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AMP Visual TV avait aménagé un mini-studio chez Nicolas Canteloup pour assurer son direct quotidien sur TF1. © AMP Visual TV

Spécial confinement : la TV en direct depuis la maison

 

Pour pallier l’absence des invités en plateau, de nombreuses équipes se sont tournées vers les outils de visioconférence, comme Skype, Zoom ou FaceTime pour les faire participer à distance aux nombreux débats. Des solutions alternatives ont également été mises en place grâce aux systèmes de transmission 4G.

 

Mais avant de relater comment les chaînes ont mis en œuvre ces outils, dressons un panorama des diverses solutions techniques disponibles. La première approche consiste à raccorder au mélangeur vidéo un ordinateur sur lequel tourne une application de visioconférence. Il faut récupérer la fenêtre sur laquelle s’affiche le correspondant distant via une carte d’affichage et/ou un convertisseur et l’envoyer vers l’une des entrées du mélangeur. Et dans le sens retour récupérer la sortie « programme » pour l’envoyer vers le même ordinateur via un second boîtier ou carte d’acquisition pour remplacer la webcam habituelle.

Même principe d’aller/retour pour les liaisons audio, avec lesquelles il faudra veiller à renvoyer un mix N-1 pour éviter l’apparition d’un larsen distant et risquer de perturber l’invité. Cette façon de procéder est tout à fait opérationnelle mais exige la mise en place de plusieurs équipements qui devront être raccordés et configurés spécifiquement.

 

Des outils basés sur Skype TX

En 2014, trois ans après le rachat de Skype, Microsoft a lancé Skype TX une version spécifique destinée aux broadcasters. L’éditeur en a simplifié la fenêtre d’affichage et a ajouté des fonctionnalités adaptées à un direct : un canal audio séparé pour envoyer les ordres à l’invité, l’affichage d’un cadre rouge sur sa fenêtre pour l’avertir qu’il est à l’antenne, le blocage des autres communications entrantes, etc.

Microsoft a également défini les spécifications d’une interface hardware qu’il licencie auprès de constructeurs, à charge pour eux de la compléter avec les connexions nécessaires à son intégration dans une régie.

Trois constructeurs, NewTek, Riedel et Quicklink, ont signé à l’époque un accord avec Microsoft pour concevoir un serveur Skype avec ces fonctions adaptées. Depuis, Riedel a arrêté la distribution de son produit.

Sous la référence TalkShow VS 4000, NewTek propose son boîtier interface Skype TX capable d’établir quatre conversations en simultané. Il est équipé de quatre E/S SDI indépendantes et il est compatible avec les régies NDI. Franck Henri Lafage, directeur de 3D Storm, distributeur en France de NewTek met en avant les performances du TalkShow.

« NewTek privilégie la qualité de l’audio, élément primordial lors d’une conversation. Il a prévu un égaliseur à sept bandes, un limiteur compresseur et un affichage des niveaux. En cas de réduction de la bande passante, les circuits de traitement gèlent l’image ou affichent une photo de secours. NewTek y a intégré un scaler de très bonne qualité pour upgrader en Full HD une liaison Skype établie en 720p. »

Plusieurs mélangeurs TriCaster sont également équipés en interne d’un module Skype TX avec des fonctionnalités similaires.

Quicklink a d’abord conçu des systèmes de transmission vidéo pour réseaux 3G/4G et s’est ensuite recentré sur la conception des outils Skype TX. Son serveur Quicklink TX est proposé en trois versions, à un, deux ou quatre canaux simultanés.

Olivier Le Bars, directeur commercial de TRM, distributeur de Quicklink en France, constate que : « contrairement à une idée reçue, beaucoup de prestataires préfèrent acquérir quatre châssis à un canal plutôt que le modèle à quatre canaux car cela offre plus de souplesse au niveau de leur exploitation. »

Comme chez NewTek, les unités serveurs Quicklink TX peuvent être chaînées en réseau et pilotées depuis l’outil de management qui regroupe sur un poste unique la gestion de quatorze conversations. Ils sont équipés en sortie d’un scaler vidéo pour amener les images en résolution HD ou UHD et compenser ainsi les variations de taille d’image modulées par le service Skype selon les aléas de la transmission.

 

Des solutions alternatives

Malgré les performances de son serveur Quicklink TX, la qualité des images reçues reste tributaire des aléas de la transmission via Internet et de la gestion de la bande passante par Microsoft.

Quicklink a donc développé en parallèle son propre système de transmission vidéo et audio sur réseau IP avec la gamme des serveurs ST. Elle est basée sur une architecture plus traditionnelle en mode point à point avec un châssis encodeur/décodeur vidéo vers IP. Il dispose d’entrées/sorties SDI, HDMI et NDI et, pour l’audio, de connecteurs XLR et AES. Il encode les images avec un codec VP9, débit de 30 Mb/s pour une résolution Full HD, et gère le transport avec le protocole WebRTC. La latence est de 200 ms. Les unités de traitement sont totalement réversibles et proposées en deux versions, l’une avec un canal unique, la seconde en mode deux canaux avec en prime un stockage interne.

Quicklink complète cette gamme avec deux autres systèmes plus orientés « remote production ». Le premier se présente sous forme d’un châssis avec en complément des interfaces pour piloter une caméra PTZ et la lumière en DMX 512. Le second produit, dénommé ST500, regroupe l’électronique du codeur, un écran LCD et une caméra PTZ Panasonic pour constituer une unité de direct facilement transportable et totalement pilotable à distance depuis la régie de production.

Enfin, dernier élément de cette gamme, une application et une extension pour navigateur web, qui permet d’établir sur le terminal mobile, une liaison vidéo et audio via Internet vers un serveur Quicklink installé au nodal ou en régie.

Le principe d’une application dédiée pour smartphone et servant à établir une liaison vidéo et audio live vers une chaîne TV est également proposé depuis plusieurs années par tous les constructeurs de système de transmission 3G/4G, comme LiveU, Aviwest, TVU ou Dejero. Ces outils largement déployés depuis des années dans les chaînes TV, et qui sont au cœur du succès des chaînes d’infos en continu, assurent des transmissions vidéo et audio de très bonne qualité sous réserve d’être dans une zone de couverture 4G.

Pour garantir ce résultat, ils sont basés sur une technologie de multiplexage inverse qui consiste à répartir le flux vidéo et audio transmis entre plusieurs liaisons 4G simultanées (de deux à six selon les versions et les marques) pour compenser les aléas de la propagation des ondes et la charge des réseaux.

Il est également possible de passer par des réseaux alternatifs, comme le wi-fi, l’ADSL, la fibre optique ou même le satellite. Ils offrent des outils de management permettant aux opérateurs en régie de surveiller la qualité de la liaison et d’optimiser en temps réel les paramètres de l’encodage et de la transmission. Ces systèmes offrent de très bonnes performances, mais avec une sophistication technique et un coût loin d’être négligeables.

Le confinement a bousculé complètement l’organisation des plateaux TV en direct en limitant la venue des invités. Il fallait impérativement leur permettre d’intervenir depuis chez eux avec les moyens du bord, c’est-à-dire leur smartphone ou leur ordinateur muni d’une application de visioconférence.

François Valadoux, directeur technique d’AMP Visual, explique « qu’il faut distinguer deux catégories d’émissions. Il y a celles qui ont conservé leur organisation habituelle en plateau avec un nombre réduit d’intervenants sur place et une autre partie des invités reliés en visio. Et puis une seconde catégorie d’émissions qui ont été mises en place à l’occasion du confinement avec l’animateur et un mini-plateau transféré chez lui. C’est le cas de Tous en cuisine pour M6 par exemple ou l’émission de TF1 le soir avec Nicolas Canteloup et Alexandra Sublet. Dans ce cas, pour retenir l’attention du spectateur, surtout s’il la regarde sur un grand écran LCD, il faut un niveau de qualité équivalent au signal broadcast habituel, ce que ne nous garantissent pas les outils légers comme Skype. Depuis leur domicile, nous avons alors mis en place des systèmes d’encodages plus robustes et pilotables à distance de type TVU reliés par fibre optique ou réseau managé à notre média center, ensuite transmis par notre boucle de fibre optique vers la régie où l’émission est réalisée. »

 

Avant tout pour les journaux TV et les talk-shows

Le confinement a fait exploser la demande et toutes les configurations possibles ont été déployées. Le groupe Canal Plus avait déjà équipé ses régies avec des Macintosh reliés directement au mélangeur. Corentin Rivière, responsable de l’exploitation et de la production, privilégie les outils FaceTime de l’iPhone.

« Sur la partie “news” nous avions déjà équipé nos régies avec des Macintosh pour contacter rapidement et visuellement un interlocuteur quel que soit l’endroit où il se trouve. Après avoir testé plusieurs outils, nous avons constaté que FaceTime est plus stable en qualité. Cela s’explique car Apple maîtrise à la fois le logiciel et le hardware. Nous avons installé directement les Macintosh en régie pour faciliter le travail des équipes éditoriales. C’est plus rapide que le protocole habituel avec un serveur installé au nodal et de rapatrier ensuite les signaux. Ces équipements servent pour des entretiens One to One en direct. Pour des interviews à monter, nous utilisons Zoom car FaceTime ne permet pas d’enregistrer directement. Nous avons également des serveurs Skype TX dans les deux MCR (Master Control Room) et aussi un poste avec recopie d’écran qui nous permet de récupérer n’importe quelle autre application de visio. »

 

Le groupe TF1 exploitait déjà des outils de type Skype mais de manière très épisodique. Comme l’explique Bertrand Querné, directeur des moyens de fabrication de l’information.

« Dès le début du confinement nous avons compris que nous aurions des problèmes pour faire venir des invités sur nos plateaux d’information ou envoyer des équipes réaliser des interviews. Nous avons trouvé une solution autour de Skype en louant d’abord des systèmes Quicklink. Ensuite nous avons acquis quatre serveurs à deux canaux chacun qui sont mutualisés entre les JT de TF1 et la chaîne LCI. Ils sont utilisés pour établir des duplex avec des spécialistes ou des hommes politiques. Ils servent également à enregistrer des interviews qui sont ensuite montées. Tout le monde n’utilise pas Skype et nous avons aussi installé des postes avec FaceTime à LCI. »

Dès la première semaine du confinement, la rédaction a développé dans le journal de TF1 un module appelé « Ma nouvelle vie ». Elle a confié des téléphones portables à des téléspectateurs pour qu’ils racontent au jour le jour leur propre histoire du confinement. À partir d’un cahier de recommandations, ils envoyaient chaque jour des images à la rédaction qui étaient ensuite montées à TF1.

Jean-Pierre Pernaut, l’emblématique présentateur du journal de 13 heures, a demandé à rester confiné chez lui. Au cours du journal présenté par Jacques Legros en son absence, il intervenait chaque jour en direct pour traiter de l’actualité autour de l’épidémie. Dans ce but, il disposait chez lui d’une caméra associée à un système Aviwest avec une liaison par fibre optique. Aucun technicien n’était présent sur place, le présentateur allumait lui-même l’équipement vingt à trente minutes avant le début du journal.

Avec ses nombreux plateaux, AMP Visual TV assure les prestations techniques pour de multiples talk-shows (Quotidien, C’est dans l’air, La Quotidienne, 28 Minutes…). Pour respecter les règles du confinement, le prestataire a mis en place des liaisons avec les invités ou chroniqueurs bloqués à la maison. Toutes les solutions disponibles ont été mises en œuvre, soit avec des serveurs Skype TX (Quicklink ou NewTek VS-100 bi-canaux) pour assurer une trentaine de liaisons hebdomadaires, mais aussi en les complétant avec des systèmes match box développés en interne par le prestataire.

Au départ ce sont des outils d’habillage sur base PC conçus pour les retransmissions sportives pour que les experts du sport concerné affichent rapidement les scores et enrichissent leurs commentaires avec des données graphiques. Une quinzaine d’unités a été reconfigurée pour assurer des liaisons de type visioconférence et renforcer les capacités du prestataire.

Pour assurer la coordination avec les intervenants distants, François Valadoux explique aussi avoir déployé le système d’interphonie sur smartphone Unity pour l’associer aux systèmes d’intercom de ses régies.

 

Du côté de France Télévisions, Romuald Rat est le responsable des moyens de reportage pour l’ensemble du groupe, à la fois pour les chaînes nationales et régionales, mais aussi pour France Info. Pour cette dernière chaîne, il avait déjà mis en place au cours de l’été 2019 un système Quicklink pour assurer des interviews à distance.

Fin février, il a anticipé l’arrivée de la pandémie en augmentant la capacité des liaisons à trois serveurs. Il avait aussi utilisé les applications TVU Anywhere pour les chaînes nationales et MojoPro d’Aviwest pour les stations France 3.

Mais il constate que « même si les procédures se sont simplifiées pour établir la connexion au serveur, les invités sont toujours réticents à installer sur leur smartphone personnel, une application qu’ils ne connaissent pas. Certains invités ne maîtrisent pas bien des logiciels comme Skype ou ont des difficultés pour retrouver le bon identifiant. Nous privilégions le service de Quicklink avec un accès direct par navigateur. Il nous suffit de leur envoyer un lien par SMS, e-mail ou messagerie instantanée, qu’ils copient sur leur navigateur et la liaison est établie. »

 

Des plateaux transférés à la maison

Comme évoqué plus haut par François Valadoux, certaines émissions ont été tournées en direct depuis le lieu de résidence de l’animateur. Dans ce cas, une liaison de type visioconférence ne suffit pas pour offrir un niveau de qualité suffisant et surtout constant. Des dispositifs de captation et des moyens de transmission spécifiques ont alors été déployés.

Pour l’émission quotidienne de M6, Tous en cuisine animée par Cyril Lignac, AMP Visual TV avait mis en place dans sa cuisine plusieurs caméras, dont une Panasonic PTZ AW-UE 150 et un combo Sony. Le signal sortant est ensuite encodé grâce à un système de reportage TVU One, relié au media center d’AMP Visual via une fibre optique avec un VPN sécurisé.

Le prestataire avait délégué sur place un cadreur car les angles étaient régulièrement modifiés pour couvrir plusieurs axes, et un technicien en charge de la transmission. Pour sécuriser la transmission une liaison de secours en data 4G était également mise en place.

Les invités de l’émission, qui préparaient également chez eux les recettes présentées par le chef, communiquaient pour leur part en visioconférence avec le media center d’AMP Visual où était réalisée l’émission en remote production.

Sur C8, l’émission quotidienne de Cyril Hanouna s’est transportée chez lui et a été renommée Chez Baba, avec des chroniqueurs intervenant à distance via Zoom. La configuration du décor a évolué au cours du confinement. Au départ constitué d’un simple canapé, il s’est élargi à un mini-plateau avec un pupitre et un couple d’écrans sur lesquels l’animateur gérait les interventions de ses chroniqueurs via Zoom depuis un ordinateur à sa disposition.

L’animateur était filmé par trois caméras reliées à un sélecteur télécommandé depuis la régie de production installée à Canal. L’image sélectionnée est transmise grâce à un système de transmission Aviwest par l’intermédiaire d’une fibre optique grand public. Une seconde fibre optique était affectée à la reprise d’écran du PC affecté à Zoom.

Au niveau de la régie de production, le réalisateur pilotait les commutations des caméras filmant l’animateur, effectuait un « resizing » de l’image sélectionnée en la combinant avec celles des chroniqueurs et ajoutait un décor au fond d’écran noir de Zoom.

Au cours du plateau, Cyril Hanouna lançait des séquences enregistrées d’archives. Celles-ci étaient diffusées depuis la régie de Canal. Mais avec les délais d’encodage et de transmission numérique, il ne pouvait pas se baser sur un retour « antenne ». Du coup une liaison retour transitait vers son plateau via l’une des fibres optiques.

Corentin Rivière explique : « pour cette liaison retour nous avons choisi un système de transmission Dejero qui offre une latence de 0,3 s au lieu des 0,5 s des Aviwest. Nous avions optimisé la latence et le débit sur les deux Aviwest, mais 0,2 s de retard supplémentaire ça compte, surtout avec le style de l’animateur. »

 

Une mise en place ultrarapide et riche d’enseignement

La soudaineté et l’étendue de la pandémie ont conduit à une généralisation du confinement avec pour conséquence le travail à distance. Thierry Michalak, directeur des infrastructures TV du groupe TF1, constate la vitesse avec laquelle se sont développées ces nouvelles modalités de collaboration à distance.

« Ce sont des modes d’intervention qu’on imaginait déjà de mettre en place. Mais on pensait que personne ne voudrait passer le cap, ni les collaborateurs ni la technique et pareil pour la sécurité. On s’est tous retrouvés au pied du mur. En l’espace de sept jours, on avait un dispositif qui fonctionnait plus ou moins bien et en quinze jours on l’a bien amélioré pour avoir un outil opérationnel. Sans toutes ces contraintes on ne l’aurait pas mis au point à cette vitesse-là. »

Romuald Rat constate également de son côté les efforts déployés par la direction de l’ingénierie technique pour déployer ses outils nouveaux et surtout augmenter les capacités des liaisons dans un temps record.

L’un des soucis rapportés par tous nos interlocuteurs concerne l’extrême disparité des compétences des invités. L’équipe de production les contacte à l’avance pour préparer leur intervention, mais aussi caler tous les aspects techniques de la liaison. Il faut passer en moyenne de quinze à trente minutes avec eux pour vérifier de quels logiciels ils disposent et les aider à lancer la connexion.

Romuald Rat explique qu’avec une liaison depuis son domicile ou son bureau : « on se retrouve chez l’invité dans son univers. Au-delà des aspects strictement techniques, il faut veiller à ce qu’il s’installe dans un environnement assez neutre pour que le spectateur ne soit pas perturbé par des objets ou une décoration trop typée. Il faut également le guider pour éviter les contre-jours, lui rappeler d’orienter son smartphone en mode paysage et éviter une contre-plongée trop prononcée qui déforme le visage. »

Au sein de son équipe, il a délégué une personne qui intervient pour recommander des accessoires et définir des procédures.

Tout le monde s’accorde à rappeler que la qualité du son est primordiale pour retenir l’attention du spectateur. Le micro intégré au terminal est trop éloigné et l’utilisation d’un micro externe, d’une oreillette ou un micro casque, est indispensable. Corentin Rivière remarque que le micro casque est à éviter car il fait trop référence à la radio ou aux sports. L’utilisation des écouteurs sans fil type Airpod donne des résultats satisfaisants.

 

Le principal handicap : « on ne maîtrise pas la liaison »

Au-delà de la qualité de la captation et de la mise en situation de l’invité, l’autre sujet majeur de préoccupation concerne la qualité de la transmission et ses aléas. Tous ces outils de visioconférence exploitent le réseau Internet public. La qualité de la liaison dépend de son débit montant et subit les irrégularités dues à sa charge.

Corentin Rivière constate qu’une liaison basée sur le wi-fi et un accès ADSL (fort limité en débit montant) reste assez médiocre et qu’une transmission par smartphone en 4G est toujours préférable. Reste alors le problème de la couverture inégale du réseau, d’autant que certains intervenants avaient choisi de se confiner à la campagne.

Au-delà du choix d’un décor pas trop typé, il faut également guider les invités pour trouver l’endroit offrant la meilleure couverture réseau et parfois leur demander de monter à l’étage. D’où la multitude d’interviews réalisées depuis des combles aménagés ou des chambres d’amis.

Les applications pour smartphones dédiées aux systèmes de transmission 4G comme l’Aviwest, le LiveU ou encore le TVU présentent un avantage certain sur les outils de visioconférence grand public car elles sont capables d’agréger une connexion en 4G et une liaison wi-fi.

Mais la procédure de connexion sur le serveur de réception reste encore trop complexe même si elle a été simplifiée. Les chaînes préfèrent réserver ce type d’application pour des chroniqueurs réguliers ou des journalistes munis de smartphones gérés par la chaîne.

 

Plus rien ne sera comme avant ?

Cette affirmation lancée lors des premiers impacts de l’épidémie, s’applique-t-elle aussi à la production TV et à la généralisation des directs réalisés en visioconférence ?

Thierry Michalak constate que « la crise du Covid a montré qu’il y a d’autres façons de travailler. Cela me rappelle le passage de la 3G à la 4G pour les systèmes de transmission qui ont alors remplacé en partie les SNG. Cela ne va pas remplacer nos équipements actuels mais c’est une solution supplémentaire. »

Bertrand Querné complète ces propos : « Au début du confinement, nous avions des résultats fort variables car les invités découvraient les outils. Les intervenants récurrents ont appris à les maîtriser, savent mieux se cadrer et choisir le bon éclairage. Nous obtenons maintenant des résultats plus constants. Ce qui était une exception avant est devenu une norme de fonctionnement et va être conservé dans l’avenir parce que ça ouvre des opportunités éditoriales intéressantes. »

Romuald Rat pense de son côté « qu’on est en train de franchir un cap super important pour ce genre d’usage. Il nous reste quand même une grosse partie du travail à faire pour que ces outils légers de visioconférence deviennent un usage courant normal et normé. Et ce, sans contrevenir aux usages habituels de nos équipements satellites ou 4G. C’est aussi très important pour les rédactions en Outre-Mer, qui couvrent de larges zones géographiques, de leur permettre ainsi d’interviewer des responsables fort éloignés. »

Pour Corentin Rivière, « il y a le risque d’un effet pervers. Après le confinement les interviewés risquent de ne plus venir en plateau et de nous donner juste un rendez-vous pour organiser un FaceTime depuis chez eux. Cela pourrait rendre les débats moins animés. Par contre cela donne plus d’autonomie aux rédactions pour réaliser une interview sans envoyer une équipe sur place ou pour organiser une intervention en direct depuis la régie. Avec l’arrivée de la 5G, la latence sera encore plus réduite et on obtiendra une qualité de plus en plus acceptable. »

François Valadoux reste plus circonspect quant à la généralisation des outils de visio pour les directs de la TV. « Cela fait maintenant des semaines qu’on télétravaille avec des réunions en Zoom ou en Skype. Peut-être que les spectateurs deviendront plus tolérants aux défauts des images ou à la latence dans les échanges. Un peu comme lorsque les chaînes d’information ont introduit les liaisons 4G avec un seul journaliste. Cela nous paraissait impossible et pas acceptable. Et pourtant cela s’est généralisé. Les contraintes liées à cette crise nous laisseront peut-être accepter dans l’avenir des directs en Skype.

Mais nous resterons toujours confrontés au problème de la maîtrise de la QoS (Qualité de service). À tout moment on reste à la merci du gestionnaire du service et de l’opérateur du réseau sans pouvoir intervenir sur les paramètres de la liaison ou les réglages du terminal, à l’inverse de ce que nous faisons quotidiennement sur la chaîne d’équipements dans nos cars ou dans nos régies. Nous devons savoir nous adapter aux contextes de crises et aux demandes de nos clients. Par contre, nous ne perdons jamais de vue l’exigence du niveau de qualité, même dans ces configurations. »

 

En guise de conclusion, quelques recommandations pratiques

Lors d’un échange à distance avec un invité, l’élément essentiel à préserver en priorité est la qualité sonore. Les micros intégrés au smartphone ou à l’ordinateur sont trop éloignés et risquent de capter les sons de l’environnement immédiat, ce qui rend l’audition plus difficile. Pour que l’invité puisse suivre le fil de l’émission, la solution la plus confortable est de le munir d’une paire d’écouteurs. Avec un kit mains libres qui regroupe écouteur et micro, on obtient une solution de qualité correcte qui de surcroît élimine les risques d’effet larsen. Lors des multiples émissions suivies lors du confinement, il semble que les kits mains libres sans fil donnent de bons résultats, mais une liaison filaire sera toujours de meilleure qualité et évite les complications de mise en œuvre.

Le second point à prendre en compte est la qualité du cadrage et en particulier la position de la caméra intégrée. Trop souvent, l’appareil est placé trop bas par rapport à la position du visage de l’invité, ce qui conduit à un cadrage en contre-plongée avec souvent un menton proéminent et une découverte du plafond du lieu. Ne pas hésiter à fixer son smartphone sur un petit trépied de table ou un support flexible. Cela permet de relever l’axe de prise de vues et de le placer à hauteur du visage.

Dans le cas d’un ordinateur, l’écran en haut duquel est fixée la caméra est incliné à environ à 60 °. Il suffit de le poser sur deux gros dictionnaires (ou un support adapté) pour le remonter de 30 ou 40 cm pour alors placer l’écran presque à la verticale et donc l’axe de la caméra à l’horizontale.

L’éclairage est aussi un élément essentiel pour donner un rendu agréable à l’image. La luminosité normale d’une pièce en journée donne de bons résultats à condition de se placer correctement par rapport à la ou les fenêtres. Ne jamais se placer dos à une fenêtre ou face à un mur violemment éclairé. Dans certaines situations d’éclairage un peu compliquées, et surtout si les interventions vers un plateau TV deviennent récurrentes, il peut être souhaitable de prévoir un complément de lumière avec des petits projecteurs Led comme le kit Key Light Air d’Elgato.

À l’avenir, des responsables politiques ou syndicaux, des maires de grandes villes, des experts seront de plus en plus souvent sollicités pour intervenir directement à la TV via leur smartphone. Pour leur éviter des interactions avec le contenu de leur smartphone, il pourrait être judicieux qu’ils s’équipent d’un appareil dédié à cet usage, éventuellement confié à leur attaché de presse. Ainsi les tests et la préparation de la liaison pourraient être effectués sans venir les déranger.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #38, p. 74-80. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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