Crise sanitaire liée au Covid-19 oblige, le Sunny Side of the Doc et son festival PiXii 2020 se sont déroulés exceptionnellement en ligne. Fidèle partenaire, le CNC y a toutefois présenté son traditionnel bilan d’activités concernant le secteur du documentaire. Alors que tous les diffuseurs s’accordent pour dire que le documentaire est devenu un genre majeur au cœur des grilles de programme, la filière devrait avoir le vent en poupe, mais ce bilan révèle une réalité de terrain plus nuancée…
Un secteur audiovisuel porté par le CNC et les chaînes TV
Si le documentaire reste le premier genre soutenu par le CNC depuis 2013 avec près de 2 000 heures de programmes aidés en 2019, on constate cependant un léger fléchissement de ce secteur à l’économie très fragile… En 2018, le documentaire représentait, parmi les autres genres, 31 % du soutien du CNC à l’audiovisuel, soit 79,5 millions d’euros. En 2019, le documentaire n’est plus accompagné par le CNC qu’à hauteur de 30 % pour 74,2 millions d’euros (avec un apport en production et préparation en légère baisse, mais un coût horaire en augmentation).
Du côté des diffuseurs, l’apport horaire affiche une nette baisse, mais globalement, la répartition des financements consacrés au genre reste stable et les chaînes assurent toujours en moyenne 50 % des financements par projet… On s’aperçoit donc ici que malgré une économie de plus en plus tendue, le désir des producteurs et des chaînes reste très présent. Pour étoffer les budgets et proposer des projets plus ambitieux, producteurs et chaînes se tournent donc désormais de plus en plus souvent vers des apports étrangers.
Un genre qui s’inscrit peu à peu dans le dispositif du crédit d’impôt…
Au début, la mise en place du crédit d’impôt audiovisuel, il y a quatre ans, le CNC voyait arriver peu de dossiers concernant le genre documentaire, mais le dispositif est désormais bien identifié par les producteurs : avec 450 dossiers de documentaires déposés et des dépenses quantifiées sur le territoire français qui ont augmenté de 14 %, 2019 incarne l’année qui a reçu le plus de dossiers. Lors de cette année record, 164 sociétés ont bénéficié du crédit d’impôt audiovisuel pour un montant de 21 millions d’euros.
La question des bonus mis en place dans le cadre de la réforme du documentaire
Le CNC peut désormais prendre un peu de recul sur sa réforme du documentaire initiée en en 2018. Institués avec la réforme, les bonus se retrouvent dans près de la moitié des documentaires produits et les bonus liés à la musique originale, au réalisateur et au montage reviennent plus fréquemment que les autres dans les devis en 2019 et 2020.
D’ailleurs même si les apports internationaux ont augmenté entre 2018 et 2019, peu d’œuvres restent bonifiées en termes de diversité des financements… Ce point interroge à la fois sur la pertinence de cet outil pour accompagner la diversité des financements et sur la diversité même des films soutenus par le CNC…
Focus sur les documentaires fragiles et hybrides
« Une aide est ouverte à tous les producteurs possédant ou non un compte automatique pour les documentaires dits “fragiles” par leur écriture ou leur condition de réalisation et de production », souligne Anne d’Autume, chef du service du soutien au documentaire. Elle précise : « Habilitée à soutenir ce type de projets, la commission sélective y est beaucoup plus favorable. » C’est ainsi qu’en 2018, 63 % des projets déposés ont été soutenus et en 2019, 76 % (avec malheureusement un apport horaire en baisse).
Le CNC soutient également depuis un an des documentaires hybrides, c’est-à-dire les œuvres qui intègrent des technologies comme de la réalité virtuelle ou de l’animation… Il s’agit souvent de projets ambitieux à vocation internationale et donc avec des dépenses conséquentes. « Le but est de mieux soutenir les documentaires qui dépassent les cadres standards », souligne Anne d’Autume. Quatre projets sont ainsi soutenus cette année et une dizaine de projets pourraient bénéficier du dispositif sur les deux prochaines années à venir.
Des aides qui s’étendent à la création numérique et au jeu vidéo
« Le soutien à la création numérique fait désormais partie des missions du CNC à part entière et nous nous sommes adaptés pour pouvoir prendre en compte l’ensemble de ces formes », précise Pauline Augrain, directrice adjointe du numérique, à l’occasion de sa prise de parole.
Le fonds de soutien au numérique a ainsi investi 10 millions d’euros en 2019 dans des projets spécifiquement destinés à une diffusion web. Le service a été créé il y a moins d’un an, mais l’ensemble du fonds de soutien audiovisuel s’est ouvert dès 2018 à des projets destinés à de la diffusion web et plus particulièrement à du format court sur des plates-formes telles que Spicee, Tënk, arte.tv ou encore France.tv slash.
Le fonds dédié aux expériences numériques accompagne des projets soit immersifs, soit interactifs… ou encore les deux. Les contenus en réalité virtuelle restent majoritaires, mais le CNC voit aussi apparaître des narrations interactives qui se déploient sur une multitude de médias et réseaux sociaux, ainsi que des projets de réalité augmentée.
Olivier Fontenay, chef du service de la création numérique, décrit ces nouveaux programmes comme « différents et utilisant une grande diversité de mediums de diffusion : casques VR, applications de réalité augmentée sur téléphone, tablettes ou lunettes, dispositifs de projection à 360 ° dans des dômes ou des cubes… ».
Il évoque d’ailleurs des parcours muséographiques qui peuvent réunir plusieurs dispositifs à la fois, comme Pompéi, l’exposition événement du Grand Palais (cf. article détaillé sur le sujet paru dans le magazine Sonovision #20).
Ce fonds dédié aux expériences numériques a, sur l’année 2019, accompagné une centaine de projets avec une enveloppe globale de 3 millions d’euros. « C’est un fonds très jeune ouvert à tous les modèles de financements. Il y a une volonté d’aller vers des démarches qui tentent et innovent… », explique Olivier Fontenay qui constate par ailleurs des points communs et des passerelles de plus en plus récurrentes entres les univers documentaires et certains jeux vidéo.
« Il existe des jeux vidéo très proches du documentaire et du réel. On peut citer l’exemple d’Enterre-moi, mon amour, jeu vidéo/fiction interactive qui se déroule dans un camp de réfugiés. L’expérience, basée sur des fonds documentaires importants, a été écrite par Pierre Corbinais et Florent Maurin, coproduite par Arte, The Pixel Hunt et Figs. Detroit : deviens humain, développé par Quantic Dream, représente un autre exemple : ce jeu se rapproche d’une œuvre audiovisuelle de par son scénario et son travail en motion capture avec des acteurs. »
D’ailleurs, le CNC soutient les jeux vidéo via deux dispositifs : l’aide sélective, qui en 2019 s’élève à 4 millions d’euros en 2019 et concerne une soixantaine de projets, et le crédit d’impôts d’un montant de 40 millions d’euros répartis sur 43 projets.
Covid-19 et mission de continuité de service public…
Pendant la période du confinement, le CNC a mis en place une mesure d’urgence pour les producteurs en difficultés de trésorerie qui ont pu mobiliser par anticipation jusqu’à 30 % des sommes disponibles sur leurs comptes automatiques de soutien. « Le CNC a reçu 31 demandes en audiovisuel dont 16 en documentaires et a ainsi débloqué 1,8 million d’euros pour le secteur du documentaire », mentionne Valérie Bourgoin, directrice de l’audiovisuel.
Malgré les trois mois de confinement, le CNC a aussi poursuivi sa mission sans discontinuer… Valérie Bourgoin dresse le bilan : « Environ 1 000 dossiers ont été déposés mais nous avons toutefois observé une baisse de 23 % du nombre de dossiers de demandes d’aides entre janvier et mai 2020. Ce fléchissement, qui peut paraître important, est cependant moins net que dans les autres secteurs… ».
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #38, p. 90-92. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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