You are currently viewing Les impacts de l’IA selon l’Afdas…
Jean Condé, directeur de l’observation, de la prospective de l’emploi et de la certification à l'Afdas © DR

Les impacts de l’IA selon l’Afdas…

 

Dans votre présentation aux RADI-RAF 2024 qui introduisait l’Étude prospective sur l’impact de l’IA en Occitanie 2023 dans le secteur des ICC, vous insistez beaucoup sur les méthodes d’évaluation de l’impact des IA. Pourquoi ?

En fonction de ce que nous décryptons de la société (techniques, etc.), nous sommes amenés à détecter l’émergence de nouveaux métiers, à les intégrer dans un référentiel de compétences puis à réaliser des certifications en accord avec les branches professionnelles. Si nous sommes dans une phase de recherche et de questionnements concernant l’IA, nous constatons que les hypothèses de travail évoluent très vite. Jusqu’à présent, l’hypothèse de la substitution était dominante. L’IA, en engendrant des gains de productivité, allait se substituer à l’humain, et donc participer à la raréfaction de certains postes. Aujourd’hui, la question se pose différemment. Ces technologies ne peuvent guère se passer d’une supervision humaine qu’il s’agisse de génération d’audio, de 3D, de texte ou de graphisme. Car il faut éditorialiser les contenus, superviser les erreurs, etc.

 

Avec Audiens, vous menez une étude en particulier sur les storyboarders. Pourriez-vous en dire un peu plus ?

Avec Audiens et le CNC, nous analysons régulièrement un métier dans les filières de l’animation, l’audiovisuel et la presse. En croisant nos informations, nous cherchons à déterminer s’il y a une contraction dans les recrutements des storyboarders (publiée dans le premier trimestre 2025). Ce que nous constatons, c’est que la capacité de sélection rapide dans la multiplication des services proposés fait partie de l’expérience, laquelle reste très valorisée. Il semblerait aussi que l’hypothèse que le gain de productivité à l’échelle individuelle entraînerait celui de l’entreprise n’est pas fondée. Rien ne dit donc actuellement que cette profession est menacée.

Nous avons fait aussi une étude sur l’IA et le métier de journaliste audiovisuel. Là encore, l’écart à la promesse ne tend pas à se résorber, et on est très loin d’atteindre les niveaux de performance attendue. Pour que la qualité soit au rendez-vous, le besoin de supervision demeure très important. La dimension créative continuera donc de constituer un goulot d’étranglement pour l’IA.

 

Dans le secteur de l’audiovisuel et du cinéma, les impacts de l’IA se posent-ils avec la même acuité ?

Jusqu’à présent, nos études étaient basées sur l’hypothèse que l’IA allait tenir ses promesses. Aujourd’hui, les prédictions doivent être réévaluées. Les besoins de formation et de reconversion professionnelle restent importants mais, là encore, nous n’avons aucune preuve que des enjeux de substitution sont en cours, sauf pour certains métiers. C’est la raison pour laquelle nous revenons sur le terrain et que nos prospectives sont basées sur l’observation du réel. Dans notre étude sur la formation et l’IA dans les métiers de l’audiovisuel et du cinéma, l’évaluation des effets s’est faite sur des tâches (en rédaction, production graphique, informatique et vidéo). Pour cela, nous avons demandé à un panel de professionnels de réaliser, avec ou sans IA, la même tâche, dont la qualité est ensuite évaluée par un jury à l’aveugle.

 

L’AFDAS annonce également toute une série d’études…

Outre l’étude sur l’IA et le journalisme audiovisuel (parution en janvier 2025), nous allons publier une étude sur les créatifs et leur écosystème économique. L’impact de l’IA porte surtout en périphérie de leurs activités professionnelles, lorsque leur engagement artistique est moindre. C’est-à-dire sur des tâches de seconde zone, quand les erreurs sont permises car moins visibles : décors, personnages secondaires… Si l’AFDAS ne peut analyser toutes les spécificités des branches (une trentaine au total), nous avons prévu d’inclure dans nos futures réflexions les traducteurs, les développeurs… Concernant ces derniers, les questionnements seront encore différents car l’IA se montre beaucoup plus robuste et nécessite moins de supervisions.

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #60, p.122-128