Comme le nom du reportage le précise d’entrée de jeu, il suffit d’un explorateur Web et d’un abonnement à Blackbird pour monter des vidéos avec des médias qui peuvent être hébergés dans le cloud ou stockés sur des sites accessibles (On Premise). David Mortlock, directeur commercial technique de Blackbird, nous dévoile le montage dans les nuages.
Peux-tu nous présenter en quelques mots le concept de Blackbird ?
David Mortlock : Blackbird est une plate-forme de montage et de publication « cloud native ». Notre message c’est : « Avec Blackbird, faites les choses aussi rapidement et efficacement que possible, d’une manière totalement flexible, parce que chaque image et chaque seconde compte. » Blackbird ne dépend directement d’aucun cloud public ni d’aucun autre partenaire technologique. La solution peut être déployée dans n’importe quel environnement 100 % cloud ou s’insérer fluidement au sein d’une infrastructure existante, sur site (On Premise) ou dans les nuages. Les médias peuvent résider sur un stockage EditShare, Avid Nexis, Dell EMC Isilon, Synology ou tout autre modèle.
La solution de montage est entièrement hébergée dans le cloud. Il y a des workflows pour lesquels Blackbird est certainement le meilleur choix et d’autres qui ne correspondent pas : ce n’est, par exemple, pas une solution d’étalonnage où l’utilisateur peut travailler sur les médias haute résolution avec une surface de contrôle. Mais pour le montage « live » de fichiers en cours d’acquisition (edit while ingest), aucune solution n’est aussi rapide.

Quels sont les fondements techniques sur lesquels sont développés la solution ?
Nous avons conçu un outil totalement indépendant, cependant nous ne proposons pas l’ensemble de la chaîne de production, depuis l’acquisition jusqu’à la distribution. Blackbird c’est une technologie unique qui fait l’objet de quatorze brevets, quatre autres en phase d’étude et d’autres à venir. Chaque image des clips vidéo édités par Blackbird est « poussée » vers l’explorateur Web. Le principe n’est pas révolutionnaire, ce qui l’est plus c’est de garantir une fluidité de travail via une connexion à très faible bande passante.
Nous calculons des transitions et des effets en temps réel sur plusieurs pistes vidéo de la timeline directement dans l’explorateur sans nécessiter de rendus pour les prévisualiser. Blackbird n’est pas un outil de découpage de vidéos dans le Web (Web clipping), c’est une station de montage non linéaire complète qui accepte jusqu’à 12 pistes vidéo et 36 pistes audio.
Un autre point fort de la solution concerne les médias haute résolution qui restent à leur emplacement, évitant des coûts de transferts. Un de nos utilisateurs déplaçait quotidiennement entre 300 et 500 Gigas de données vidéos sportives, nous lui avons permis de produire dix fois plus de contenus et d’éviter de monopoliser des forces vives à observer des barres de téléchargement. Nous ne stockons jamais sur nos serveurs des fichiers haute résolution, mais uniquement les données intermédiaires préparées avec notre codec de streaming.

Comment se positionne Blackbird dans l’écosystème audiovisuel ?
Certaines solutions exploitent des machines sur site (On Premise) ou dans le cloud, nécessitant des infrastructures, de la bande passante, des tunnels TCP/IP, des cartes et de nombreux autres matériels. D’un autre côté, des outils Web servent à borner (découper) des vidéos. Certains de ces outils sont excellents pour préparer des éléments médias pour les réseaux sociaux, mais ils ne conviennent pas pour s’insérer dans des infrastructures broadcast, car ils compressent les flux et leurs formats d’exports ne sont pas suffisamment qualitatifs. Blackbird se situe à la croisée de ces deux mondes.
Le déploiement de la solution est incroyablement rapide, il suffit de renseigner un nom d’utilisateur et un mot de passe pour accéder au site Web de la marque et éditer ses images instantanément depuis n’importe où sur la planète sans réelle latence. Des utilisateurs travaillent depuis Los Angeles, d’autres en Australie ; aucun ne constate de problèmes de performances sur la plate-forme. En accédant au contenu haute résolution pour l’export, nous assurons une qualité finale optimale.
En cours de montage, les médias sont compressés sous forme d’un flux (stream) via le codec Blackbird. C’est notre « sauce secrète », un codec de transition ou selon le terme plus populaire un codec de montage proxy. Je suis dans le Hampshire, à 40 miles à l’ouest de Londres et je travaille avec un MacBook très basique. Je pourrais monter sur la lune, depuis un train ou un avion grâce à la performance de la méthode de streaming des médias à travers l’explorateur !

Pouvez-vous exploiter tous types de médias ?
Nous traitons la majorité des formats, mais certains peuvent ne pas encore être déployés. Il reste conseillé d’effectuer des tests, mais de nombreux protocoles de streaming et beaucoup de formats de fichiers sont compatibles pour le montage et les fichiers peuvent être exportés en AVC-HD, MPEG-2, XDCam, H264 et l’ensemble des fichiers usuels.
Proposez-vous une solution d’accélération du transfert des médias vers le cloud ?
Les utilisateurs peuvent charger et télécharger des médias dans le cloud, mais nous n’offrons pas de plug-in d’accélération comme Aspera ou Sigma. La solution est incroyablement rapide et compatible avec tout type de logiciel. Avec un fichier grossissant (growing file), nous commençons à générer les vidéos avec notre codec dès que le fichier commence à être enregistré dans l’espace de stockage (S3 par exemple) ; le monteur peut débuter son travail immédiatement.
Qui utilise Blackbird aujourd’hui ?
La page support de notre site Internet précise nos partenaires. Nous travaillons avec environ trente sociétés de postproduction essentiellement en Angleterre et environ la moitié d’entre elles proposent la technologie Blackbird aux sociétés de production avec lesquelles elles travaillent, pour des tâches de dérushage et de synchronisation préalable à un workflow de postproduction via des stations de montage Avid. Depuis environ deux ans et demi nous avons connu une bascule de nombreux utilisateurs, créateurs de contenu dans le domaine du sport « live », de l’actualité et de l’événementiel. C’est parce que Blackbird gère les choses de manière unique et très légère.
Plus de cent monteurs de Bloomberg gèrent plus de quarante flux live sur la plate-forme. Six cents utilisateurs d’A&E networks travaillent avec Blackbird. De nombreux acteurs du sport exploitent Blackbird, IMG, l’ATP tour, Eurovision Sport, pour des programmes de natation, football, athlétisme, tennis, biathlon et ski.
Un bon exemple de la rapidité d’exploitation de Blackbird est illustré par la ligue de rugby australienne (NRL) dont les matchs sont joués dans la majorité des villes du pays. Ils avaient des problèmes avec des personnes qui diffusaient sur leurs chaînes YouTube les images filmées avec leurs téléphones sur les écrans dans des bars. La NRL nous a proposé un challenge : transférer des vidéos « brandées » (avec le logo) vers les réseaux sociaux en moins de 2 minutes. Nous le faisons en 27 secondes environ. Le premier endroit permettant de consulter ce contenu est maintenant le site Web de la NRL. Les spectateurs peuvent y liker et partager du contenu et y trouver d’autres produits tels que des flux et des abonnements payants.
Des monteurs travaillent sur des films comme Pulp Fiction, des artistes affinent les effets visuels de productions comme Dune. De nombreux outils leurs sont dédiés ; Blackbird n’en fait pas partie. Mais s’il est question de vitesse, de montage de news, de sport et d’événementiel, c’est la solution idéale.

Avez-vous des passerelles vers d’autres outils des infrastructures broadcast ?
Au niveau technologique, nous sommes complètement agnostiques. Mais pour permettre à nos utilisateurs de s’insérer dans la chaîne de production, nous sommes partenaires de nombreux acteurs pour récupérer des flux live, nous insérer aux serveurs de stockage ou récupérer des données d’intelligence artificielle (AI) issues de la presse. Blackbird permet le marquage ou l’intégration de logos à l’export et la publication simultanée vers plusieurs réseaux sociaux.
En back-office de l’interface utilisateur dédiée au montage, un centre de contrôle permet de configurer les utilisateurs, les droits d’accès aux différents comptes et la visualisation de données statistiques sur le cloud, l’activité des monteurs, l’endroit où ils ont travaillé et ce qu’ils ont publié. Une zone dédiée à la gestion de contenu, au contrôle des flux entrants et des dossiers surveillés (watch folders) permet de planifier des enregistrements. Des APIs (protocoles pour échanger avec d’autres logiciels) sont dédiés à la gestion des données et des médias et à la sécurité pour permettre notamment l’authentification unique (single sign-on). Les médias peuvent être envoyés et récupérés de la solution vers des MAM, des solutions d’archivage automatique et des serveurs de stockage online et near online.
Faut-il être un monteur confirmé pour utiliser Blackbird ?
L’apprentissage de l’utilisation de Blackbird est simple et rapide. Il n’est pas nécessaire d’aller dans un centre de formation ou de suivre un atelier. Je ne suis pas un monteur et j’ai appris le logiciel en 45 minutes. Le déploiement est également très rapide et ne nécessite pas de nombreux matériels, avec à la clé d’importantes économies.
Avez-vous intégré une réflexion écologique lors de la conception de votre solution ?
Nous avons beaucoup travaillé sur la durabilité de la solution, un sujet auquel nous apportons une grande importance. De nombreux clients nous demandent de prouver nos références en matière de développement durable. L’empreinte carbone de Blackbird est 91 % inférieure comparativement à certaines autres solutions. Nous avons été lauréats de plusieurs prix récemment. Celui dont nous sommes le plus fiers est le prix de la durabilité (Sustainability Award). Nous avons récemment participé à l’IBC Accelerator Program autour de la production durable dans le cloud pour la première ligue anglaise, avec Sky, BT Sport, BBC Sport et IMG. Un rapport affirme que la production « cloud remote » est 71 % plus durable que les déploiements sur site nécessitant de nombreux camions et personnels.

Comment se passe le déploiement d’une station de travail Blackbird ?
C’est très simple ! Le logiciel Edge software est déployé sur des stations virtuelles ou sur site. Certains clients exploitent leurs matériels parce qu’ils disposent d’une infrastructure importante. Edge software remplit deux rôles. Le premier : il surveille l’ensemble des flux entrants ou des médias existants sur le stockage et encode des fichiers avec le codec propriétaire Blackbird ; le deuxième : il délivre ensuite les images aux utilisateurs via le navigateur.
Cinq secondes après l’arrivée des médias sur les serveurs de stockage, les utilisateurs peuvent débuter leurs montages sans attendre la fin d’un match ou le transcodage d’un fichier. Il est possible de monter sur les flux live. Edge accède aux médias et peut publier les vidéos directement vers les réseaux sociaux, les players, les CDN, les MAM (Media Asset Management) et le retour vers le stockage pour les workflows de postproduction, notamment autour des stations Avid. Blackbird peut être utilisé avec n’importe quel navigateur sans aucun logiciel, via une connexion wi-fi et un ordinateur portable basique.
Plusieurs interfaces configurables sont proposées ainsi que de nombreuses fonctionnalités comme le montage multicaméra et l’enregistrement de raccourcis claviers. Nous pouvons travailler avec des médias qui peuvent durer une image, une minute, une heure, un mois ou un an. Nous donnons accès à n’importe quelle image au sein de ce flux.
Pouvez-vous préciser la technologie du codec propriétaire Blackbord ? Quel type de compression est mise en œuvre ?
Le fonctionnement scientifique est complexe, mais l’essence du codec Blackbird est la livraison « intelligente » d’images indépendantes au navigateur Internet. Nous utilisons une vaste bibliothèque d’images individuelles. Lorsque ces dernières sont regardées par toute personne ne disposant pas de notre matrice, elles sont illisibles. Le secret est l’efficacité de livraison à la session ouverte dans le navigateur. Nous ne nous contentons pas de livrer des « morceaux » de médias de manière linéaire (A-B-C), mais prenons en compte l’endroit où se situe l’utilisateur dans le flux vidéo. Nous dirigeons uniquement les images nécessaires pour le visionnage des images là où se situe la tête de lecture.
Un cache est-il mis en place sur l’ordinateur de l’utilisateur ?
Un code couleur dans la timeline affiche les images mises en cache progressivement dans la session du navigateur. Dès que le cache est prêt, l’utilisateur peut balayer la vidéo comme s’il travaillait sur les fichiers haute-résolution directement depuis un stockage local rapide. À la fermeture du navigateur ou l’extinction de la machine, le cache est purgé. D’un point de vue sécurité, il est possible de ne stocker aucun média sur les machines. Des utilisateurs comme le département d’État américain, A&E ou Bloomberg travaillant sur de nombreux médias sensibles ont besoin de cette extrême sécurité.

Quel type de connexion est nécessaire ?
La bande passante minimum pour utiliser la plate-forme est de 2 Mbits par seconde, une valeur disponible à la majorité des utilisateurs même à ceux qui accèdent à Internet via un partage de connexion téléphonique aux quatre coins de la planète. La superposition de plusieurs couches de vidéos nécessite, bien entendu, un débit supérieur.
Quelles fonctionnalités de titrage proposez-vous ?
Blackbird ne dispose pas de moteur graphique, mais nous permettons aux utilisateurs d’importer des éléments ou des modèles avec des emplacements vides sur lesquels ils peuvent écrire de nouveaux textes (noms et fonctions). Il est également possible d’importer et charger des polices. Parmi les fonctionnalités disponibles, on retrouve une correction colorimétrique basique pour ajuster le contraste et la saturation des images, ainsi que la manipulation de la vitesse des clips et l’ajout d’effets DVE (images dans l’image – PIP) animés. Des masques peuvent être ajoutés notamment pour flouter des marques.
Nous avons réussi le challenge de réaliser toutes ces opérations directement dans le cloud. Les transitions sont lues en temps réel sans rendu. Les douze pistes vidéo disposent chacune de quatre calques d’effets manipulables avec des courbes et des images clés. Les voix off sont enregistrables directement dans la timeline à l’aide d’un microphone USB. Grâce à des sauvegardes automatiques, les utilisateurs peuvent récupérer leurs projets en cas de bug d’un navigateur.
Quelles sont les prochaines étapes prévues de votre développement ?
Ce que nous proposons maintenant c’est la vente des licences des composants de Blackbird. Je ne peux pas entrer dans les détails, mais nous avons conclu un important accord de licence avec un fabricant important de matériel pour proposer son propre outil de montage cloud. Nous orientons notre modèle économique vers la proposition de licences de technologies pour permettre à nos clients de construire leurs solutions, les fonctionnalités de montage et utiliser les codecs. Cette offre s’adresse à d’importantes organisations qui peuvent assumer ce type de développements, mais le produit standalone peut être directement intégré dans des solutions existantes. Des annonces sont en prévision dans ce sens.
Extrait du dossier « Montage dans le cloud » paru pour la première fois dans Mediakwest #47, p. 54-71
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