Afin de proposer une solution complète novatrice associant mécanique, électronique et informatique, Multicam a acquis la société Polyscope pour la propulser vers de nouvelles sphères numérico-mécaniques ! En effet, les nouvelles orientations du marché imposent une mutation vers l’IP. Avec sa bonne humeur légendaire, Arnaud Anchelergue nous présente le résultat d’une avancée à marche forcée de plusieurs mois.
Pour les lecteurs découvrant votre marque, pouvez-vous succinctement contextualiser la genèse de Multicam Systems ?
Multicam Systems est une entreprise originellement spécialisée dans la captation et la diffusion de conférences en direct sur Internet. Il n’existait pas, il y a dix ans, de solutions techniques dédiées au marché de la production live à coûts réduits. Pour répondre aux besoins de clients, tels que les collectivités et associations, nous avons développé une première régie tout-en-un. Nous souhaitions créer un outil facilement transportable et simple à utiliser pour des intermittents qui changent régulièrement d’environnement.
Avec une solution ergonomique et légère, il nous était alors possible de dépêcher des équipes restreintes sur les prestations à des coûts maîtrisés. Il était impératif que nous limitions le temps dédié au support. Lorsque nous nous sommes aperçus que notre produit suscitait un engouement au-delà de notre marché initial et qu’il pouvait trouver sa clientèle, nous nous sommes engouffrés dans la brèche. Nous avons créé le produit nommé Multicam Studio avant de développer des offres sur différents marchés comme la radio filmée, les conférences et la santé.
Comment est né le projet d’acquisition de la marque Polyscope ?
Retransmettant de nombreux événements captés par des caméras robotisées, nous avons été confrontés à des prestations où les caméras PTZ (systèmes compacts intégrant la caméra motorisée sur deux axes : le pan, le tilt et un zoom également motorisé) ne convenaient pas.
Deux usages ont nécessité l’exploitation de caméras réelles sur des robots : les tournages nécessitant une meilleure qualité d’image avec de la profondeur de champ et certaines installations de notre outil de captation automatisé de conférences sur des sites importants comme l’Assemblée nationale ou le Conseil de l’Europe.
Certains de ces lieux imposent une très grande distance entre les caméras et le sujet. Les zooms optiques des caméras PTZ – souvent limités à un facteur 20x – ne suffisant plus, nous avons exploité des caméras sur robots équipées de zooms 30 ou 40x.
Pour répondre à ces demandes spécifiques de nos clients « haut de gamme », notre veille technologique nous a amenés à identifier différents acteurs dont la société Polyscope que nous avions rencontrée sur le salon IBC. Au fil des discussions, Alain Pallot, le fondateur de Polyscope, nous a fait part de son désir de céder son entreprise à une société capable de comprendre les problématiques et de faire évoluer les outils. Son projet était en phase avec nos envies d’évolution dans ce domaine. Dans un coin de nos têtes, sans être le critère essentiel de nos premiers échanges, nous commencions à nous intéresser à la production virtuelle et au motion tracking.
Polyscope est la première société acquise par Multicam Systems ! C’est un pas important !?
Oui, d’abord parce que ça démontre notre capacité d’évolution. La clientèle de Polyscope, des broadcasters, des chaînes de télévision et des sociétés de production utilisant la robotisation pour dynamiser leur réalisation, était absente de notre portefeuille clients plutôt axé autour d’utilisateurs ayant besoin de moyens simples, légers et bon marché.
Nous avions envie de relever le défi de cette montée en gamme de nos produits, de ces nouvelles exigences. Nous nous savions capables d’intégrer la couche « tracking » aux têtes robotisées, grâce à des compétences qui manquaient à Polyscope.
Peut-on parler de l’historique de Polyscope et des produits proposés avant d’intégrer Multicam Systems ? Nous parlerons ensuite des évolutions que vous envisagez avec l’intégration de Polyscope à Multicam Systems…
Polyscope est en contrat avec France Télévisions, pour la robotisation de plateaux TV et la couverture du tournoi international français de tennis. Même si l’arrivée d’HBS, mandaté à la coordination de la production par la fédération, va bouleverser les choses. La marque collaborait également avec des sociétés de production sur des captations de théâtre à l’Opéra de Paris et sur de nombreux autres projets artistiques.
Polyscope proposait-elle uniquement des produits sur mesure ou également une gamme plus établie ?
Polyscope commercialisait des produits « sur étagère » que l’on retrouve traditionnellement dans ce secteur. La colonne équivalente au Junior (nom devenu commun – comme frigidaire – pour désigner les colonnes robotisées, en référence au produit de la marque Microfilms) s’appelle le Buggy chez Polyscope. Nous allons très probablement changer les dénominations pour le marché étranger mais les conserver en France pour ne pas perturber notre clientèle.
L’offre phare de Polyscope est le package du Buggy télécommandé par fil avec la colonne et une tête robotisée. Les cadreurs apprécient également notre tête robotisée ultra rapide, utilisée pour de la captation à distance, comme sur le circuit de Monaco par exemple. Les mouvements sont fluides et toujours en adéquation avec les attentes des réalisateurs.
Aujourd’hui, l’exigence des clients est grande, mais leurs budgets sont limités ; nous entendons répondre à cette équation. Nous avons migré les produits Polyscope vers la technologie IP. Deux marques se partagent le marché sur les plateaux TV : Microfilms et Polyscope. Cette saine concurrence a également permis aux prestataires de réguler les prix de location.
Le domaine de la production virtuelle dans lequel vous vous êtes lancés avec Multicam Systems impose-t-il des évolutions pour les outils de Polyscope ?
Avec l’engouement accru pour la production virtuelle autour du fond vert et, plus récemment, avec les écrans Led, il faut à tout moment connaître les coordonnées du robot ou de la caméra dans l’espace pour pouvoir la virtualiser dans l’environnement du moteur 3D, majoritairement Unreal Engine. Les informations de pan (panoramique) et de tilt peuvent être suivies assez aisément. Nous pouvons également mesurer précisément le déplacement dans l’espace d’une colonne motorisée en connaissant le déplacement du moteur.
Nous proposons une sorte de petit travelling ou slider motorisé assez léger prévu pour supporter des caméras PTZ. Sur un plateau, il se fait discret grâce à un faible encombrement. Travaillant en ligne droite, les éventuels patinages du moteur sont compensés grâce aux informations fournies par des codeurs renseignant précisément la position de la tête. La ligne droite est simple, la complexité arrive avec les arrondis. Face à ces défis, nous avons très vite dû développer une technique de tracking du robot en courbe ; nous avons donc choisi de nous baser sur la technologie VIVE Tracker.
C’est le même tracker utilisé dans les solutions de jeu grand public ? Il me semblait que cette solution ne donnait pas toujours entière satisfaction…
C’est vrai, surtout sur de grands espaces, mais cela dépend du contexte. Nous utilisons le VIVE Tracker comme aide pour améliorer la précision du suivi. Nous avons travaillé sur un projet pour la chaîne KTO autour d’une solution du fabricant Ross Video qui s’interface entre Unreal Engine et le client, mais qui ne synthétise pas les différents Free-d. C’est une des raisons nous ayant amenés à développer un logiciel capable de générer un unique Free-d à partir de ces différentes données.
Nous avons ensuite employé cette technologie sur le Buggy Polyscope pour fournir les bonnes positions au moteur Unreal. Dans les courbes, il est très difficile de suivre le mouvement de la caméra sans système de tracking. Les mesures peuvent suffire avec une colonne ou un slider en y apportant des corrections, mais lorsque le robot avance en courbe, les roues patinent. C’est pourquoi nous nous sommes intéressés au tracker VIVE pour aider au suivi de la position du berceau sur les rails.
Nous nous basons sur un schéma 3D de l’installation et grâce à des corrections logicielles apportées au niveau du tracker, une bonne gestion de sa sensibilité, nous obtenons de bons résultats ! Notre robot qui se déplace en courbe est le Buggy.
En plus du tracking de sa position, nous combinons les différents signaux Free-d fournis par la colonne, le VIVE Tracker et la tête robotisée pour délivrer un signal unique. C’est très important car la plupart des moteurs RA s’attendent à recevoir un Free-d par caméra. En linéaire c’est plus simple car on exploite plusieurs méthodes de récupération des informations de position (Free-d).
Le décompte du nombre de tours effectués par le moteur est particulièrement efficace sur un système tel que la colonne ; le moteur étant en prise directe avec une vis sans fin annihilant les risques de patinage. Les glissements, pouvant impacter les mesures sur un traveling droit, peuvent être corrigés avec des pas codeurs (la technologie que nous utilisons), un laser ou la mesure du déplacement d’un fil. La technologie filaire, pour sa part, oblige une maintenance régulière et coûteuse, le système s’abîmant assez vite. Nous avons choisi d’utiliser des micro codeurs robustes, précis et nécessitant peu d’entretien. En courbe, l’ajout d’un tracker externe permet de repositionner le robot dans l’espace.
En complément des têtes robotisées et du buggy, y a-t-il d’autres produits dans la gamme Polyscope, comme des grues ?
Polyscope ne s’est jamais positionné sur le marché des grues. Il est resté focalisé sur ses deux produits phares : la tête robotisée et le travelling qui permet ce mouvement élégant qui dynamise les réalisations. Il y a également l’Ovni, dont la commercialisation est restée confidentielle, mais qui permet des travellings avec un faible encombrement au sol. La chaîne LCP l’utilise dans son petit studio. En plus de ces trois principaux produits, le Monky est un travelling inversé utilisé pour Top Chef. Nous allons développer un nouveau produit : une colonne motorisée pour des mouvements simples.
La société Multicam Systems était connue pour le développement de logiciels intégrés dans du hardware, quelle approche marketing allez-vous développer pour cette nouvelle gamme ?
Polyscope dispose d’une base clientèle existante à qui nous allons présenter la reprise de la marque et les évolutions en cours et déjà réalisées. Nous allons continuer à proposer des produits simples à opérer grâce à des interfaces ergonomiques et intuitives, comme ce sera le cas avec le Multicam Pilot. L’acquisition de Polyscope nous permet d’étoffer notre catalogue en conservant notre approche marketing.
Gardez-vous la marque Polyscope ?
En France, nous conservons la marque Polyscope en communiquant sur le concept « Polyscope by Multicam ». Polyscope a bonne presse et son fondateur Alain Pallot est reconnu par ses pairs depuis des années. Le but est de respecter les valeurs d’Alain, son soin du détail dans l’image et de la machinerie parfaite. Il va continuer à faire partie de l’aventure, à nous accompagner et à nous introduire auprès de clients et de sociétés auxquelles nous n’avions pas accès auparavant. Multicam Systems restera associée à des régies « low cost ».
Intégrez-vous la vidéo dans le flux IP ?
Nous arrivons presque au terme de cette première évolution de la gamme Polyscope, qui a bénéficié de notre maîtrise de la couche logicielle avec des développeurs de talent et du remplacement de l’électronique embarquée qu’il a fallu convertir en IP. Nous avons fait appel à un partenaire pour nous accompagner dans cette transition de l’analogique au numérique.
L’électronique est la même pour toute la gamme ; elle fonctionne dorénavant en IP. Pour le contrôle des caméras (c’est surtout l’offre autour de la technologie PTZ qui a bousculé cette demande), il est essentiel de communiquer en réseau IP. Quand on commence à travailler avec des problématiques de tracking et des protocoles normés comme le Free-d, l’IP n’est plus une option.
Polyscope était confronté à un nombre croissant de demandes pour permettre le pilotage de plusieurs têtes robotisées par un seul opérateur. Nous avons donc conçu le logiciel de contrôle Multicam Pilot. Nous disposons aujourd’hui d’un produit compatible full IP, full tracking Free-d et auquel nous pouvons associer un outil de pilotage de l’ensemble des robots.
Vous avez développé cela en très peu de temps ?
Nous sommes « à marche forcée » depuis huit mois. Je tiens d’ailleurs à souligner notre entier soutien et notre compassion auprès des personnes touchées par la tragédie que peut engendrer le Covid-19. Cette crise a néanmoins permis de freiner notre rythme quotidien et nous a offert le temps nécessaire à l’étude de ces évolutions.
Le développement de la solution Backdrop, dédiée à la production virtuelle, a été intimement lié à la transition de Polyscope vers l’IP. L’association Polyscope/Multicam Pilot et Multicam Backdrop sur un seul dispositif est le résultat de toute la stratégie Multicam Systems et d’un important développement depuis un an.
Avez-vous défini une approche commerciale ou marketing pour les produits Polyscope ?
Nous souhaitons proposer des produits davantage normés et une offre « à la carte » avec un choix de robots et de combinaisons clairement identifiés pour faciliter leur adoption par le marché et leur commercialisation. Notre conservons la cible, qui était celle de Polyscope jusqu’à aujourd’hui, en développant le concept de plateaux robotisés opérés par une seule personne et les outils de tracking.
Chez Multicam Systems vous ciblez un marché plus institutionnel. Souhaitez-vous démarcher cette clientèle avec l’offre Polyscope ?
Oui et non. Certes les institutions et les radios représentent une partie importante de la clientèle des systèmes Multicam, notamment pour la réalisation automatisée, mais une communauté forte et grandissante trouve dans ces solutions la réponse adaptée à leurs productions en direct. L’interface intuitive est fortement appréciée par les utilisateurs.
Nous souhaitons mettre au profit de la production broadcast cette simplification des outils et des méthodes ainsi que cette vision ergonomique de la production. Le produit Multicam Pilot en est un bon exemple. Il permet de piloter plusieurs robots en parallèle avec des fonctionnalités de rappel de position et de transition pour des mouvements fluides et toujours prêts à diffuser.
Le mode séquence permet de créer de belles trajectoires à partir de points clés de position en combinant le déplacement et la valeur de zoom. Un seul opérateur va pouvoir piloter jusqu’à six caméras, rappeler des presets de position et de mouvements et ainsi proposer au réalisateur de superbes plans, à partir de têtes robotisées, de colonnes ou de dolly.
Ciblez-vous le marché international ?
Nous sommes, sur une offre limitée de la gamme, en cours d’industrialisation de la fabrication des différents robots, pour être capables de les vendre à l’étranger et de baisser le coût de fabrication. Polyscope était axé sur le marché français et à 80 % sur de la prestation de services. Multicam est plutôt axé sur le marché international avec 20 % de prestation de service et 80 % de vente. Nous sommes dans une phase d’industrialisation qui s’étalera sur environ dix mois.
Où sont fabriqués les produits Polyscope ?
Une partie de l’électronique sera fabriquée en France, une autre en Chine, certaines pièces seront sous-traitées en Europe. Nous segmentons la fabrication pour harmoniser les coûts. Le pack « Buggy » sera commercialisé autour de 40 000 à 50 000 euros, moitié moindre que la concurrence. Le marché français nous permet de tester les produits et de les affiner. Avant Polyscope, nous avons éprouvé ce fonctionnement avec le développement des produits Multicam Systems que nous avons exploités en production avant de les proposer à l’étranger.
Dans l’équilibre de vos activités, la vente représente-t-elle une part importante de votre activité ?
Oui, nous gagnons plus d’argent dans le domaine de la vente que dans celui de la prestation. Avec la concurrence, les prix des prestations ont étés nivelés par le bas dans l’intérêt du client, mais pas dans celui de notre industrie.
2021 sera l’année du broadcast pour Multicam !?
Nous avons développé un réseau autour de Multicam Systems, notamment dans le domaine de la radio filmée. Récemment, nous avons animé un webinaire avec Sony intitulé « From Visual Radio to Virtual Studio ». Cela résume assez bien d’où nous venons et vers où nous nous dirigeons.
Quand France Télévisions a commencé à utiliser notre solution de radio filmée automatisée pour la captation et la retransmission des matinales radio sur France 3 Régions, cela a été un pivot. Avec le développement de l’offre « Polyscope by Multicam », nous allons pouvoir réunir ces deux mondes plus facilement, donner des moyens broadcast « aux plus petits » et apporter de la simplicité « aux plus gros ».
À l’étranger, les acteurs du broadcast travaillent souvent transversalement dans le domaine de la radio, pour développer leur marché. Travaillant déjà avec eux pour la radio filmée, il sera plus simple d’engager les partenariats pour le broadcast. Nos premières communications ont reçu des retours ultra positifs. Tout se met en place de façon assez naturelle.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #39, p. 24-28. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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