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© Hugo Laffite

Sunny Side of the Doc 2025 – Les conférences qu’il ne fallait pas manquer

 

Cette année, le Sunny Side (La Rochelle, 23 au 26 juin) a accueilli 2 100 visiteurs issus de 60 pays, plus de 1 000 sociétés et 85 exposants. Comptant sur la présence des producteurs, des diffuseurs ou encore du CNC, la programmation a pu toucher à tous les sujets de la production documentaire, de la création de récits innovants aux dernières tendances en matière de diffusion. Des nouveautés sont aussi entrées dans la vie du marché, parmi lesquels un espace réservé à 18 sociétés d’archives à l’occasion de l’Archives Summit qui a rythmé ces quatre jours grâce à des keynotes et des conférences autour de la valorisation des archives. Parmi les nombreuses conférences d’experts autour des attentes des distributeurs, de l’IA, de la VR ou encore des nouvelles aides du CNC, trois ont plus spécifiquement attiré l’œil de notre rédaction.

 

Des aides en hausse de la part du CNC

De gauche à droite : Sophie Jardillier, Amélie Leenhardt et Juliette Moreau. © Jean-François Augé

Le rendez-vous incontournable du Sunny Side of the Doc pour bien connaître l’état du marché documentaire est, bien évidemment, le bilan annuel du CNC. Cette année, celui-ci se révèle particulièrement positif avec 1 810 heures aidées en 2024, ce qui représente une hausse de 7,4 % par rapport à 2023. De même, le coût horaire est en hausse puisqu’il arrive en moyenne à 225 500 euros, un chiffre supérieur de 11,3 % à celui de l’année précédente.

Cette croissance s’explique notamment par une augmentation d’aides de la part du CNC qui s’élèvent à 41 600 euros par heure, et par une augmentation des investissements du côté des diffuseurs, avec un apport horaire à hauteur de 102 400 euros, ce qui fait des diffuseurs, les premiers financeurs du genre, devant les producteurs qui assument environ 19,4 % des devis. France Télévisions est le premier à investir dans le genre, avec un apport de 100,3 millions d’euros par an (même si ce chiffre reste en dessous de l’objectif des 105 millions annoncés par Delphine Ernotte l’année dernière), suivi par Arte à 35,8 millions et Canal+ à 21,4 millions.

Ce bilan d’apparence positif doit toutefois est contrebalancé puisqu’en 2024 le nombre d’heures de diffusion est en baisse. 28 622 heures de documentaire ont été diffusées sur les chaînes nationales gratuites et Canal+, soit une baisse de 4,2 % par rapport à 2023. RMC Découverte reste leader avec 4526 heures, malgré un recul au profit des magazines, suivi par Arte et France 5. De manière générale, le documentaire représente 18,1 % de l’offre TV et 9,2 % de la consommation.

Du côté de la VàDA, les services proposent un catalogue cumulé de 4 450 documentaires, soit une augmentation de 15,6 % en un an (et une hausse non négligeable de 130 % en cinq ans). Cette croissance s’explique par l’arrivée de nouveaux services comme la plate-forme Max et par l’enrichissement des catalogues existants, notamment celui de Netflix qui offre 1 405 titres.

En revanche, si le documentaire représente 17,1 % des catalogues, il ne représente que 2,3 % de la consommation. Cependant le CNC rappelle qu’il faut aussi prendre en compte la prolifération du genre sur Internet, notamment sur YouYube comme sur les chaînes C’est une autre histoire (716 000 abonnés et 51 millions de vues) ou encore Mamytwink (2,4 millions d’abonnés et 284 millions de vues), toutes deux soutenues par le CNC.

Le documentaire français bénéficie aussi d’une reconnaissance accrue à l’international avec un total des ventes qui s’élevait à 47,2 millions d’euros en 2023. La production documentaire française est d’ailleurs la quatrième nationalité la plus représentée sur les services de VàDA à l’étranger et est le troisième pays commanditaire avec 543 titres sur la période courant du deuxième trimestre 2024 au premier trimestre 2025.

 

Premières statistiques sur les aides à la série documentaire

Portée notamment par les plates-formes, la série documentaire est un genre de plus en plus demandé, en témoignent les succès récents sur Netflix de Raël : le dernier prophète ou De rockstar à tueur : le cas Cantat qui a cumulé 2 millions de vues en France durant les trois jours après sa sortie. Pour pallier cette demande, le CNC a lancé en 2024 deux aides : une à l’écriture de la série et l’autre dédiée à son développement prospectif. Sur les premières commissions, 23 % des 88 dossiers d’aide à l’écriture reçus ont été retenus, et quatre des sept dossiers déposés à l’aide au développement ont été soutenus.

Le CNC remarque cependant que quelques points communs relient les projets retenus : ils sont écrits pas plusieurs auteurs, et ils sont souvent écrits par des auteurs et des autrices qui ont déjà réalisé plusieurs documentaires. Ici, le format de 52 minutes ne prédomine pas, en étant représenté à seulement 28 %, suivi de près par des épisodes durant entre 36 et 50 minutes avec 24 %. En regardant les dossiers soutenus par les quatre précédentes commissions (la première ayant eu lieu en juillet 2024), on peut aussi remarquer que les projets ont des thématiques assez diversifiées allant de l’histoire, à la géopolitique et à l’environnement.

 

Les distributeurs à la recherche de nouveaux publics

De gauche à droite : Amanda Groom, Fabrice Puchault, Anouk Van Dijk, Shaminder Nahal et Mara Gourd-Mercado. © Jean-François Augé

 

Lors du Sunny Side of the Doc, une conférence visait à dresser les attentes des diffuseurs. Autour de la table, des représentants d’Arte, de la chaîne de télévision britannique Channel 4, du festival du film documentaire de Copenhague CPH:DOX et de la société de production et de diffusion allemande Quintus Studios, se sont passés le micro. D’entrée, ils rappellent leur enjeu principal qui est de « porter des sujets qui comptent, en luttant contre la désinformation tout en amenant de la nuance et de la complexité dans tous les débats, ce qui est très important dans un contexte de montée de l’extrême droite », pour reprendre les termes de Fabrice Puchault, directeur du département culture et société à Arte France, ils veulent également « que ces sujets soient catchy et divertissants », rappelle Shaminder Nahal, head of specialist factual à Channel 4.

Trouver la bonne recette, entre l’attractif et la recherche de fond, permet à ces diffuseurs d’atteindre de nouveaux publics, surtout en ce qui concerne les plus jeunes. En la matière, Channel 4 a frappé fort (et osé) avec Virgin Island. Ce show télévisé diffusé pour la première fois en mai 2025, a toutes les apparences d’une téléréalité un peu choc : douze jeunes adultes se rendent sur une île pour y explorer leur intimité et perdre leur virginité. « On ne dirait pas comme ça, mais c’est très sérieux. Le format téléréalité est un support pour le documentaire. En réalité, il s’agit de parler de la sexualité des jeunes de nos jours, sur leurs anxiétés. La série est basée sur une étude et nous avons consulté plusieurs experts », explique Shaminder Nahal. Avec son pitch, la série n’a pas tardé à faire le buzz sur TikTok.

Par ailleurs, ces plates-formes, qu’elles soient vidéo comme YouTube ou qu’elles soient des réseaux sociaux, contribuent en grande partie à cette recherche des nouveaux publics jusqu’à prendre (en partie) le contrôle de la ligne éditoriale. « Tout ce que nous faisons est basé sur la data que nous récoltons sur nos chaînes YouTube et autres. Si un sujet fonctionne, nous allons lancer d’autres productions similaires. Sur YouTube, nous sommes vraiment en contact avec le public. Les gens échangent et commentent. Pour répondre à la demande, nous sommes en contact avec beaucoup de réalisateurs locaux qui peuvent s’organiser et tourner très rapidement à chaque commande », détaille Anouk Van Dijk, directrice de la coproduction et des ventes chez Quintus Studios.

De son coté, Arte déploie une stratégie différente : « Même si nous accordons une attention particulière aux notes laissées par le public de notre plate-forme, notre politique est d’aller chercher tous les publics. Alors, nous diffusons des productions très variées, du documentaire expérimental au documentaire avec un sujet de société », explique Fabrice Puchault, directeur du département culture et société chez Arte France.

De même, aller chercher tous les publics, c’est aussi savoir décliner les formats. Pour son documentaire DGSE : la fabrique des agents secrets, Arte a par exemple choisi de le décliner en format podcast puisque la production était essentiellement constituée d’entretiens avec du personnel et ancien personnel de la DGSE.

Cependant, malgré toutes les bonnes idées et perspectives d’évolution évoquées autour de la table durant le Sunny Side of the Doc, « nous devons rappeler que nous ne pouvons pas prendre autant de risques qu’avant en ce qui concerne la production documentaire. Les budgets sont serrés et nous en en sommes conscients. Cela conditionne nos choix et nos envies de prendre des risques », conclut Anouk Van Dijk de Quintus Studios.

 

Novo 19, une nouvelle chaîne tournée vers le documentaire

De gauche à droite : Rodolphe Guignard, Guénaelle Troly et Mathilde Escamilla. © Hugo Laffite

Depuis le 1er septembre, une nouvelle chaîne s’est emparée du canal 19 de la TNT : Novo 19. Si ce nom peut paraître étrange, il est simplement issu de la contraction de « nous et vous », témoignant de l’ambition de la chaîne qui est : « d’être utile, divertissante et surtout accessible », pour reprendre les termes de la directrice générale, Guénaelle Troly. Même si Novo 19 est une chaîne généraliste – avec un journal télévisé, un talk-show, des fictions, etc. – elle a surtout l’ambition d’être ancrée dans les territoires. Les documentaires sont donc « un des piliers de [sa] grille », pour reprendre encore les termes de sa directrice générale.

« Quand nous parlons d’être ancrés dans les territoires, cela ne veut pas uniquement dire que nous n’allons diffuser que des documentaires sur des territoires ruraux. Tout nous intéresse, qu’ils soient ultra-marins ou urbains. Ce qui est important à retenir : c’est que nous allons nous intéresser aux documentaires qui s’ancrent dans un territoire précis mais dont la thématique peut très bien rayonner au niveau national : nous sommes tout de même une chaîne généraliste », précise Mathilde Escamillia, directrice des acquisitions chez Novo 19.

Ainsi, les demandes de la chaîne en matière de sujet peuvent être très variées, du fait de société au quotidien des Français, en passant par la science ou encore l’histoire médiévale et antique, le tout étant de conserver le territoire français comme colonne vertébrale du documentaire. En ce qui concerne l’enquête et l’investigation, qui sont des sujets très appréciés et fédérateurs d’audiences, « le tout est que ce soit positif. Nous n’allons pas nous lancer dans de l’enquête qui vise à dénoncer. Cependant, il y aura tout de même du “true crime” sur notre antenne », ajoute Rodolphe Guignard, directeur des contenus originaux chez Novo 19.

Deux pôles sont donc en action chez Novo 19. D’abord, celui des acquisitions qui est à la recherche d’œuvres pouvant correspondre à leur ligne éditoriale. « Au niveau des formats, nous souhaitons surtout des documentaires faits pour le prime, soit des épisodes de 52 minutes, mais aussi pour notre plate-forme de replay », précise Mathilde Escamilia. Une plate-forme a en effet été lancée en même temps que la chaîne, le 1er septembre 2025 avec pour but de présenter des replays mais aussi des contenus additionnels spécialement conçus pour elle, avec pour ambition de les décliner sous différents formats et de les faire circuler sur les réseaux sociaux. « Pour l’instant nous ne sommes qu’à la première phase d’acquisition, la deuxième se fera plus tard dans l’année, en fonction de nos chiffres d’audience », ajoute Mathilde Escamilia.

 

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Puis, il y a le pôle de production, puisque Novo 19 a également l’ambition de produire ses propres contenus, que ce soit de la fiction ou du documentaire. « Nous sommes loin sur les chaînes de la TNT avec le canal 19, notre but est donc de nous différencier. Nous voulons des récits très incarnés, très fédérateurs. Nous ne sommes pas à la recherche de documentaires d’auteurs. L’idée est que ce soit ludique pour le téléspectateur », détaille Rodolphe Guignard.

Avant son lancement, la chaîne avait déjà une cinquantaine d’heures de documentaire en cours de production parmi lesquelles on peut trouver plusieurs reportages sur les « héros du quotidien » avec des portraits d’agriculteurs, de marins ou d’artisans, une série sur les menaces liées au changement climatique ou encore un programme autour de Guillaume Le Conquérant.

Novo 19 s’est même aventurée du côté du documentaire immersif avec un projet permettant de s’immerger dans des événements qui rythment la vie des Français comme les festivals. « C’est très important pour nous d’investir dans l’économie du documentaire. C’est un message positif », ajoute Rodolphe Guignard.

Concernant les formats produits, les demandes de Novo 19 sont très variables. « Nous pouvons commander un unitaire, une série, une collection… Après, nous ne connaissons pas encore notre public, et notre but est d’atteindre la tranche des 25-49 ans, qui est la cible privilégiée des régies publicitaires », explique Rodolphe Guignard.

De même, les investissements dans les documentaires peuvent être assez variables et relèvent du cas par cas. « Nous faisons des coproductions, même internationales. Chaque projet a ses ambitions et ses besoins. Mais si nous devons donner une fourchette, nous investissons entre 30 000 et 70 000 euros à la minute », détaille Rodolphe Guignard. Si les premiers programmes ont été déjà diffusés sur Novo 19, il faudra toutefois attendre jusqu’à fin octobre 2025 pour découvrir ses premières productions maison…

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #63, p.94-97