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La nouvelle mouture du feuilleton est ambitieuse. Les prises de vue sont ainsi assurées par cinq Arri Alexa 35 ! Des caméras au rendu cinéma, utilisées par les très grosses productions. © DR

En basculant sur TF1, « Plus belle la vie » s’offre une cure de jouvence

 

À peine un an après son arrêt, Plus belle la vie est de retour ! L’été dernier, TF1 a annoncé que le feuilleton emblématique du PAF allait intégrer sa grille début 2024. Une surprise, alors qu’il s’était brutalement interrompu sur France 3 fin 2022, au terme de sa dix-huitième saison. Mais Newen, son producteur, a continué d’y croire.

« Contre toute attente, TF1 s’est montrée intéressée », signale Clémentine Planchon, directrice artistique devenue productrice de la « nouvelle » mouture. Une décision stratégique : l’arrivée de cette marque emblématique est un gros coup pour booster le lancement de la nouvelle plate-forme TF1+. « L’audience d’un feuilleton, ce n’est pas que le linéaire. Ce sont les programmes les plus vus en replay. » Pour Newen, l’enjeu est énorme. « Une quotidienne qui s’arrête, c’est une perte importante. » Et cela offre une nouvelle perspective aux Studios de Marseille, propriété du producteur.

 

Retour aux origines

Clémentine Planchon, directrice artistique devenue productrice de la « nouvelle » mouture ». © DR

Plutôt qu’une suite, c’est une adaptation. Son nouveau nom, Plus belle la vie, encore plus belle, illustre ce virage éditorial. Alors que les dernières saisons exploraient de nouveaux univers (drame, policier…), production et diffuseur ont souhaité un « retour aux sources ». « On se reconcentre sur les valeurs initiales de la série, la vie de quartier. Avec des tonalités “feel good”, positives et de proximité, voire un peu de douceur. » L’identité marseillaise et l’esprit de son quartier fictif Le Mistral sont évidemment conservés. « La série est indissociable de la ville, c’est son ADN », affirme Clémentine Planchon.

Le projet est reparti de zéro, car les décors, notamment la fameuse place du Mistral, n’existaient plus. « Tout a été cassé, car il fallait libérer les plateaux pour accueillir d’autres productions. » Plutôt que de reconstruire, l’équipe a imaginé une astuce de scénario : un relogement des habitants suite à un effondrement d’immeuble. De quoi justifier la pause d’un an, l’évolution des décors et du casting, qui compte 50 % de nouveaux personnages. Thomas Marci (Laurent Kerusoré) reste le pilier du feuilleton, avec son nouveau bar Le Mistral. « On a eu de la chance : les anciens dont la présence avait du sens ont accepté de revenir presque immédiatement », se satisfait la productrice.

TF1 a choisi de placer Plus belle après le JT de 13h pour muscler son cœur de journée. Newen se dit « très content de ce créneau. Le 13h de TF1 est très fort, et correspond tout à fait à la ligne éditoriale de la quotidienne. »

L’esprit positif permet aussi de réinvestir « en douceur » le salon des téléspectateurs. « Parler d’un petit quartier, de solidarité forte entre nos personnages, cela participe à créer de l’attachement. » Mais il faut répondre à un drôle de défi : contenter à la fois les habitués de France 3 et le public de TF1 ! « On s’est efforcé dans notre écriture d’être le plus inclusif possible », assume Clémentine Planchon. « Le nouveau spectateur doit comprendre chaque élément de ce qu’il va découvrir. Cela peut être un peu déroutant pour les habitués. Mais si on a les bonnes histoires, ils suivront. »

 

Plus d’extérieur

L’ancienne place du Mistral était difficile à mettre en images. Newen a préféré un décor naturel : le village d’Allauch, à vingt minutes de route. Lors des jours de tournage, des façades amovibles recréent un « Marseille imaginaire ». « Par chance, la mairie et les habitants ont été très heureux de nous accueillir », glisse Claire de La Rochefoucauld, réalisatrice sur le feuilleton depuis 2009. Les scènes « indoor » sont tournées dans quatre « boîtes », totalisant 930 m2 de plateaux.

« Les anciens décors faisaient presque penser à du théâtre », reconnaît Clémentine Planchon. « Ils étaient assez petits, en trois feuilles. La mise en scène était plus limitée. » Désormais, ils ont leur quatrième mur et parfois un plafond. Le souci du détail est allé jusqu’aux « découvertes » des portes et fenêtres. « On peut tourner à 360 degrés. Cela permet de moins sentir le côté studio. » Plus belle la vie va s’appuyer sur cinq grandes arènes, des lieux de rencontre offrant beaucoup d’options aux auteurs. Ponctuellement, des espaces tournants serviront à installer des petits éléments démontables : chambre d’hôtel ou hôpital, parloir de prison… Dans l’avenir, il est déjà envisagé de recourir aux nouvelles technologies, comme les panneaux Led.

 

Les décors de la série avaient été détruits suite à l’arrêt du feuilleton. Pour cette nouvelle version, la place centrale est tournée en décor naturel. Dans les Studios de Marseille, cinq arènes ont été créées, comme ici le café le Mistral, épicentre de la vie de quartier. © DR

 

Révolution visuelle

L’équipe a conscience que le succès passe par un renouveau technique. « La concurrence est très qualitative depuis quelques années », salue Clémentine Planchon. « On sait que l’on est très attendus là-dessus. » Newen a décidé de frapper un grand coup en utilisant des Arri Alexa 35, les caméras des grosses productions ! Utilisé au départ comme référence lors des tests, le modèle était trop coûteux pour le tournage. Mais grâce à la grève des scénaristes aux États-Unis, il a été possible d’acquérir cinq unités à un tarif bradé ! « Elles nous font passer d’un monde à l’autre », s’étonne la productrice.

 

Claire de La Rochefoucauld, réalisatrice sur le feuilleton depuis 2009 © DR

Le rendu des nuances et contrastes ravit les équipes. « Les noirs ne sont pas collés, ils sont très profonds tout en étant nuancés, ce qui paraît presque contradictoire », détaille Aurélien Devaux, l’un des chefs opérateurs référents. « Je trouve l’image magnifique », rebondit la réalisatrice Claire de La Rochefoucauld. « Elle me rappelle lorsque je tournais en Super 16 : la qualité, les profondeurs de champ, le grain, le contraste… » La machine autorise tous les réglages.

Selon Aurélien Devaux, il est possible de « salir l’image, choisir précisément la texture, le grain. Cela donne beaucoup de matière. » L’étalonneur Fred Bernadicou est séduit par l’usage du Color Science Reveal (LogC4). « La Arri restitue les couleurs très fidèlement. La profondeur du signal est très agréable. Dans les noirs, on a des possibilités incroyables de manœuvre, du charbon au noir intense. »

 

Préparation énorme

Pour monter en qualité, la préparation a été poussée. « L’avant-tournage a été une expérience extraordinaire », se remémore Claire de La Rochefoucauld. Tous les corps de métier ont été impliqués pour déterminer l’esprit technique et artistique du feuilleton. Le chef opérateur Aurélien Devaux a apprécié cette « approche beaucoup plus perméable que d’habitude entre les différents postes : production, postproduction, décoration », ponctuée de nombreux essais. « Cela a vraiment été excitant de pouvoir nous exprimer sans être retoqués. On s’est sentis libres de rechercher l’image que l’on voulait. » Il est allé jusqu’à monter le matériel caméra en postprod pour établir une Lut collective : une image assez dorée, avec des noirs assez bleutés et de hautes lumières assez chaudes « qui ont vite tendance à cramer ».

Claire de La Rochefoucauld loue cette démarche des commanditaires. « Notre métier, c’est de faire une maximisation sous contrainte. Une vraie préparation permet de gagner du temps, de l’argent, de l’efficacité. Et donc avoir plus de plaisir à travailler ensemble ! »

 

Optimisation technique

Finie, la régie reliée au studio limitant les marges d’action. Seul producteur, Newen a dépoussiéré le process technique, mélangeant spécialistes du feuilleton et nouveaux regards.

« On s’appuie sur le savoir-faire des personnes déjà en place, qui maîtrisent le rythme, les logiques spécifiques de production. Mais il était important d’intégrer de nouvelles personnes, avec des parcours différents », explicite Clémentine Planchon. Le feuilleton mobilise 120 techniciens par jour à Marseille, parmi un pool de près de 600. Il n’en faut pas moins pour tenir ce rythme effréné. Une équipe studio et une « extérieure » tournent chacune l’équivalent d’un épisode par jour. En studio, huit séquences sont réalisées en neuf heures, contre six en huit heures à l’extérieur.

« La fabrication se fait en un temps record : on compte à peu près trois mois de l’écriture au PAD », soutient la productrice. Le tout dans une ambiance étonnamment sereine. « Quand on m’a indiqué le nombre de minutes utiles par jour, j’étais complètement affolé », se souvient Aurélien Devaux, plus habitué aux longs-métrages. « En fait, la machine est tellement bien huilée que le premier jour n’a pas été si catastrophique que ça ! » Cela passe par une priorisation des séquences : certaines sont plus appuyées que d’autres. « Parfois, on lâche un peu sur la technique », admet Claire de La Rochefoucauld. « Des plans simples qui prennent peu de temps expliquent pas mal de choses. Par contre, on ne lâchera jamais sur le jeu ! »

 

Lumière : cap sur le soleil

Pour le bar, la réalisation a demandé l’éclairage par un intense soleil extérieur. « Le résultat est très joli », convient le chef opérateur. Toute l’ambiance lumineuse a été imaginée en relation avec les décorateurs. « C’est super agréable, car on a pu voir les décors sur plans », certifie Aurélien Devaux. « Il était possible de proposer des ouvertures, comme des fenêtres, en imaginant les axes possibles. »

Le challenge, c’est d’harmoniser lumière naturelle et studio car, à la différence du soleil éternel de l’ancienne place Mistral, ici, il peut ne pas faire beau ! « C%%