porteur parmi les acteurs de la presse écrite qui s’orientent vers la vidéo. Plus généralement, toutes les entreprises ont des besoins récurrents et croissants en vidéo pour communiquer, animer leur communauté, promouvoir régulièrement leur produits ou services, ou personnaliser leurs campagnes sponsorisées : de la grande distribution aux agences immobilières, en pensant par une jeune startup.
Qu’avez-vous prévu concernant la sécurité ?
Le paramétrage de la plate-forme permet de définir pour chaque utilisateur un rôle précis au sein de son organisation. Nos données sont hébergées et répliquées chez deux hébergeurs différents (OVH et AWS), ce qui nous protège d’éventuelles pertes de données. Cela paraît d’autant plus indispensable après les derniers événements ayant touché le cloud OVH.
Avez-vous prévu des évolutions du produit ?
Pour l’instant, nous solidifions l’offre pour son lancement officiel. Ensuite nous avons prévu d’ajouter des fonctionnalités de sous-titrage. Nous permettrons la modification de la musique des vidéos. Nous souhaitons donner aux utilisateurs novices en matière d’écriture d’expressions After Effects la possibilité de préparer des templates évolués.
La puissance des expressions After Effects est impressionnante, notre but c’est de permettre de faire un maximum de choses sans avoir à écrire la moindre ligne de code. Nous avons pensé Danim Creator comme un logiciel à part entière. Un de nos objectifs est de proposer des intégrations avec d’autres logiciels de création, comme le nouveau venu Cavalry ou bien Blender pour la 3D. Nous envisageons la possibilité de combiner ces différents outils lors de la génération d’une vidéo.
Quelle est votre offre commerciale ?
Notre offre gratuite est complète, la seule limitation étant la présence d’un watermarking sur les vidéos générées. Il reste possible de l’utiliser pour créer des templates. Pour les besoins internes d’une société de production, une licence perpétuelle est disponible à 450 euros. Des licences sont incluses dans nos différentes offres d’abonnement.
Lorsque les templates sont conçus pour générer des vidéos depuis notre plate-forme, plusieurs abonnements sont disponibles et deux possibilités sont offertes aux sociétés de production. Elles peuvent proposer à leurs clients finaux de souscrire un abonnement directement chez nous ou devenir prestataire de Danim en choisissant un abonnement plus conséquent à partir duquel elles mettront à la disposition de leurs clients les templates dédiés. Le prestataire maîtrise son offre et le client final délègue entièrement la gestion et la maintenance de l’outil.
L’abonnement se décline selon trois paliers : 50 euros par mois pour dix vidéos (5 euros par vidéo), 200 euros par mois pour cinquante vidéos (4 euros par vidéo) et 450 euros pour cent-cinquante vidéos (3 euros par vidéo). Pour chaque abonnement, les vidéos supplémentaires sont facturées au même tarif. Sur l’offre à 200 euros, les sociétés de production disposent de trois espaces de travail qu’elles peuvent dédier à différents clients. L’offre à 450 euros est illimitée en nombre d’espaces et en nombre d’utilisateurs.
Il me semble que vous avez également développé une API ?
Oui, nous proposons une offre illimitée en nombre de vidéos autour de notre API. Une API permet à deux programmes de communiquer ensemble. Des applications externes pourront initier la génération de vidéos via l’envoi des données vers nos serveurs. Il suffit par exemple à une entreprise souhaitant accueillir en vidéo les nouveaux utilisateurs de son site de nous envoyer leurs noms et prénoms. L’API décuple les possibilités de Danim. Nous testons une version bêta en partenariat avec des sociétés d’affichage dynamique qui gèrent de larges parcs d’écrans. Notre API permet d’intégrer une fonctionnalité de création de vidéos à leurs logiciels de gestion de contenu. Elle va également être testée dans l’immobilier pour préparer très simplement des vidéos de présentation de biens.
Nous avons conçu Danim comme un point de rencontre entre le créateur de contenus, l’annonceur et le développeur ; chacun peut y construire son business model. L’API permet de préparer des campagnes de marketing « data-drivées » et de générer d’énormes volumes de vidéos. Si Blablacar souhaitait faire une campagne auprès de 20 millions d’utilisateurs, elle pourrait utiliser Danim en nous prévenant quelques semaines à l’avance. C’est possible parce que tout est généré dans le cloud ; la puissance est incomparable à une ferme de rendu physique.
Avez-vous pensé à la formation des utilisateurs ?
Nous avons mis en ligne sur YouTube cinq heures de contenu pédagogique en anglais et en français abordant toutes les phases de création d’un template. Nous aimerions mettre en place à l’avenir des formations à destination des sociétés de production pour les accompagner dans la création de template.
Peux-tu nous préciser les technologies que vous avez utilisées en développement ?
Elles sont nombreuses, allant de langages très anciens comme Extendscript, pour le scripting avec After Effects, à des technologies et frameworks beaucoup plus modernes pour l’aspect Web et desktop (Symfony, Electron, ReactJS, GraphQL, Express JS, Redis, PostgreSQL, Elasticsearch, Docker, OpenStack et plein d’autres outils). À la base je suis motion designer et j’ai petit à petit développé mes compétences en débutant par le scripting pour gagner du temps sur mes projets en créant par exemple des boutons pour dupliquer une composition ou lancer un rendu. J’ai progressivement commencé à partager des scripts gratuitement et à échanger avec d’autres passionnés, avant de publier MoCode, notre premier outil commercialisé sur aescripts.
Nous sommes quelques-uns en France à porter cette double casquette motion designer-développeur, comme Fremox et Lakpo de Motion Café ou Duduf de Rainbox. Il y a un vrai sens du partage et de l’entraide qui est très précieux. Danim représente toutes les connaissances accumulées au fil des années.
Pour pouvoir me consacrer au développement d’outils pour les vidéastes et motion designers, nous avons proposé à Kevin Francart de rejoindre l’équipe. Il a un profil d’ingénieur bien plus technique que le mien et a effectué un travail formidable pour créer une architecture Web solide et scalable. Notre application peut à la fois répondre à une demande de quelques milliers ou de plusieurs millions de vidéos.
Nous nous adressons à la fois à des utilisateurs qui n’ont jamais entendu parler de vidéos et qui vont exploiter les formulaires de génération, à des professionnels du développement, à des spécialistes des campagnes marketing. Nous avons pour mission de permettre à ces utilisateurs très variés qui arrivent sur la page d’accueil de trouver leur chemin et de comprendre l’étendue des possibilités.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #42, p. 24-27. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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