Les locaux de cette société, fondée il y a huit ans, sont sobres et épurés, un havre de paix dans ce quartier bouillonnant. Sylvain Obriot, fondateur et directeur général, et François Lescieux, directeur technique, nous ont reçu pour parler des évolutions de la société et de ses engagements en termes d’innovation et de RSE.

Sylvain Obriot, après avoir fait l’EICAR, a commencé sa carrière dans un studio de postproduction, travaillant principalement au service labo puis, après un passage dans une agence française de branding filiale d’Havas, la fibre entrepreneuriale le titille si bien qu’il décide de créer en 2016 Everest.
Des premiers locaux dans le quartier de Ménilmontant à ceux de la rue Jules Vallès – occupant plus de 1000 m2 sur deux bâtiments principaux –, le succès est rapide.
« Trois ans après l’ouverture de la société, nous étions face à une évolution majeure. Il devenait urgent de déménager. Il y avait une opportunité avec la reprise d’un immeuble rue Jules Vallès ; ce quartier étant plus en adéquation avec notre clientèle. Le chantier était important avec huit mois de travaux. Nous étions en 2019, juste avant le Covid. Je voulais construire un lieu épuré, qui corresponde à notre philosophie et j’ai énormément travaillé en collaboration avec mes architectes pour arriver à créer cette ambiance. Le Covid est arrivé et je me suis retrouvé quasi seul dans ces locaux vides. Mais les besoins de production étant très importants à cette époque, rapidement nous avons dû reprendre de nouveaux locaux en face du bâtiment principal », souligne Sylvain Obriot.

Workflow, R&D
Everest travaille avec des marques prestigieuses dans le luxe avec un axe fort sur la production de contenus issus, entre autres, des défilés de la Fashion Week et des contenus beauté. L’une des prestations récurrentes est la multilivraison de fichiers pour tous les types d’écrans, de réseaux sociaux, et ceci à l’échelle mondiale, ce qui peut représenter 300 à 400 livrables pour un même contenu. Pour absorber ce volume, il faut un pipeline bien dimensionné, et pour cette expertise Everest s’appuie depuis le début sur Atreïd pour le choix des machines, serveurs, archives, et collabore avec eux pour dimensionner les workflows de postproduction.
« Nous avons des clients prestigieux. Il faut sortir des films de haute qualité dans des délais serrés. Atreïd est un excellent partenaire qui nous aide sur les choix et qui nous accompagne depuis les débuts », précise Sylvain. « Nous avons mis en place un workflow qui est capable d’absorber de très gros volumes de travail en simultané. Quand nous sommes sur les Fashion Week, ce qui arrive pratiquement une fois par mois, il faut ingester des téraoctets de données et postproduire très vite car il faut livrer parfois quelques heures après le défilé », poursuit François.

Lors de la dernière Fashion Week une dernière génération de serveurs hybrides SSD et HDD a été testé. Le modèle Promise VTrak N16N16 avec un mélange de huit SSD et huit HDD. Il est capable de faire du « tearing » intelligent. Cela veut dire, par exemple, que si des médias ne sont pas utilisés au bout d’un certain temps, ils sont copiés du SSD vers le HDD. Ce serveur, prêté pour l’occasion par Atreïd et son partenariat privilégié avec Promise, sera l’un des nouveaux investissements d’Everest !
Everest a également mis en place une filiale, 8849 (l’altitude de l’Everest pour ceux qui n’auraient pas la référence géographique !). Cette structure est orientée R&D et produit également des effets visuels, de l’animation 3D. Il s’agissait pour Everest d’intégrer ces prestations en interne, là encore dans des soucis d’indépendance et de créativité.
Il est plus simple en effet de pouvoir travailler dans les mêmes locaux sur les projets en cours. Cela permet de rationaliser les coûts et de réduire la facture du client. La cellule a ainsi collaboré avec le scénographe du défilé LVMH sur le Pont Neuf. « Nous avons pu récupérer les plans modélisés du Pont Neuf, produit la préviz sous UnReal ce qui a permis avec le réalisateur de placer au mieux les caméras du défilé », indique François. 8849 a acquis rapidement ses lettres de noblesse et est de plus en plus sollicitée pour des productions externes.

Pour le moment, les deux bâtiments de la rue Jules Vallès ont chacun leur nodal. L’un reste le navire amiral, et une double fibre noire 40 Gb permet de communiquer entre les deux sites. Il y a deux Fastnas de chez GB LABS et une réplication sur NAS Synology. Les contenus d’un nodal sont dupliqués sur l’autre et réciproquement, ce qui sécurise les données. Au total, 800 To en production et autant pour les back-ups. Depuis sa création Everest conserve l’intégralité des médias, y compris les rushes, ce qui fait une volumétrie importante, les archives froides étant stockées sur LTO.
En termes de poste de travail, la quasi-totalité sont des Mac (Mac Studio) et avec la suite Adobe Creative Cloud (Premiere Pro et After Effects). Quelques postes ont également Avid Media Composer pour certains réalisateurs et monteurs qui ont l’habitude de travailler avec cette application.
Il y a seize salles de montage, spacieuses, fonctionnelles, avec de la lumière du jour. Il y a également quatre salles d’étalonnage DaVinci Resolve. Le tout est complété par de nombreux postes de retouche pour les graphistes en open space. Il y a au total plus de cinquante postes de travail sans compter les postproducteurs, l’IT. Il peut y avoir jusqu’à cent personnes dans les locaux en simultané lors des montées en charge de la Fashion Week.
Concernant les effectifs, il y a vingt-huit collaborateurs et le reste ce sont des free-lances. « Nous ne sommes pas une école mais nous avons de nombreux jeunes. Certains sont embauchés et progressent au sein de l’entreprise et d’autres que nous pouvons retrouver sur des projets comme free-lance. Il est important d’avoir une forme de compagnonnage pour accompagner nos équipes », insiste Sylvain.
RSE
Everest a, à un moment, envisagé de stocker ses médias dans le cloud, mais a jugé que ce n’était pas suffisamment green et a préféré le stockage sur bande. L’écoresponsabilité est au cœur des priorités de la société. Il se peut que la société s’agrandisse encore, et si cela se concrétise, Sylvain prévoit déjà de nombreux travaux pour rendre plus neutre en carbone cet espace.
« Nous avons entrepris une démarche avec des partenaires pour que les tournages et la postproduction prennent en compte les obligations de réduction de l’empreinte carbone. Nos clients commencent à nous poser des questions sur ce type de priorités. Nous avons créé un comité RSE interne, fait notre bilan carbone, nos abonnements d’énergie souscrits auprès d’un fournisseur d’énergie renouvelable. Nous améliorons au mieux les conditions de nos collaborateurs », conclut Sylvain.
Bien évidemment Everest teste l’IA. « De nombreux clients nous demandent des choses en IA. L’IA, nous la testons au sein de 8849 et pas forcément sur l’IA Générative mais par exemple sur la gestion de l’archivage. Nous avons des centaines d’heures de contenu et si nous pouvions facilement retrouver un plan qui pourrait servir dans une autre production cela nous ferait gagner du temps et de l’argent à nos clients. Je pense que l’IA nécessitera une certaine maîtrise et nos clients continueront à faire appel à nous pour faire des prompts de qualité. »
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #56, pp 48-50