Après avoir gelé les postures dans leur instant décisif pendant des années, Little Shao s’intéresse de plus en plus à les laisser évoluer dans l’image animée et met toute l’énergie de ses photos au service de la vidéo.
Comme souvent, c’est dès l’enfance que Thinh Souvannarath (de son vrai nom) forge les références qui l’accompagneront toute sa vie. Il grandit dans le sud de Paris, au sein d’une famille d’origine vietnamienne dans laquelle appareil photo et caméscope accompagnent la vie quotidienne. Son père, architecte, le laisse jouer sur sa table à dessin : il dessine des lignes, crée des perspectives et apprend ainsi à composer une image, à la structurer.
Il vient à la danse à l’adolescence, par la musique funk, soul, R&B, hip-hop, et adhère tout de suite aux aspects physiques et visuels du break-dance. Il se lance dans les battles et c’est ce milieu qui lui donne ce surnom de Little Shao, en hommage aux moines shaolin dont il reproduit la gestuelle. Il se met à filmer ses battles et monte des teasers sur Movie Maker.
Pour ses parents les études sont essentielles. Ainsi suit-il un cursus de finance-marketing dans lequel l’informatique et les maths renforcent sa culture de la géométrie et de l’espace. En 2003, un stage dans la finance lui permet de s’offrir son premier reflex, pour faire des photos d’architecture et de danse. Il liera les deux en intégrant des danseurs dans l’environnement urbain.
Le dynamisme et la composition de ses photos vont faire de lui LA référence dans le break-dance, ce qui lui ouvre les portes de tous les univers de la danse, mais aussi de la musique, du sport, de la mode… On recherche l’effet « waouh » et la vivacité de ses images. Il transpose son style dans d’autres mondes pour faire des portraits de Tony Parker, Justin Bieber et des campagnes publicitaires pour de grandes marques de sport, de luxe et des photographies d’action pour RedBull.
Pour Thinh, le lien entre danse et image est évident : « Il y a des moments-clés dans la musique sur lesquels on maintient la posture, on freeze le mouvement pour montrer qu’on est dans le rythme. On visualise la figure et on agence le corps, la position dans l’espace pour prendre une posture esthétique : c’est l’instant de la photo. On pense à cette image quand on danse, on cherche la forme parfaite. »

Ambassadeur Nikon
Ainsi Thinh organise son cadre en structurant les groupes dans le décor, soigne les placements des danseurs et leurs chorégraphies, puis guette cet instant précis. « Avant j’attendais le mouvement et appuyais juste au moment T. Maintenant avec les vingt images par secondes en Raw + Jpeg du Nikon Z9, je me suis mis à la rafale par confort. »
Little Shao est en effet ambassadeur Nikon, très impliqué avec la marque avec laquelle il a développé des stratégies de communication sur réseaux sociaux et créé les campagnes de nouveaux produits, en mêlant sport et commercial pour toucher un large public. Il s’est essayé aux fonctions vidéo des boîtiers dès le D850, mais c’est surtout avec la gamme des hybrides Z qu’il s’est de plus en plus tourné vers l’image animée.
« En vidéo je n’aime pas les plans fixes, car je préfère le moment-clé de la photo par rapport à la vidéo, donc pour moi la plus-value de la vidéo vient du mouvement de la caméra avec celui du danseur. » Il aime utiliser un gimbal pour fluidifier ces mouvements et apprécie les ralentis sans en faire un usage systématique. La sortie du Z9, très performant en vidéo, l’a encore plus incité à s’amuser avec l’image animée.
Sa compagne, la danseuse Soleïla Chaou, sollicite régulièrement Thinh pour qu’ils créent des vidéos ensemble. La filmer le fait « kiffer », et bien qu’il trouve contraignant de passer du temps en montage et en étalonnage il aime le rendu final. Il regarde beaucoup de documentaires et apprécie comment l’histoire est créée à partir du live, ce n’est pas de la fiction. Aux derniers Nikon Days, Little Shao a pris en main un Z9 monté sur un Ronin pour filmer la danseuse, et ainsi nous donner un aperçu de ses méthodes de travail et de ses choix techniques et artistiques : une vidéo à retrouver sur le site de l’événement.
Au cours de ses shootings photo, Thinh a été amené à collaborer avec des équipes de tournage et à observer leur manière de travailler. En tant que directeur artistique sur des projets, il a eu à diriger des cadreurs dont les retours positifs lui ont donné confiance. Tout cela l’a incité de plus en plus à s’essayer à l’image animée, bien qu’il soit pour l’instant plus facile pour lui de raconter une histoire avec une photo qu’avec une succession d’images.

Son plus gros projet vidéo : « Opéra in Paris »
Juste après le premier confinement, Thinh a eu carte blanche pour filmer les danseurs de l’Opéra de Paris sur une musique hip-hop, dans les rues vides de la capitale (vidéo en ligne sur YouTube). Il a tourné avec son Z6 et pris beaucoup de plaisir à l’exercice. « Quand je filme, j’essaie de faire les plans que j’ai en tête plutôt que de suivre les codes. J’essaie de transposer ma vision créative photographique à la vidéo. »
L’architecture des lieux crée des lignes dans le cadre. La caméra accompagne les déplacements des danseurs et, naturellement, le montage joue avec les raccords de mouvements. Un ami lui a dit : « Quand je regarde ta vidéo, j’ai l’impression de voir tes photos. » Le pari était donc gagné.

Photos et vidéos sur un même projet
Désormais Thinh a de plus en plus de demandes en réalisation vidéo, dont des publicités avec des budgets conséquents qui exigent un travail précis. Il arrive maintenant souvent qu’on lui demande de faire photos et vidéos sur un même projet. En photo, il travaille très vite : quinze minutes lui suffisent pour obtenir l’image qu’il a en tête. Il peut donc consacrer le reste du temps à la vidéo, plus chronophage et qui nécessite plusieurs angles, valeurs de plans, etc. Par contre, il ne va pas extraire une image fixe d’un fichier vidéo car pour lui « la mécanique de photographier est différente, c’est un moment magique qu’on a vécu ».
Little Shao a évolué dans la photo en se mettant des challenges. Il vient de la culture B-Boy du break-dancer dans laquelle on s’affronte en battles pour déterminer qui est le meilleur. Avoir grandi dans ce milieu où il faut faire ses propres armes pour avancer, lui a donné la détermination nécessaire pour arriver au plus haut niveau.
Thinh a atteint une certaine maturité en apprenant à côté de cadreurs très talentueux et réfléchit à ce qu’il pourrait apporter à la vidéo. Il a envie de se tester dans ce domaine : « Je regarde le Nikon Film Festival et je me dis : “Je le fais et je le gagne”. La vidéo est mon nouveau challenge, mais je veux faire mieux que les autres. »
« Danse à Paris »
Peut-être vous êtes-vous promené vers la Tour Saint-Jacques de Paris, au printemps dernier, et votre regard a été attiré par les photos qui étaient accrochées sur ses grilles ? Il s’agissait de l’exposition « Danse à Paris », initiée par la Mairie de Paris. Pour ce projet, Little Shao a réuni la crème de la crème des danseurs, acrobates et artistes de tous genres, qu’il a mis en scène dans les lieux emblématiques de la capitale, associant les lignes créées par la gestuelle des personnages avec celles du décor. Un film sur le shooting de cette série sera prochainement disponible pour découvrir le travail du photographe.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #48 p. 112-114