Titulaire d’un BTS Système Informatique et d’un DUT Informatique, Thierry Marszalek avait rejoint le service informatique de la Fédération française de football en 1989,
Quel que soit le sport, vous semblerait-il opportun que chaque fédération spécialise un entraîneur national dans le domaine qui nous occupe ici et que cesse l’intermittence qui caractérise encore parfois le métier d’analyste vidéo ?
Thierry Marszalek : Sur le premier point, c’est une possibilité mais le plus important est la relation entre l’entraîneur et l’analyste vidéo, et la posture de ce dernier qui doit rester au service de l’entraîneur et ne pas se substituer à lui.
Sur le deuxième point, l’intermittence au niveau de la gestion d’une équipe professionnelle a disparu. En revanche, dans les centres de préformation fédéraux, par exemple, fréquentés par des joueurs ayant entre 13 et 15 ans, il n’est pas rare que le préparateur physique coiffe aussi la casquette d’analyste vidéo car il est malheureusement parfois difficile de trouver un budget pour de telles ressources humaines.
Vous arrive-t-il d’échanger avec des constructeurs, sinon de participer à des sessions de formation et/ou de perfectionnement qu’ils organisent ?
Non, mais à regret. Je participe à quelques salons, comme ISE et le Satis, que vous devez bien connaître (rires), une veille technologique étant indispensable à ce niveau. J’ai aussi des échanges réguliers avec les analystes vidéo de Ligue 1 et de Ligue 2 ainsi qu’avec ceux des équipes de France des autres sports collectifs, spécialement le rugby.
D’autre part, quels sont vos rapports avec les équipes de télévision en charge de la couverture des matches de l’équipe de France ?
Elles mettent à notre disposition les flux vidéo de six à huit caméras au format SDI que nous numérisons dans l’ordinateur par l’intermédiaire d’un boîtier Antrica à partir du logiciel Sportscode et sa version Elite. D’autre part, il peut y avoir des partages d’expériences et/ou de connaissances sur certaines pratiques ou certains outils. C’est arrivé, par exemple, avec Philippe Doucet de Canal+ pour les palettes graphiques.
À quoi ressemble le quotidien d’un analyste vidéo attaché à l’équipe de France ?
Les journées sont bien rythmées et le temps est surtout consacré à l’analyse des matches.
Voici, à titre d’exemple, le programme d’une journée hors match :
- 9h00-12h30 : Analyse des matchs de l’adversaire à l’aide du logiciel Hudl Sportscode et de grilles d’observation spécifiques.
- 13h30-16h30 : Analyse des coups de pied arrêtés.
- 17h00 : Départ pour l’entraînement, tournage de la séance avec deux caméras (entraînement collectif et gardiens de but).
- 19h30 : Retour sur le contenu de l’entraînement et archivage.
- 20h00 : Dîner.
- 20h30-23h30 : Débriefing avec le staff technique et habillage du montage avec le logiciel Hudl Studio.
À votre niveau, comment préparez-vous une séance vidéo ?
Je visionne environ une dizaine de matches de l’adversaire, à raison de six heures par match environ. Le montage comporte l’analyse des systèmes de jeu utilisés, l’animation défensive, l’animation offensive, les buts marqués, les coups de pied arrêtés offensifs et défensifs (corners, coups francs, touches), les mises en difficulté et les buts encaissés.
Sa préparation vous demande en moyenne combien d’heures de travail ?
Environ 80 à 100 heures pour un montage de 20 minutes.
Le passage au numérique, sinon à l’IP, vous a-t-il contraint à des changements importants dans votre façon de travailler ?
Oui, surtout au niveau du matériel, puisque nous effectuons l’acquisition sur des boîtiers Antrica qui convertissent les signaux SDI en IP.
D’autre part, le numérique rend-il plus « lisibles » qu’autrefois les performances individuelles et collectives ? Permet-il d’aller plus dans le détail ?
Oui, dans la mesure où nous utilisons des bases de données numériques qui permettent d’accéder aux informations par thèmes beaucoup plus rapidement. Nous utilisons également des plates-formes vidéo spécifiques à notre métier, comme InStat et Wyscout.
Enfin, le numérique nous permet de « pousser » directement l’information aux joueurs via des applications spécifiques sur leur smartphone ou tablette.
Outre le passage au numérique, quelle a été, selon vous, la principale avancée dans votre domaine ?
La reconnaissance du métier d’analyse vidéo par la Fédération internationale de football (FIFA) qui met à disposition des outils spécifiques et des positions bien définies dans les stades avec tous les outils audio et vidéo nécessaires. Ainsi, lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, la FIFA avait mis en place une énorme base de données statistiques et vidéo (Fifa Football Data Platform) à l’intention des trente-deux équipes qualifiées.
Pour finir, comment voyez-vous l’avenir de votre métier ?
À terme, l’Intelligence artificielle (IA) va encore aider les analystes pour collecter les données et leur laisser plus de temps pour les analyser.
Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #51, p. 96-105