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Public d’une édition de l’événement Motion Plus Design. © Motion Plus Design

Motion Plus Design, un événement international

 

L’édition parisienne 2022 de l’événement s’est déroulée dans l’intimité du superbe Théâtre du Gymnase. Les étudiants, passionnés et professionnels, ont fait le plein d’inspiration et les esthètes ont admiré les œuvres présentées par leurs créateurs. Parmi ces derniers, Dan Perri a inventé depuis cinquante-deux ans les iconiques génériques de Star Wars, Raging Bull ou encore The Exorcist. Il a conclu le programme des conférences introduites par Andrew Kramer, le fondateur de Videocopilot, au cours duquel une dizaine d’intervenants se sont succédé.

 

Qu’est-ce que le motion design ?

Kook Ewo : Le motion design c’est littéralement, en français, du graphisme animé. La question est donc de définir ce qu’est le graphisme, ce qui encore aujourd’hui reste une question ouverte, de par la complexité et la constante évolution de cet art. Les artistes motion designer doivent donc travailler autant avec l’espace que le temps.

L’affiche nous rapporte au marketing.

 

Depuis 2003, Kook Ewo a réalisé plus de 45 génériques de films, séries et documentaires. © DR

 

J’imagine que le motion design se décline dans de nombreux autres domaines ?

En reprenant la question « où est le graphisme ? », on voit que le motion design est partout ! Dans une interface de portable, un générique de film ou l’habillage graphique animée d’une chaîne de télévision. Cette année à Motion Plus Design, Romain Gauthier présentait son intérêt pour le motion design appliqué à la mode et à la réalité augmentée. Les spectateurs pouvaient aussi découvrir des travaux d’animation typographiques de Mélina Poiré ou encore les dernières trouvailles en intelligence artificielle vidéo de Ümüt Yildiz.

 

Pour toi, un motion designer doit-il être graphiste ou peut-il être animateur au service d’autres œuvres ?

Tout est possible. La plupart sont les deux, mais il y a parfois des gens spécialisés dans l’animation des travaux d’autres graphistes. Cela reste différent des domaines de la 3D ou du film d’animation où les métiers sont plus scindés : modeleur, animateur, set designer, light designer, etc.

 

Kook Ewo, créateur autodidacte de génériques © DR

Comment es-tu arrivé au motion design et à la création de génériques ?

Je suis autodidacte. À 18 ans, j’ai commencé par la conception de petits sites Internet. Avec l’argent gagné grâce à ces premiers sites, j’ai acheté une caméra. C’est la résolution d’un problème technique pour « étirer » une image 16/9 d’une captation de théâtre dans Premiere Pro qui m’a incité à ouvrir After Effects. J’ai passé six mois à résoudre ce bug.

La suite, ce sont des rencontres humaines. Une personne que j’ai rencontrée lors d’une visite à TF1 m’a peu de temps après proposé de la remplacer au Satis parce qu’elle était malade. James Simon, du centre de formation Video design, m’a abordé pour me proposer de donner mes premières formations. À l’époque, les personnes qui achetaient des cartes d’acquisition vidéo Pinnacle bénéficiaient d’une journée gratuite d’initiation à Adobe Premiere Pro. J’ai passé mes nuits à apprendre le logiciel sur le bout des doigts. Je suis ensuite devenu formateur sur After Effects et, en 2003, j’ai formé Paola Boileau, directrice artistique de la collection HK vidéo. Elle m’a présenté Christophe Gans grâce à qui j’ai eu l’honneur de travailler sur Silent Hill quand j’avais 25 ans.

Ce parcours assez atypique m’a amené à travailler sur de très nombreux génériques de films depuis 2003 en France avec notamment Dix Pour Cent et à l’étranger, au Canada, aux États-Unis et en Angleterre sur des projets comme Splice de Vincenzo Natali ou la série The Strain de Guillermo Del Toro.

 

Ümüt Yildiz parle de l’IA dans le motion design. © Arthur Gagnant

Comment est né Motion Plus Design ?

J’étais devenu ami avec Paola Boileau. Alors que nous assistions à un débat sur le graphisme, nous trouvions dommage que le sujet du motion design ne soit pas suffisamment évoqué. C’était en 2011, et c’est à ce moment que j’ai eu l’envie de créer un lieu dédié au motion design, un centre culturel. Nous avons commencé à travailler sur le projet, avant que Paola m’en confie la destinée pour se consacrer à ses projets. J’ai alors rédigé un livret présentant le projet Motion Plus Design et pour répondre à la question qui a débuté notre échange. J’ai également préparé un montage nommé : « Qu’est-ce que le motion design ? ». Le film intégrant de nombreux exemples et encore disponible sur notre site a obtenu un grand succès. À cette époque, personne ne voulait du livre, mais le succès de la vidéo m’a encouragé à poursuivre mon idée. Je donnais également des cours et des workshops à l’étranger.

Même si mon projet était la création d’un lieu, de nombreuses personnes me poussaient à proposer un événement qui s’est matérialisé par une première soirée à la Gaîté-Lyrique. Prévue pour 100 personnes, 800 personnes ont souhaité s’inscrire. Suite à ce premier succès, de nombreuses personnes et des sponsors m’ont poussé à organiser la première édition de Motion Plus Design à la Gaîté-Lyrique en 2015, suivie en septembre de la même année d’une deuxième édition au Moulin Rouge à Paris.

Je continuais à créer des génériques, mais cette expérience et le travail en équipe autour des événements m’ont passionné et j’ai eu envie de faire grossir le projet en recherchant de nombreux sponsors. Après deux éditions parisiennes, j’ai réalisé le rêve de monter Motion Plus Design à Tokyo, puis à Los Angeles et dans de nombreuses villes internationales.

 

Le temps investi devenant plus important, tu as certainement dû professionnaliser le projet, monter une équipe et trouver un modèle économique ?

Le modèle économique de ce type de projet se construit sur une durée de cinq à six ans. J’ai assumé les premiers investissements sur mon temps, en partie grâce à ma société de production pour laquelle je continuais à réaliser des génériques. Au début, de nombreux bénévoles étaient présents ; de plus en plus de personnes étaient engagées, mais je ne me payais pas encore. Motion Plus Design c’est un noyau dur de six personnes dont trois à temps plein, et une vingtaine de personnes pendant la période entourant les événements. J’ai placé la barre tout de suite assez haut, en donnant une envergure internationale à l’événement et en souhaitant filmer l’ensemble des interventions.

Depuis 2017, je fais de la curation, c’est-à-dire que je choisis des artistes pour réaliser des œuvres originales. Michael Couzigou, créateur de L’Atelier des Lumières à Paris, a rejoint Motion Plus Design en qualité de vice-président depuis un an. Il nous aide énormément dans le développement de cette partie muséographique.

 

PAK et Woodkid ont été speakers à Motion Plus Design. © Motion Plus Design

 

Les événements internationaux sont-ils déclinés sur le même principe ?

Nous proposons deux types d’événements : ceux de 800 places à Paris, Tokyo et Los Angeles et depuis 2019, des plus petits (les Satellites) qui regroupent entre 100 et 200 personnes et qui ont déjà eu lieu dans une dizaine de villes. Nous nous déplaçons avec une équipe d’une dizaine de personnes environ sur les gros événements. Yu Hu (en charge des éditions Satellites) et moi nous déplaçons sur les petits événements dès que c’est possible.

 

Quel est le concept des événements Motion Plus Design ?

Le concept est fondamentalement simple : s’inspirer des plus grands artistes en prenant de grosses claques créatives. Les retours que je préfère viennent des personnes qui me disent avoir été énergisées par des artistes qui trouvent le temps d’explorer des projets personnels. Cela les incite à faire de même. Au début, j’avais peur que les futurs motion designers soient découragés, j’ai donc demandé aux « speakers » d’être le plus naturels et accessibles possible : « Ce qui compte ce n’est pas uniquement votre talent, c’est de dire que vous êtes comme eux ». Cela a participé au succès de l’événement.

Je leur ai également demandé de ne pas faire de démos : « Vous êtes déjà reconnus, vous pouvez vous montrer “fragiles”, parler de vos échecs, de vos réflexions et de vos phases de recherches ». Je souhaitais désacraliser les présentations pour que les jeunes spectateurs parfois confrontés aux mêmes pensées puissent se dire : « C’est peut-être moi dans dix ans ».

 

Motion Plus Design rencontre un grand succès. © Motion Plus Design

Peux-tu nous citer quelques souvenirs marquants ?

Nous avons eu l’honneur d’accueillir de grands talents comme Woodkid ou Beeple (maintenant star aux côtés de Jeff Koons ou David Hockney) qui est venu dès 2017 à Tokyo, avant ceux de Paris et de Los Angeles. Pak, quant à lui, est une véritable légende du Web 3.0. Il a répondu favorablement à notre invitation et s’est déplacé « en vrai » en 2017. C’est d’autant plus fou qu’il voulait déjà rester anonyme… le Banksy des NFT ! Les spectateurs de Motion Plus Design ont pu le voir en vrai sur scène. Il a juste demandé à ne pas être filmé.

 

Le site Internet de Motion Plus Design comporte énormément d’éléments d’inspirations et de ressources pédagogiques. Y a-t-il une volonté particulière derrière ce site ?

L’idée globale c’est d’affirmer que le motion design est un art à part entière et que les créateurs d’œuvres en motion design sont des artistes. J’ai envie d’amener le grand public à découvrir et reconnaître cet art. Quand Beeple est venu à Motion Plus Design Tokyo, c’était sa première conférence seul sur une scène. Mais la reconnaissance des spectateurs de ces événements est à relativiser car il s’agit d’un public d’initiés, incluant de nombreux motion designer. Le site donne accès à toutes les conférences et interviews gratuitement. Il ne génère pas d’argent et participe à notre volonté de promotion des artistes et de notre art. Il est conçu pour attirer le public le plus large possible.

 

Sans volonté de monnayer le site et avec des tarifs des conférences très abordables. Comment financez-vous le projet ?

Le modèle économique reste basé sur du sponsoring. Avec le succès, je pourrais augmenter fortement le prix des billets, monétiser des rencontres ou des workshops VIP, mais cela ne correspond pas à l’esprit que je souhaite donner à l’événement. Je suis persuadé que le motion design va encore plus gagner en notoriété dans les années à venir. Nos sponsors, de plus en plus nombreux, ont compris avec le temps que notre démarche était réellement de célébrer cet art et ont perçu l’image positive que pouvait apporter leur participation à Motion Plus Design. Les événements sont l’occasion de créer du lien entre les partenaires, les speakers et les freelances venus en spectateurs. Un écosystème prend vie autour de Motion Plus Design.

 

L’idée historique de Motion Plus Design de création d’un lieu est-elle toujours d’actualité ?

L’idée qui avait été mise de côté, jusqu’à il y a environ deux ans, revient grâce à Michael Couzigou. Nous travaillons sur ce projet de centre d’art dédié au motion design. Pour l’instant, le lieu reste à définir et le financement à finaliser.

 

Conseilles-tu aux aspirants motion designer de fréquenter les écoles spécialisées ?

J’ai débuté avec After Effects 3.1. Il était alors très difficile de « sortir » un générique. Aujourd’hui certains artistes me fascinent parce qu’ils réalisent, tout seuls depuis chez eux, des films inimaginables il y a dix ans. À mes débuts, les artistes pouvaient quasiment connaître l’ensemble des fonctionnalités de leurs logiciels créatifs. Aujourd’hui les innombrables possibilités peuvent submerger les motion designers. Beaucoup de ressources sont accessibles aux autodidactes, mais une école permettra aux futurs professionnels de gagner beaucoup de temps.

Je conseille aux jeunes de trouver la bonne école correspondant à leurs aspirations et de se donner à fond pendant deux ou trois ans. Ils auront de grandes chances de trouver un emploi au sein des nombreuses cellules de motion design qui se créent dans les agences de pub, à la télévision ou au cinéma. Une partie importante des emplois se trouve dans le merchandising. Dès qu’il y a du graphisme, il y a du motion design. On le voit dans le métro ou sur les nombreux écrans digitaux partout autour de nous.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #49, p. 88-91

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