Le collectif « Nous, réalisatrices de documentaires » réunit aujourd’hui plus de 370 réalisatrices engagées pour la parité et contre le sexisme dans une filière encore largement dominée par les hommes. Créé en 2024 et lancé au Sunny Side of the Doc par les réalisatrices Karine Dusfour et Virginie Linhart, il est rapidement devenu un espace d’échange et de soutien en pleine expansion.
Interrogée lors du Sunny Side of the Doc 2024, Karine Dusfour expliquait à Mediakwest : « Nous militons pour la parité. Car, soyons clairs, le documentaire reste un bastion très masculin. (…) Nous souhaitons aussi avoir accès à part égale aux diffusions en prime time, aux films à gros budget et aux coproductions internationales. (…) Nous voulons également une parité en ce qui concerne les thèmes des documentaires car lorsqu’il s’agit d’histoire, de sciences ou de “découverte”, les femmes sont très minoritaires. »
Premier bilan au Fipadoc
Lors du Fipadoc 2025, le collectif a présenté un premier état des lieux basé sur l’étude sur l’égalité femme-homme de la Scam publiée en mars 2023. Cette étude a mis en évidence de profondes inégalités dans la diffusion des œuvres audiovisuelles : si la traduction audiovisuelle est majoritairement féminine (68 %), la parité est seulement atteinte dans les reportages d’investigation (34 % d’œuvres féminines contre 35 % masculines). En revanche, les documentaires unitaires (26 % contre 57 %), les séries documentaires (13 % contre 48 %), les reportages (28 % contre 55 %) et les séries (13 % contre 51 %) restent très déséquilibrés. Ces chiffres témoignent de progrès extrêmement minimes depuis l’étude précédente de 2021.
L’accès aux prime time constitue un autre enjeu majeur : « En 2024, à titre d’exemple, sur huit prime time de France Télévisions consacrés à l’Histoire, un seul a été réalisé par une femme », souligne Virginie Linhart.
Accueilli par France Télévisions, le collectif a reçu le soutien d’Antonio Grigolini, directeur des documentaires, qui a officiellement lancé un appel à projets destiné aux réalisatrices pour les prime time, annoncé lors de la conférence de presse du groupe au Fipadoc 2025.
Une avancée significative a également été obtenue auprès d’Arte. En explorant les données de la plate-forme d’enregistrement des projets de la chaîne, qui a recensé 2 000 propositions en 2024, le collectif a mis en lumière un déséquilibre frappant : « Nous nous sommes rendu compte avec eux de l’écrasante majorité des documentaires masculins : 70 % en arts et spectacles, 79 % en découverte et connaissance, et 65 % en société et culture. Cette prise de conscience a été essentielle pour mesurer l’ampleur du problème », explique Karine Dusfour.

Vers une accélération pour la parité en 2025
Pour renforcer les avancées, le collectif prévoit en 2025 de mettre en place une veille systématique sur la parité dans l’audiovisuel, avec pour objectif d’encourager les diffuseurs à programmer davantage d’œuvres réalisées par des femmes.
Il est également en relation avec le CNC, qui poursuivra ses formations sur les Violences et harcèlements sexistes et sexuels (VHSS), et se rapproche désormais du SPI (Syndicat des Producteurs Indépendants) pour sensibiliser les producteurs.
D’autres initiatives sont en cours de préparation, notamment des sessions de témoignages et la création d’un recueil de verbatim sexistes, visant à sensibiliser et à documenter les inégalités persistantes dans le secteur.
Le collectif a également obtenu une avancée majeure pour les Étoiles de la SCAM 2025, avec l’instauration d’un objectif de parité dans l’attribution des prix, visant à corriger les déséquilibres des années précédentes où les réalisateurs étaient majoritairement récompensés.
De son côté, l’Arcom prévoit de publier en 2025 une étude spécifique sur les femmes réalisatrices, dans la continuité des discussions engagées avec le collectif.
Pour prolonger la dynamique du Fipadoc, un grand rendez-vous a été organisé le 10 mars à l’auditorium Charles-Brabant de la SCAM. Les nouveaux chiffres de l’étude sur l’égalité femme-homme y ont été dévoilés, et un questionnaire sur les VHSS a été distribué en vue de poursuivre la réflexion et les actions engagées.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #61, p.96-97