C’est le cas du Cristal du long-métrage Arco d’Ugo Bienvenu mais aussi des films La mort n’existe pas de Félix Dufour-Laperrière, Allah n’est pas obligé de Zaven Najjar… Rencontre avec Frank Rousseau, fondateur et CEO de CGWire créé il y a huit ans.
Les technologies de rupture comme l’open source (avec Blender), le temps réel, et aujourd’hui les IA reconfigurent la manière dont l’animation est produite. Comment le suivi de production Kitsu que vous développez s’inscrit-il dans ces nouveaux pipelines ?
Frank Rousseau : Depuis le début, nous avons fait le choix de l’open source pour Kitsu, et nous avons misé sur l’intelligence collective des studios d’animation pour que l’outil évolue en fonction de leurs besoins. Du fait de sa flexibilité, ce logiciel de pipeline s’adapte donc facilement à ces évolutions technologiques qui influent beaucoup sur la manière de fabriquer des films d’animation. Ainsi Blender, qui permet de se former de manière autodidacte à la création 3D, impacte l’industrie en favorisant l’émergence de petites équipes créatives qui peuvent désormais se lancer dans des productions ambitieuses et ce, avec des budgets moindres. Celles-ci peuvent compter sur des outils accessibles comme Kitsu qui leur permet d’organiser facilement leur production pour traiter un volume important de plans. Concernant l’IA, Kitsu étant ouvert et facile à prendre en mains, les agents IA peuvent aisément y opérer des tâches. On peut donc mettre en place, par ce biais, des automatisations de planification.
Orienté à l’origine vers l’animation 3D mais vite adopté par les studios 2D du fait de sa facilité de prise en mains, Kitsu, qui s’ouvre aussi aux VFX et au jeu vidéo, vient de passer un nouveau cap. Pouvez-vous nous préciser lequel ?
Les studios pouvaient configurer l’outil à leur manière en ajoutant des fonctionnalités développées en interne autour de notre API. Nous avons prévu de développer un système de plug-ins clé en mains, qui leur permettra de continuer à le faire, mais de manière plus intégrée sans que le cœur de l’application soit modifié. Ce qui va rendre l’usage du logiciel encore plus flexible. Parmi les nouveautés, nous avons également introduit la planification et la prévision de budget. Ce qui a pour effet d’intégrer Kitsu encore plus en amont dans la production. Dans ce cadre, nous avons prévu d’intégrer un module de suivi de la consommation carbone lequel sera utilisé, celui-là, au cours de la fabrication.
Vous organisez régulièrement des événements autour de l’animation comme ce prochain Kitsu Summit. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Il est important que les membres de la communauté se rencontrent et partagent leurs réflexions. Nous organiserons, en février 2026 dans les locaux de Cap Digital (Paris), un événement 100 % dédié à Kitsu. Il s’ajoute aux sessions que nous avons l’habitude d’organiser sur des thèmes plus généraux. Comme celle de juillet portant sur les outils 2D comme TVPaint, Toonboom, Blender (avec Grease Pencil) mais aussi les logiciels de Praxinos, Callipeg (Enoben)… L’animation 2D, qui sait aussi mettre à profit le temps réel, correspond, sans aucun doute, à une tendance forte. Cela se confirme depuis plusieurs années avec le succès que les longs-métrages 2D remportent en festival comme Arco (Cristal 2025) mais aussi Le petit Nicolas, qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? (Cristal en 2022), Linda veut du poulet (Cristal en 2023)… Des films dont les pipelines intègrent Kitsu. Pour notre part, nous accompagnons 80 % de studios 2D français.
Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #63, p.80-84
