Quelle est votre vision autour de l’IA ?
Erwan Montaux : Notre vision, notre mission sur l’IA est d’amener l’IA partout. Et on le fait à la fois avec des solutions matérielles, en l’occurrence les processeurs, mais également sur le plan logiciel afin de pouvoir travailler dans tout environnement et sur tout type de plate-forme. Nous le faisons dans un écosystème le plus ouvert possible. Nous nous basons sur des standards pour éviter d’être enfermés dans des systèmes hermétiques et pouvoir aider les entreprises à passer en production sans le moins de barrières possibles.

Concernant les Jeux Olympiques, il n’y a pas de moment plus idéal pour utiliser l’IA et démontrer ses capacités. Nous avons des milliards de téléspectateurs qui seront derrière leurs écrans, des millions de spectateurs qui seront sur les sites olympiques. Il y aura des milliers d’athlètes, de journalistes et il n’y a pas de plus bel écrin en fait pour mettre en valeur des cas d’usage. Et c’est ce que nous faisons en tant que sponsor officiel sur des technologies dont l’IA pour les Jeux Olympiques. Le but est de proposer des cas concrets qui vont pouvoir avoir un impact pour les athlètes.
Il y a trois grands défis, je dirais, autour de l’IA. Le premier est de développer des modèles plus frugaux avec des technologies qui sont moins consommatrice d’énergie. Nous le faisons à la fois en développant des produits qui sont spécialisés et dédiés à l’IA. Ainsi Gaudi, qui est spécialement conçu pour l’IA, est beaucoup plus optimisé en termes de performance de consommation. Il y a également la question de pouvoir utiliser l’IA au plus près de la donnée et de l’utilisateur pour éviter d’avoir à transférer les données, et donc d’utiliser des data centers. Pour cela nous amenons l’IA directement dans le PC. On estime que cette année on va équiper 40 à 50 millions de PC avec de l’IA.
Le second défi est de se placer dans un environnement en open source. Nous estimons que l’innovation vient essentiellement de l’open source aujourd’hui, surtout dans le domaine de l’IA et nous sommes un très gros contributeur du monde de l’open source. Nous essayons toujours de développer des standards dans tout ce que nous faisons.
Le troisième défi c’est le passage à la production. Le but n’est pas d’avoir des produits ou des solutions qui ne font que de l’IA. Pour cela nous incluons dans nos processeurs et dans nos développements des jeux d’instructions qui permettent de gérer au mieux l’IA et qui vont permettre aux entreprises d’être dans un environnement de production optimisée.
Quel est l’intérêt d’avoir un PC IA ?
En fait, on a la capacité dans le PC a à faire de l’IA sur trois composants qui sont distincts. Ce sont le CPU, le GPU et le NPU. Le NPU est le petit nouveau qui est inclus dans ces « PC d’intelligence artificielle », le NPU est le processeur qui est vraiment dédié au calcul matriciel. L’intérêt aussi d’avoir un PC, c’est que selon les tâches et les besoins d’intelligence artificielle, on va pouvoir se reposer plus sur un CPU, plus sur le GPU, plus sur le NPU. Donc on va avoir cette capacité qui évoluera selon les différents logiciels. C’est pour ça que nous travaillons avec des centaines d’éditeurs, pour pouvoir utiliser au mieux les capacités de calcul qu’il y a dans ces nouveaux PC.
Au Computex de cette année, nous avons annoncé la prochaine génération de processeurs dédiés au PC via le nom de code Lunar Lake. Et ces processeurs vont intégrer la quatrième génération de NPU, parce que même si c’est la première fois qu’on intègre un NPU dans une solution PC, on en est à la quatrième génération de NPU. Les NPU avaient été utilisés dans d’autres cas d’usage et dans d’autres marchés. Et l’intégralité de la plate-forme va amener 160 Teraflops de puissance de calcul.

Comment travaillez-vous avec les partenaires ?
Typiquement, pour les jeux, on a été amené à travailler avec des acteurs français pour mettre en place des solutions innovantes. Parmi ces innovations, il y a notamment de la capture volumétrique. Durant les JO, il y a physiquement deux studios de capture qui sont mis en place, un sur l’IBC (International Broadcasting Center) et le second sur le village olympique qui est notamment utilisé pour faire des interviews des athlètes. Cela est intéressant car, au lieu de filmer en vidéo les athlètes, nous ferons des captations volumétriques de l’athlète, ce qui va permettre pour des diffuseurs ou des chaînes à l’étranger de donner une impression en fait de l’athlète est avec lui en télé présence. Et ça c’est vraiment une application impactante pour rendre l’expérience du téléspectateur et du diffuseur la plus la plus immersive possible.
Intel va également permettre la captation et la diffusion de certaines séquences en 8K. Il sera possible de faire cet encodage en direct en moins de 200 millisecondes pour pouvoir transmettre le flux et donner cette impression de réalisme absolument bluffant en 8K.

Quelle sera l’infrastructure mise en place ?
Qui dit IA ne dit pas forcément cloud et data center. Le lab de performance, présent au Stade de France, utilisera des ressources locales. Nous pouvons utiliser des processeurs standards type Xeon qui ont des accélérateurs d’IA en leur sein. Donc ça ne nécessite pas du coup de mettre en place une paire de serveurs avec X cartes graphiques. En utilisant des choses qui sont très standards, ça permet de mettre en place ce type d’expérience. Donc il y aura du mélange de calculs faits en local et dans d’autres cas du calcul qui est fait dans le cloud.

En dehors de l’image de marque qui peut ressortir par rapport aux JO, qu’est-ce que vous, vous en attendez ?
Il y a l’image de marque, qui bien évidemment est importante, mais nous sommes beaucoup plus concentrés et beaucoup plus intéressés sur ces cas d’usage et les projets. Les JO, sont une étape, c’est le meilleur endroit pour démontrer la faisabilité et que ça a un intérêt. Quand on parle de la diffusion 8K – de facto, ça va certainement devenir le standard de demain – et donc au travers des JO, on montre que c’est possible. Sur les vidéos volumétriques, c’est la même chose, on se rend compte que c’est possible à produire.
Les résumés automatiques, ou highlights pour les diffuseurs, sont également intéressants. Cela permet d’offrir une couverture importante sur certains sports qui n’ont pas une large couverture médiatique de produire du contenu rapidement et automatiquement. Sur chaque chose que nous faisons, il y a une application qui permet de se projeter au-delà des JO.
Le dernier point c’est l’accessibilité universelle pour les personnes malvoyantes tout au long des Jeux Olympiques et Paralympiques Paris 2024. Grâce aux accélérateurs d’IA des Intel Xeon, les modèles 3D du Team USA High Performance Center à Paris et du siège du Comité international paralympique à Bonn, en Allemagne, vont permettre une navigation intérieure guidée par la voix et par le biais d’une application pour smartphone.

Quel est votre engagement par rapport à la réduction de l’empreinte carbone ?
Nous sommes engagés depuis des dizaines d’années sur ce thème et il y a deux points. Il y a l’aspect de la production et du développement au niveau des produits.
Donc sur l’aspect de production, nous avons à la fois des objectifs très ambitieux puisque d’ici à 2030 nous voulons être à 100 % sur une utilisation d’énergie issue du renouvelable, de recycler 100 % de l’eau que nous utilisons. Parce que le monde du semi-conducteur est très consommateur d’eau et d’avoir moins de 1 % de rejets qui ne soient pas retraités, recyclés ou autre au niveau des déchets que nous produisons. Et puis pour 2040 sur les gaz à effet de serre, nous voulons être zéro impact. Mais d’ores et déjà, nous avons des résultats très importants mais je pense qu’on est déjà à 95 % sur nos opérations pour l’énergie renouvelable et nous sommes à 99 % sur la réutilisation de l’eau.
Concernant les transports, nous avons des capacités de production en Europe que ce soit sur les wafers, mais que ce soit également sur le packaging. Donc on serait théoriquement capable de faire du design à la production, au packaging et au shipping sur cette même plaque géographique. Ça, ça a un impact. Et sur nos produits, nous développons en permanence en essayant d’optimiser ce ratio entre performance et consommation.
Dans le monde du data center, on a lancé les Xeon de sixième génération. Ce sont des processeurs qui seront vraiment optimisés sur la partie consommation d’énergie. Nous avons des engagements sur la production, sur les écosystèmes dans lesquels nous nous engageons et également sur le développement de produits. Pour donner un exemple sur les produits Xeon actuels. L’utilisateur peut décider de baisser leur consommation de l’ordre de 20 % en ayant un impact en termes de performance qui est inférieur à 5 %. C’est un choix aussi qu’il peut faire. Quand on sait qu’il y a la plupart du temps, les processeurs ne sont pas forcément utilisés à 100 %, cela fait clairement sens pour l’utilisateur d’envisager une telle possibilité. C’est bien de pouvoir proposer à l’utilisateur le maximum de performances possibles puisque certains en ont besoin. Mais c’est aussi bien de pouvoir proposer une option où on n’a pas besoin de toute cette performance.
Autre point concernant l’IA, plutôt que d’avoir recours à des data centers, nos processeurs sont capables de gérer l’IA localement. Ça, c’est un grand avantage énergétique. Nous avons des jeux d’instructions, par exemple dans le monde des telcos, pour tout ce qui est Virtual RAM qui permet de faire la même chose que des appliances, mais en consommant 20 % de moins.
Paris 2024 sera la première édition des Jeux Olympiques à utiliser les processeurs Intel Xeon pour présenter une expérience de live streaming 8K de bout en bout, offrant une voie pour l’avenir du live streaming en résolution 8K à faible latence sur Internet. Les serveurs de diffusion équipés des derniers processeurs Intel Xeon Scalable avec la technologie Intel AI Deep Learning Boost encoderont et compresseront le signal en direct produit par Olympic Broadcasting Services (OBS) en 8K/60FPS/HDR « More/Faster/Better Pixels » (de 48 Gbps RAW à 40-60 Mbps selon la norme VVC) en quelques millisecondes. Un signal 8K over-the-top (OTT) sera transmis en quelques secondes aux derniers PC et ordinateurs portables basés sur Intel et connectés à la télévision 8K dans des endroits sélectionnés du monde entier. Les téléspectateurs du monde entier pourront ainsi profiter de l’action olympique future grâce à une expérience de diffusion en direct en haute résolution et avec la meilleure qualité de diffusion possible.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #58, p. 86-88