En 2020, Mediakwest avait consacré une bonne partie de son numéro 38 au sujet des murs Leds : où en est-on aujourd’hui ? Retour sur cette technologie qui continue de se développer sur tout le territoire national…
L’arrivée des murs de Leds dans la production cinématographique et audiovisuelle s’apparente à une technique plus ancienne, celle de la transparence, tout en utilisant les technologies aujourd’hui mises à notre disposition. L’écran translucide est remplacé par un mur de Leds ultra performant et la prise de vue réelle peut être substituée par un environnement « photoréaliste » construit numériquement et piloté par des moteurs de jeu. Les jeux de perspectives deviennent également possibles grâce à l’utilisation de techniques de tracking qui suivent les mouvements de la caméra.
L’utilisation de mur Led ne se substitue pas au fond vert qui est encore largement employé aujourd’hui et qui n’est pas voué à disparaître. Mais, dans certains cas, l’utilisation de mur Led s’avère plus pertinente, notamment lors des tournages qui nécessitent l’utilisation de surfaces réfléchissantes – on cite régulièrement le cas des carrosseries de voiture – le mur Led se reflète naturellement sur les surfaces, l’étape du killing est supprimée et l’équipe de tournage ainsi que les acteurs se repèrent facilement dans un environnement proche du résultat final.
La Led
Les panneaux Leds que l’on trouve aujourd’hui dans les studios français sont quasiment tous fabriqués en Chine, le leader dans ce secteur. En France, Provence Studios a décidé de faire fabriquer ses propres dalles alors que d’autres ont fait le choix d’utiliser celles directement fournies par les loueurs. La technologie Led est certes onéreuse – les panneaux les plus chers peuvent aller jusqu’à 12 000 € du mètre carré – mais assez robuste, l’entretien régulier suffit à pouvoir conserver son matériel dans le temps. Si un panneau est abîmé, il se répare facilement et rapidement et peut être opérationnel à nouveau.
Alexandre Saudinos (Neoset) nous a confié que leur mur avait reçu de l’eau, de la boue, des douilles et qu’il n’était à déplorer que quelques panneaux un peu abîmés, avec, pour sept jours de tournage, à peine une demi-journée de maintenance. Changer une dalle cassée ne prend que quelques minutes, suite à quoi le tournage peut reprendre normalement.
Les murs Leds aujourd’hui sur le marché sont très lumineux, l’intensité utilisée sur les tournages est bien inférieure à l’intensité maximale proposée par le constructeur. Un des grands challenges est d’obtenir des contrastes dans les très basses lumières ainsi qu’améliorer les questions de pitch, de fréquence et de balayage. La définition et la gestion du flou vont être déterminantes pour le développement de cette technologie.
Danys Bruyère (TSF) nous a indiqué que les studios d’Épinay étaient équipés en 4K au sol, au plafond et deux fois 4K sur les murs. La capacité de processing doit être importante et des astuces sont trouvées afin de réduire le flux informatique pour optimiser certaines performances. Si l’on veut pouvoir réaliser des ralentis, il s’agit d’augmenter la fréquence de présentation des images et éventuellement passer la caméra à 120 ou 150 IPS et maintenir des images complètes dans le cadre en synchronisation avec la caméra, ce qui est un défi.
Si aujourd’hui le flou des murs ne pose pas véritablement de problème, des projets peuvent nécessiter une netteté difficile à créer. De plus, il n’y a pas de progression dans l’espace, soit le mur est net partout, soit flou partout.
« On ne peut pas dire qu’un objet représenté sur le mur est un objet d’avant plan qui est net et que le reste doit être flou. Il y a des gens qui travaillent là-dessus, chez Moyses, ils ont fait des annonces où ils arrivent à piloter, via leur interface, le moteur de rendu pour qu’il floute des sections d’images prédéfinies ou à définir. […] Ce qui permet d’amener ce côté qu’on retrouve naturellement avec des optiques sur des scènes à trois dimensions », explique Danys Bruyère, de TSF.
Les moteurs de jeu
La technologie qui se développe le plus rapidement est à chercher du côté des moteurs de jeu. Unreal Engine fait figure de leader. Les techniciens sont dépendants des avancées sur la 3D temps réel. Les moteurs de jeu proposent de travailler tous les jours plus vite et des opérations qui pouvaient prendre quelques heures ne durent aujourd’hui que quelques minutes. Les technologies, puisant leurs origines dans l’événementiel et le mapping, pourraient bien s’adapter également et devenir un outil pour le cinéma et l’audiovisuel, comme c’est déjà le cas pour Neoset qui utilise aujourd’hui le langage de programmation visuel TouchDesigner. L’objectif est de trouver la solution la plus souple et adaptée aux tournages.
Les solutions de tracking
Aujourd’hui, les petits studios cherchent des solutions efficaces à moindre coût. Certaines entreprises ont d’ailleurs modifié leur technologie face à ce changement de public cible. C’est le cas de Solidanim qui est passé d’un système de tracking onéreux – la caméra de profondeur SolidTrack – à un système six fois moins cher avec l’EZtrack, utilisant la technologie infrarouge. Les solutions de tracking sont multiples sur le marché. Vive et Optitrack sont souvent plébiscités pour les studios virtuels. Les solutions de tracking optique comme Optitrack peuvent cependant être parfois délicates à utiliser car elles peuvent être perturbées pas les matières qui reflètent la lumière, il faut alors trouver des solutions pour atténuer ces reflets.
« On a eu un cas avec des miroirs au sol : il fallait trouver une solution pour pas le perturber, on a dû mettre un cache. Mon associé Jérem, qui est un ancien machino, a l’habitude de trouver une solution sur place », explique Alexandre Saudinos, de Neoset.
La lumière peut créer également de nombreuses interférences mais un studio qui tient compte de ces contraintes s’en sort facilement. « On utilise Optitrack, ça nous permet d’avoir plein de trackeurs pas trop chers. Grâce à ce système, on peut multiplier les caméras tracker et avoir une solution de motion capture. C’est également un des seuls systèmes qu’on peut mettre au steadi et à l’épaule sans que cela soit trop compliqué », affirme Julien Lascar, de Plateau virtuel.
Extrait de notre dossier « L’essor des studios virtuels » paru pour la première fois dans Mediakwest #43, p. 64-86