Stéphane Benini a commencé jeune : à vingt ans il travaillait déjà sur les plateaux de cinéma avec Bertrand Tavernier et Luc Besson. Quelques années plus tard, un diplôme d’école de cinéma en poche, il part tenter l’aventure en Grande-Bretagne et aux Émirats arabes unis, où il devient producteur et réalisateur de publicités de sport automobile. Il se tourne ensuite vers la réalisation de clips, pour des groupes tels que Prodigy, Digitalism ou les Chemical Brothers, avec la société EMI.
À trente-cinq ans, il parcourt le monde pour présenter certaines cultures de la boxe, de la danse et l’attrait de la mafia pour l’univers de la « bagnole », dans des documentaires plus personnels. Certains films, l’un sur le monde de la danse « litefeet » et l’autre sur celui des gangs « lowrider » remportent de nombreux prix en festivals. Il s’intéresse ensuite au motion design et réalise un clip collaboratif avec l’artiste numérique américain Beeple, qui obtient un prix à Los Angeles. Aujourd’hui âgé de quarante-cinq ans, il met ses rêves en images grâce à l’intelligence artificielle.

Voilà environ cinq ans que Stéphane a commencé à concevoir des vidéos digitales avec les prémices des outils d’IA, associés aux applications de motion design. Mais ces deux dernières années, les progrès fulgurants de l’IA générative lui ont permis de reproduire les images qu’il avait en tête, directement depuis son ordinateur.
Le réalisateur explique : « Je vois l’IA comme un outil de création, une nouvelle caméra, qui me permet de faire de plus en plus de choses, et aussi de travailler très vite. Ce qui demandait des semaines auparavant prend quelques heures aujourd’hui. Je peux créer des publicités, des films d’animations, retravailler des vidéos en images réelles et créer des effets ultra poussés dans un temps record, avec un résultat assez bluffant. »
Pour obtenir ce rendu, chaque semaine il travaille sur un nouveau projet en utilisant les derniers outils, tels que Runway, Midjourney, Pika et Wonderdynamics, avec lesquels il peut modeler des visages, des corps ou des véhicules avec des jeux de lumières et de reflets, mais aussi diverses textures comme la fourrure animale ou la végétation. Il a ainsi cumulé quantité de prompts, grâce auxquels il peut générer rapidement la vidéo souhaitée. On peut en voir quelques exemples dans sa galerie https://www.beninistephane.com/galerie-2 ou sur son profil Instagram @stephane_again.

Un travail reconnu
Les films réalisés avec ces outils rencontrent un succès auprès du public, et des récompenses dans les festivals : prix du meilleur film expérimental et prix des meilleurs effets spéciaux au Los Angeles Film Festival, prix du meilleur film court à Paris et au Portugal…

Mais surtout Stéphane a été finaliste du concours GEN:48 de Runway Studios, dans lequel les candidats ont quarante-huit heures pour écrire et réaliser un court-métrage d’une durée de une à quatre minutes. Grâce à l’IA, il ne lui a fallu que quelques heures pour créer son film ! Il est le seul Français à avoir réussi à atteindre un tel niveau dans ces compétitions novatrices.
Encouragé par cette reconnaissance de son travail, Stéphane vient ainsi de créer un studio spécialisé dans la production et la réalisation de projets en IA afin d’accompagner, créer et superviser divers projets, de la publicité au documentaire. Certains clients souhaitent un produit entièrement généré avec ces nouvelles techniques, quand d’autres souhaitent une intégration d’IA dans des films tournés en prise de vue réelle.

Stéphane précise : « Je sais intégrer ces effets dans une image issue d’une caméra avec précision, mais personnellement j’aime surtout créer en tout IA. Cela me permet d’imaginer des univers, avec une narration qui apporte l’essentiel : des sentiments. » Il insiste : « L’important à mon sens est de toujours essayer de générer une émotion, sincère et puissante, avec ces outils. Le démonstratif visuel et technique est assez simple, mais raconter une histoire avec de l’humain, c’est un autre challenge. »
Qu’un film soit créé avec les techniques traditionnelles ou avec celles de l’intelligence artificielle, l’enjeu reste donc le même : il s’agit de raconter une histoire qui touche ses spectateurs. L’évolution de ces nouvelles technologies étant extrêmement rapide, on peut imaginer voir prochainement des longs-métrages et des séries créés entièrement grâce à l’IA générative, pilotée par des réalisateurs comme Stéphane Benini, qui maîtrisent non seulement les outils mais aussi les techniques narratives.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #56, pp 46-47