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Le Spinner S2, récemment amélioré grâce à un nouveau capteur couleur Sony 13K, permet une sortie 6K en 12 bits à 60 i/s, et un système de défilement sans roue dentée ni cabestan. © DR

Spinner S2, le scanner de nouvelle génération de MWA

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Afin d’explorer les enjeux et les récentes innovations technologiques apportés par le scanner Spinner S2, nous nous sommes entretenus avec Thierry Gatineau, distributeur des produits MWA en France.

Jusqu’au début des années 2000, le Digital Intermediate ou DI consistait à numériser tout ou partie d’un film (souvent le négatif) pour une postproduction numérique (montage, étalonnage, effets spéciaux), puis à reshooter les fichiers numériques pour leur diffusion sur pellicule à l’aide d’appareils appelés « imageurs ». En 2000 sont sortis les premiers films à utiliser ce processus sur toute la longueur du film : O Brother Where Art Thou ?, Shakespeare in Love à Hollywood et Chicken Run en Europe. Les scanners étaient peu nombreux et les fabricants étaient plutôt concentrés sur le marché des imageurs. En effet le kinéscopage était plus fréquent que le scan car indispensable pour la conservation des émissions de TV en direct ou pour le dépôt légal des films.

 

Thierry Gatineau, gérant de MWA France, présentait le Spinner S2 au Satis 2023. © DR

Vers 2005, Thierry Gatineau, qui travaillait chez CTM/Debrie depuis vingt ans, a senti le vent tourner. Il raconte : « La transition vers le numérique était depuis longtemps une menace. Nous sommes passés de travaux de scans ponctuels pour la postprod ou la restauration, à une numérisation de masse de toutes les archives cinéma, documentaires, fictions, etc. Lorsque j’ai compris que le marché du scanner était en train de migrer, je me suis rapproché du fabricant allemand MWA pour créer ce qui allait devenir MWA France en 2006. Trois années plus tard en 2009, la sortie du film Avatar en 3D fut le déclencheur en France du basculement des salles en projection numérique, rendant les imageurs quasi inutiles. Dès lors on ne parlait quasiment plus ni de développeuse positive, ni de tirage de copie ou d’étalonnage film. Il ne resta plus que les essuyeuses de film. Plusieurs acteurs de ce secteur ont alors dû se restructurer. »

 

Du télécinéma au scanner

MWA, qui fabriquait jusqu’alors des produits audio liés au film, a décidé en 2006 de développer un premier scanner, le Flashscan, pour films amateurs 8 mm, Super 8 puis 9.5 mm pour la France. « MWA s’est vite imposé comme la référence pour les films 8 mm car ce Flashscan gommait déjà la plupart des défauts (scintillement, absence d’étalonnage…) des systèmes concurrents moins chers », précise Thierry Gatineau.

« Ensuite est arrivé le premier scanner 16 mm et 35 mm, le Flashtransfer. Ces premiers scanners MWA étaient équipés de caméras SD Hitachi 3CCD puis en 2009 de modèles HD avec des caméras d’abord 720p puis full HD 1080p. Le mode de capture à 50 Images/sec appelé “ mode turbo ” était très séduisant pour les projets en super 8 car il permettait de scanner deux fois et demi plus vite que la cadence réelle du film (souvent 16 ou 18 I/sec). En 2015 nous sommes passés de l’utilisation de caméras aux capteurs. »

Aujourd’hui, la gamme de scanners MWA se compose du Flashscan Nova et du Spinner S2. Le Flashscan Nova est équipé d’un capteur 4K et supporte les formats du 8 au 16 mm. Il est polyvalent car il permet de faire du volume grâce à sa capacité à scanner à 50 I/s en 2K mais aussi du film d’archives en 4K. Quant au Spinner S2, nous allons nous y intéresser plus en détail.

 

Le Spinner S2, la Rolls Royce du scan ?

Le scanner Spinner S2 est le fleuron de la gamme de produits de MWA. Il supporte tous les formats de pellicule du 8 au 35 mm, et une version modifiée permet de supporter le 65 mm et 70 mm. À sa sortie en 2022, le Spinner S2 pouvait travailler avec quatre capteurs interchangeables : 6.4K, 9.5K, 11.6K et 14.2K. Seul le capteur 6.4K permettait de scanner en couleur grâce à son filtre de bayer, et donc d’atteindre une vitesse de scan en temps réel. Les trois autres capteurs monochromes nécessitent trois flashs R, V et B, pour obtenir l’image couleur complète. La qualité en est améliorée mais la vitesse de scan peut descendre jusqu’à moins de 1 I/s. En septembre 2023, l’ajout d’un nouveau capteur, le Sony IMX661, est venu apporter une amélioration considérable. Avec ses 56 mm de diagonale, ses 127 Mpixels et sa matrice de bayer, ce capteur 13.4K a une surface quatre fois supérieure à celle du 6K et peut donc fournir la pleine résolution des couleurs sur un fichier de sortie en 6.7K sans interpolation (debayerisation) gommant ainsi certains artefacts et manque de netteté. Avec ses 14 bits (12 pour le capteur 6.4K) et sa grande surface qui collecte quatre fois plus de lumière, la dynamique est augmentée et permet le HDR avec un seul flash jusqu’à 60 I/s. La qualité d’image obtenue est comparable à celle d’un scanner RVB mais à des vitesses bien supérieures.

 

Pas de cabestan, pas de limite

« Actuellement MWA est le seul fabricant à proposer une technologie de scanner sans aucun cabestan ni roue dentée (sprocket). Il faut savoir que les roues à picots ou système de griffes présentent le risque de faire éclater les mauvaises perforations. Quant aux cabestans lisses, ils posent des problèmes : cassure si la tension est trop forte, glissement si la tension est trop faible.

« MWA propose un entraînement du film direct avec les moteurs des enrouleurs/dérouleurs et un galet monté sur un rail à ressort asservi à la tension du film. Ce système est unique et permet de baisser la tension jusqu’à deux grammes (0.2 Newton) pour les films fragiles, gondolés, cassants, aux mauvaises collures tout en offrant une excellente stabilité. Un cabestan ne peut pas entraîner le film avec une tension si faible car le film glisserait. Un cabestan a besoin davantage de grip et de deux galets de régulation de tension vs 1 pour le système MWA. En outre le cabestan a sa propre électronique/moteur donc occasionne des coûts supplémentaires », précise Thierry Gatineau.

 

Les formats 65 mm et 70 mm sont supportés par une version modifiée du Spinner S2. © DR

Easy Wet Gate

Une autre innovation de MWA est le système Easy Wet Gate. Il consiste à pulvériser automatiquement de l’isopropanol dont le débit est réglable pour masquer « optiquement » les rayures de la pellicule côté support lors de la numérisation (rayures verticales en peignes liées à des mauvaises manipulations avec les projecteurs). Ensuite une rampe de séchage fait évaporer le liquide avant de rembobiner le film permettant des vitesses de scan temps réel. Ce système est en standard sur le Flashscan Nova et en option sur le Spinner S2.

 

Et après le scan…

Un autre point fort de MWA est son logiciel maison Flashsuite 3 fourni avec le scanner. Il permet soit de numériser en lumière unique pour retravailler étalonnage et restauration en postproduction, soit de faire un étalonnage plan par plan et de sortir un fichier ProRes ou H264 prêt à diffuser. Un mode Auto Color propose une correction de couleur automatique pertinente pour les scans rapides de super 8 à 50 I/s. MWA travaille sur une nouvelle génération de scanners intégrant l’intelligence artificielle dans son logiciel. La société Dubidot/Steenbeck appartenant au groupe MWA propose un logiciel de Media Asset Management le Mamory enrichi d’une IA notamment pour la reconnaissance d’objets, monuments ou personnages, des fonctions de speech to text, traduction, OCR sur les flux vidéo…

En conclusion, ne jetez pas vos vieux films déjà numérisés. Il sera peut-être toujours possible de les rescanner à des résolutions toujours plus hautes, et toujours plus vite. L’IA fera ensuite des merveilles pour éliminer tous les défauts.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #57, p. 72-74