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Ambiance au Montreux Jazz Festival. © Marc Ducrest

Montreux Jazz Festival – Les dessous d’une captation au plus proche des artistes

 

Grâce au créateur du festival disparu en 2013, Claude Nobs, Montreux est devenue une ville emblématique du jazz depuis 1967. Clé du succès du festival, la captation des concerts a été repensée en 2019 pour s’inscrire dans une recherche de qualité et d’intimité avec les artistes.

 

Peux-tu nous raconter l’histoire du Montreux Jazz Festival, intimement lié à la captation des concerts ?

Thibaud Mégevand : La spécificité du Montreux Jazz Festival (MJF) est que l’ensemble des concerts ont été filmés depuis ses origines en 1967. Le festival n’aurait certainement jamais existé sans les captations. Le patrimoine audiovisuel musical est au cœur de l’histoire du Montreux Jazz Festival. En 2013, le MJF, plus grande archive audiovisuelle de musique live au monde, a été classé par l’Unesco au nom de la mémoire de l’humanité. Certains concerts des origines sont d’une modernité folle.

Le Nina Simone 76 est un petit « set up old school » à quatre caméras ; le réalisateur a décidé d’en utiliser uniquement deux en se concentrant principalement sur le plan fixe du visage de Nina. Le spectateur est plongé dans l’intensité de Nina Simone. Ce concert nous a beaucoup inspirés dans notre nouvelle démarche artistique.

 

Ambiance dans les rues pendant le Montreux Jazz Festival © MarcDucrest-147

 

La production des captations de concert a été déléguée pendant environ vingt ans à la télévision suisse, la RTS. La collaboration s’est bien passée. Mais le music business a changé avec la chute des ventes de disques et l’importance grandissante des tournées dans le financement des artistes ; la négociation des droits des captations s’est sensiblement complexifiée. À la création du Montreux Media Ventures, nous constations une forte baisse de signature des droits d’exploitation des concerts et même des refus inquiétants de tournage.

En 2015, les concerts étaient filmés exactement comme en 1990-95 dans un style télévisuel « old school » avec des plans très larges, des « zoom out » et beaucoup de fondus enchaînés. Nous avons vu apparaître sur d’autres festivals des écrans verticaux et des tournages avec des moyens hyper légers.

Soucieux de retrouver le soin « historique » apporté à la production d’un contenu différent de qualité « premium », nous avons voulu refaire de nos captations des expériences uniques en renversant la tendance. Nous avons modifié notre collaboration avec la RTS en tant que producteur et lancé un appel d’offres pour trouver un prestataire de production sous l’égide d’une nouvelle direction artistique que j’ai mise en place.

 

Des écrans retransmettent le concert pour le public sous le préau de la scène du lac au Montreux Jazz Festival. © Loïc Gagnant

Qui est Yann Orhan, le directeur artistique des captations du Montreux Jazz Festival ?

Originellement, Yann Orhan est un directeur artistique qui est avant tout photographe et graphiste. Il a réalisé des captations de concerts complètement différentes de ce que j’avais vu auparavant et dont j’étais super fan. Il est très connu en France notamment pour des pochettes d’albums iconiques et des clips réalisés pour la scène française et des artistes internationaux comme Marianne Faithfull ou Alice Cooper. Je l’ai contacté et nous l’avons rencontré avec Nicolas Bonard, cocréateur avec Mathieu Jaton de la société Montreux Media Ventures.

La collaboration est aujourd’hui très fructueuse. Repartant de zéro, nous lui demandions d’apporter un look cinématographique à nos images et une approche de réalisation non télévisuelle, dans les cadrages et au niveau du traitement de la chromie et du format. Nous avons choisi des caméras de cinéma avec des grands capteurs et des optiques ciné, hormis les super zooms nécessaires à grande distance.

 

Une des caméras de la scène du lac avant une captation au Montreux Jazz Festival. © Loïc Gagnant

Quels matériels et installations techniques avez-vous sélectionnés ?

Nous avons été les premiers en Europe à bénéficier des nouvelles caméras F5500 que Sony a fait venir du Japon pour nous en 2022. Aujourd’hui, tout le monde les utilise, notamment dans le sport pour des plans émotionnels et des beauty shots du public. Cela a participé à l’obtention de notre nouvel esthétisme tout en permettant une captation au format UHD HDR 50p intéressante pour les distributeurs. Nous avons fait le choix artistique de downgrader le signal en UHD 25p tout en conservant les ISO (enregistrements des différentes caméras) en 50p. Aujourd’hui les retours des spectateurs et artistes valident nos choix qui ont énormément plu. La tendance s’est totalement renversée, et en 2024 nous pouvons filmer absolument tout le monde. Comme nous conservons les ISO et les multipistes audio, tous les programmes peuvent être retravaillés en postproduction avec le suivi artistique de Yann. Nous gérons les projets de postproduction de A à Z avec les groupes.

Nous avons eu la bonne surprise en 2022 que Thom Yorke et son groupe The Smile souhaitent sortir le film Live at Montreux parallèlement à l’édition d’un vinyle du concert. L’unique captation de la tournée de Nick Cave 2022 va sortir prochainement. Nous avons travaillé avec eux pendant un an et demi en amont et deux ans après le concert.

Pour compléter les caméras F5500, trois caméras 16 mm étaient déployées pour un rendu ultra unique. Trois caméramans qui se relayaient pour charger et décharger les bandes ont filmé trois heures et demie de concert en pellicule, développées et intégrées ensuite au montage. Cela marche super bien. L’équipe de Nick Cave et nous même étions tous très contents.

 

Scène du Lac du Montreux Jazz Festival. © Marc Ducrest

 

Peux-tu évoquer le souvenir de l’emblématique créateur du Montreux Jazz Festival ?

Claude Nobs, décédé en 2013, était un grand collectionneur. Il a appliqué cette seconde nature au festival en filmant tous les concerts. Il conservait les enregistrements sur des bandes stockées dans son propre bunker. En 2009, le Montreux Jazz Festival et l’École polytechnique fédérale de Lausanne ont décidé de débuter la numérisation et l’indexation de l’ensemble des archives avec le projet Montreux Sounds Digital Project. Le risque de perte de ce patrimoine inestimable était réel au vu de l’évolution des bandes dans le temps. À quelques exceptions près, l’EPFL et ses étudiants ont accès à tous les concerts filmés depuis 1967.

 

Peux-tu nous présenter ton parcours jusqu’à la création de la société Montreux Media Ventures ?

J’ai grandi avec deux parents musiciens amateurs qui m’ont toujours baigné dans la musique. Ils écoutaient des répertoires totalement différents qui ont influencé l’éclectisme de mes goûts musicaux. Depuis tout jeune, je suis fasciné par les concerts. J’ai passé un bac français à Genève, suivi d’un bachelor en sociologie puis d’un second en direction artistique publicitaire dans une université privée genevoise. J’y ai rencontré mon professeur d’audiovisuel, le réalisateur et producteur français Olivier Domerc, à l’origine de mon intérêt pour l’audiovisuel au sens large.

 

Un des espaces de travail de MMV pendant le Montreux Jazz Festival. © Loïc Gagnant

J’ai travaillé trois ans en indépendant dans des domaines très divers allant de la production de films documentaires pour une ONG à la création de contenu pour les réseaux sociaux pour un club de hockey. C’est alors que j’ai vu une annonce pour un poste de stagiaire au département Creative Content du MJF pour produire du contenu pour les réseaux sociaux. C’était il y a bientôt dix ans. À la faveur du renouvellement des équipes, j’ai pu évoluer dans la hiérarchie jusqu’au jour où j’ai commencé à gérer la production audiovisuelle et où on a pris la décision de fonder la société Montreux Media Ventures. Elle s’occupe de la production audiovisuelle du festival, de la distribution et de la gestion des droits du patrimoine audiovisuel récent, et des années précédentes en collaboration avec la société Montreux Sounds SA de Thierry Amsallem, le compagnon de Claude Nobs, qui détient les archives de 1967 à 2013.

 

Le Montreux Jazz Festival gère la programmation du festival et MMV la gestion des droits ?

Nous sommes mandatés par le MJF pour exploiter le potentiel commercial des productions audiovisuelles. Le festival est une fondation et nous sommes une société anonyme avec des objectifs de rendement. Le but du festival, c’est d’organiser la manifestation, le nôtre c’est de faire vivre ce patrimoine, l’exploiter et le diffuser. Nous avons dorénavant retrouvé une place légitime dans le music business. Arte nous achète des concerts et nous avons signé de nombreux accords de distribution notamment avec le label d’Universal Music Mercury Studio qui achète tout notre catalogue chaque année. Partant totalement à l’aveugle avec cette nouvelle stratégie, le pari a été gagnant.

 

Deux écrans géants sont positionnés de chaque côté de la scène du lac au Montreux Jazz Festival 2024. © Loïc Gagnant

Que filmez-vous pendant le festival ?

Nous filmons les concerts des deux scènes principales payantes. Jusqu’à cette année, il s’agissait de l’auditorium Stravinski construit tout en bois de cerisier pour la musique classique et proposant une superbe acoustique, et d’une plus petite salle dédiée à la découverte de jeunes talents hip-hop et électro, le Montreux Jazz Lab avec une programmation plus jeune et plus pointue. L’auditorium Stravinsky est dédié aux concerts de légende où se produisent les têtes d’affiche du moment. Par rapport au festival cousin, le Paléo Festival, qui a lieu en plein air juste après nous et qui dispose de 25 000 places, l’auditorium Stravinsky en propose 4 000 et Le Montreux Jazz Lab 2 500.

 

 

À côté des captations principales, quels dispositifs déployez-vous ?

Nous nommons « production audiovisuelle » la captation des concerts des salles payantes. La Montreux Jazz TV est animée par une équipe d’une dizaine de personnes qui s’occupent de tous les à-côtés, des micro-trottoirs, des focus sur les projets hors des salles payantes, le best of du festival, des interviews d’artistes archivées pour de futurs documentaires ou pour alimenter notre chaîne YouTube et nos réseaux sociaux. L’énorme majorité des activités musicales du Montreux Jazz Festival est gratuite.

Durant les seize jours de festival, il y a 70 concerts payants pour 250 concerts gratuits. Certains artistes qui se produisent hors des salles payantes nous sollicitent pour la captation. Nous disposons de moyens plus légers avec des Sony FX9 et une équipe dédiée animée de la même philosophie suivant la même direction artistique.

Cette année sera un peu différente, mais nous nous déployons habituellement sur trois lieux avec un local pour la Montreux Jazz TV qui fonctionne à flux tendu avec tout leur matériel et les postes de montage, la zone de production regroupe les cars et est le point de départ des livestreams et de la diffusion pour Arte et les autres médias. On y trouve l’équipe de production audiovisuelle avec tous les caméramans et les techniciens. Nous y faisons nos briefings quotidiens pour les concerts du soir. Le dernier lieu est le studio vidéo, d’où sont gérés tous les livestream, le départ vers les différents points de diffusion sur le festival, l’affichage sur les écrans installés de chaque côté de la scène des salles payantes et l’acquisition des archives.

 

Gestion du streaming dans les espaces de la Montreux Jazz TV au Montreux Jazz Festival. © Loïc Gagnant

 

En quoi cette année est différente des précédentes ?

Le bâtiment qui abrite les salles Stravinsky et Montreux Jazz Lab depuis vingt-cinq ans est en travaux pour deux ans. Le festival sait se réinventer puisqu’il a même eu lieu pendant seize jours en 2021 lors de la pandémie de Covid dans le respect des strictes normes sanitaires suisses. Une scène intimiste a été montée sur le lac avec une toute petite capacité de spectateurs. Cette année nous disposons de deux salles payantes et d’autant d’événements gratuits qu’habituellement. Nous sommes de l’autre côté de la ville et la scène principale est de nouveau posée sur le lac avec les montagnes comme décor, dans des proportions gigantesques par rapport à 2021. Les 5 500 spectateurs seront sur la place du marché. Nous retournons dans un lieu que le festival a fréquenté il y a plusieurs années, avec une salle intimiste créée au Casino de Montreux selon une configuration mixte assis/debout et une toute petite capacité de 1 200 personnes. La qualité d’écoute et la proximité avec les artistes y seront exceptionnelles.

 

Travaillez-vous uniquement avec des cadreurs ou utilisez-vous des caméras robotisées ?

Nous avons complété notre système avec des Sony FR7, des caméras robotisées grands capteurs installées. Parfois certains groupes préfèrent éviter les cadreurs sur scène, les FR7 sont alors un bon backup. Vu la qualité de ce modèle, nous en exploitons dorénavant au moins toujours une sur scène. Parfois nous installons une caméra zénithale au-dessus des artistes proposant des plans hyper intéressants. Sur la scène du lac, il y a neuf caméras : six F5500 avec des cadreurs et trois FR7 robotisées. Au casino il y a six caméras dont trois robotisées. Une caméra HF FX9 est prévue sur la scène du lac.

 

Utilisez-vous de la machinerie telle que des grues ?

C’est un très vaste débat qui nous ramène à l’époque des captations typées télévisuelles. La grue déployée dans la petite salle participait à ce look TV un peu dépassé. Nous nous sommes attelés à éliminer toute la machinerie. Nous avons hésité cette année, au vu du panorama grandiose de la scène du lac, à en déployer une mais les tests ne nous ont pas convaincus.

 

Sonorisation de la salle intimiste du casino de Montreux pendant le Montreux Jazz Festival 2024. © Loïc Gagnant

 

Peux-tu nous parler de votre nouvelle direction artistique ?

L’image ne doit pas prendre le pas sur l’univers artistique du concert. Nous évitons pour cela les grands mouvements et toute débauche de moyens qui nous éloignerait de l’intimité de la scène et de l’expérience musicale. Nous devions également prendre en compte la façon dont la musique est consommée de manière multiplateforme sur téléphone, tablette, ordinateur ou télévision. Nous voulions nous rapprocher au maximum et proposer un point de vue ultra intimiste en évitant les éclairages intrusifs, en laissant vivre les plans. Nous sélectionnons des plans essentiellement fixes et souvent de très gros plans. Si le propos musical s’y prête, nous pouvons cadrer une bouche pendant une minute sans couper parce qu’il se passe quelque chose sur le visage de l’artiste.

 

Comment vous organisez-vous avec le réalisateur ?

Après avoir arrêté la collaboration de production avec la RTS, nous avons rédigé un appel d’offres pour la partie technique. Nous voulions reprendre la main sur la direction artistique et engager nos propres cadreurs. Nous avons choisi des gens qui ne viennent pas du milieu de la télévision ou du spectacle vivant, mais du milieu du cinéma et du documentaire. Nous attribuons une spécialité à chaque cadreur pendant seize jours, ce qui leur permet d’atteindre un niveau exceptionnel. Le prestataire technique qui a gagné l’appel d’offre, c’est la RTS et nous sommes très heureux de cette collaboration. Il nous fallait juste marquer une rupture en reprenant la main sur la partie artistique.

 

Camions régies de la RTS au Montreux Jazz Festival. © Loïc Gagnant

 

Comment se répartissent l’équipe technique, le responsable de flux et le chef de car entre la RTS et vos propres employés ?

Les responsables des flux et le chef de car sont des gens de la RTS mais dorénavant nous sommes leurs clients et nous contrôlons l’image. Notre directeur de la photographie assis à leur côté utilise un système de gestion de la colorimétrie en direct issu du cinéma : Livegrade. La première année a été très compliquée, il fallait lutter contre leurs réflexes de télévision où tout doit être bien net, bien propre partout, ils devaient accepter d’avoir des décrochements et des images éclairées différemment.

Nous sommes une vraie équipe de vingt personnes environ présente pendant seize jours. Il y a une quinzaine de cadreurs et les réalisateurs (live editor qui doivent appliquer la direction artistique de Yann). Nous avons donné leur chance à deux réalisateurs qui viennent de la Montreux Jazz TV. L’un d’eux est devenu réalisateur pour Arte. En incluant les équipes de la Montreux Jazz TV, la production audiovisuelle et toutes les personnes du studio vidéo, nous sommes environ une cinquantaine de personnes.

 

Que produisez-vous avec MMV ?

Nous avons coproduit un film documentaire sur la vie de Claude Nobs qui a été présenté au Festival du film de Tribeca à New York. C’était à la base une série TV qui a été condensée dans un format 90 minutes en coproduction avec BMG et Beyond. Nous travaillons comme n’importe quelle société de production et nous pouvons être consultés pour des projets traitant de n’importe quel sujet.

 

Livegrade de Pomfort permet au chef opérateur et au réalisateur sous l’égide de MMV de donner un look aux images pendant les concerts du Montreux Jazz Festival. © MMV

Comment est constituée l’équipe permanente de la société de production ?

Le CEO Nicolas Bonard est Montreusien d’origine. Il a travaillé à Londres, à Paris et aux États-Unis pour le groupe Discovery Channel notamment. Il fait partie d’un Advisory Board (conseil consultatif) du MJF et il a pris contact avec Mathieu Jaton dans ce cadre pour lui proposer de fonder MMV. J’ai tout de suite rejoint la structure complétée par une collègue qui s’occupe du clearing, c’est-à-dire la négociation des droits avec les maisons de disques et les labels.

Le MJF décline des activités hors du festival : une résidence en automne pour les jeunes talents, une autre en hiver pour les jeunes talents Pop et hip-hop plus internationaux. Le MMV fonctionne également en marque blanche pour des clients externes ou des partenaires du festival, des entreprises actives du milieu de la musique. Nous travaillons beaucoup avec l’équivalent de l’Office de tourisme du canton de Vaud.

 

Pour la postproduction des contenus, vous travaillez avec des prestataires externes ?

Une de nos activités est la monétisation du contenu pour rentabiliser nos productions. Le premier but de la captation des concerts, c’est leur diffusion en livestream pendant le festival. Mais ensuite nous sommes ravis de les vendre à des distributeurs qui eux-mêmes les négocient auprès de diffuseurs, plates-formes ou chaînes de télévision. Nous travaillons avec des prestataires qui récupèrent tous les ISO d’un projet pour le reformater avec la même direction et le même directeur artistique que celui qui l’a initié. Ils travaillent parfois sur cinquante concerts en parallèle.

 

Vous éditez également des disques vinyles. Vous devez donc porter un soin particulier à la prise de son.

Historiquement, tous les concerts sont capturés en multipiste audio. Nous travaillons avec un ingénieur du son dans la salle qui accueille la plupart du temps l’ingénieur du son des groupes. Dans le car dédié à chaque salle, un ingénieur du son broadcast prépare un mix live broadcast. Pour les exploitations vidéo ou audio ultérieures, nous envoyons l’enregistrement multipiste au groupe qui travaille alors avec son ingénieur du son. Nous proposons une collection de vinyles, Montreux Years, en partenariat avec BMG. Nous sortons très régulièrement des vinyles dédiés à un artiste qui compilent les meilleurs moments de tous leurs passages à Montreux. On a commencé avec un double vinyle de Nina Simone qui est venue cinq ou six fois au MJF.

 

En parallèle du stockage patrimonial géré par l’École polytechnique fédérale de Lausanne, comment gérez-vous le stockage des médias pour l’exploitation commerciale des projets ?

La première étape a été la numérisation et le stockage du patrimoine audiovisuel à l’EPFL. Il est assez incroyable de pouvoir conserver tout ce patrimoine et d’y accéder assez facilement sans devoir utiliser un lecteur LTO pour chaque restauration. Le processus de numérisation a duré plus de treize ans. Ce partenariat a également un but socio-éducatif en permettant aux étudiants de l’EPFL d’accéder à l’ensemble du patrimoine audiovisuel du Montreux Jazz Festival. Chaque année, l’EPFL complète son archivage en récupérant l’ensemble des ISO, des multipistes et le programme monté, via une fibre. Ils copient l’ensemble sur deux jeux de LTO conservés dans des endroits différents en complément du support numérique.

Depuis la création de MMV, nos besoins ont changé ; le but archivistique de stockage n’était pas totalement aligné avec nos besoins pour les exploitations commerciales de disposer le plus rapidement possible des ISO des concerts pour les envoyer à nos prestataires et partenaires à Londres ou Paris. Nous poursuivons le partenariat archivistique avec l’EPFL mais nous avons parallèlement cherché une solution de stockage et d’exploitation pour pouvoir les utiliser de manière beaucoup plus réactive.

Mathieu Jaton a évoqué notre recherche avec Yann Guyonvarc’h, le fondateur du Millennium. Venant de l’univers des médias il nous a fait une proposition avec un hébergement du stockage et des locaux de MMV au sein du Millennium de Lausanne. Nous avons été bluffés par la solution proposée qui dépasse nos espérances avec une très grande réactivité d’accès aux archives, la possibilité de les distribuer rapidement et de les exploiter. Le Millennium récupère une copie de la totalité de l’archive depuis 1967.

 

Salle intimiste du casino de Montreux pendant le Montreux Jazz Festival. © Emilien Itim

 

 

Comment exploitez-vous les flux en live et comment réussissez-vous à négocier les droits ?

Nous négocions les droits avec les managers en quatre phases : que peut-on filmer ? Peut-on diffuser les captations sur les écrans de la salle ? Peut-on enregistrer pour les archives ? Peut-on diffuser en livestream? Nous avons des accords cadre avec Sony et Warner et Universal qui acceptent sur le principe la diffusion en livestream. C’est le management des artistes qui décide en fonction de leurs besoins, de l’utilité et de leur envie. Énormément d’artistes acceptent le principe des streamings alors que cela se fait de moins en moins. Notre modèle c’est de distribuer gratuitement pendant 18 heures les programmes sur notre chaîne YouTube, le temps de faire le tour des fuseaux horaires mondialement. De temps en temps, Arte nous achète un concert à diffuser uniquement sur la chaîne YouTube d’Arte Concert. Des chaînes de télévision suisses nous en achètent également parfois. Les programmes sont également diffusés en simulcast sur la chaîne Blue Zoom du groupe Swisscom, partenaire du festival.

 

Diffusez-vous l’intégralité des concerts en livestream ?

Oui, ceux dont les droits nous ont été accordés. Nous négocions également trois morceaux pour une diffusion à postériori sur notre chaîne YouTube. La diffusion en livestream sert à augmenter notre audience. Notre chaîne YouTube est la première en termes d’audience et d’abonnés. En Suisse, nous faisons plus de 12 millions de vues par an avec une augmentation constante. Avec 2 000 abonnés par mois supplémentaires, nous nous rapprochons des 150 000 abonnés. Montreux étant reconnu à travers le monde, et notamment pour des raisons historiques, aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne et au Japon. Nous disposons d’un important public international qui ne peut pas forcément se rendre à Montreux, mais qui nous permet d’entretenir de très bonnes relations avec les artistes et de mettre à disposition du contenu au plus grand nombre, c’est notre cœur de métier !

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #58, p. 114-122

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