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Le 1er septembre dernier, la chaîne inaugurait ses locaux en présence du Prince Albert de Monaco. © Eric Mathon - Palais Princier

TVMonaco, une généraliste nouvelle génération

 

Avec une ligne éditoriale forte de quatre grands piliers – l’environnement, l’actualité, le sport et l’art de vivre sur la grande Riviera – TVMonaco est une chaîne innovante, engagée pour la protection de notre planète et résolument tournée vers le monde qui donnera, dorénavant, rendez-vous à son public 24/24h, 7/7 jours en linéaire et sur sa plate-forme digitale. Un entretien avec Sylvain Bottari, directeur des technologies et de l’antenne de TVMonaco.

 

Mediakwest : Pour commencer, pourriez-vous nous relater en quelques mots votre parcours et la genèse de TVMonaco. Comment ce projet est-il né ?

Sylvain Bottari : J’ai rejoint la structure TVMonaco il y a tout juste un an, en septembre 2022, après avoir travaillé seize ans durant au sein du groupe TF1 où j’ai été amené à assumer différentes responsabilités. J’ai notamment passé sept ans à Monaco dans le cadre de mon poste de responsable technique et informatique du site de la principauté qui abrite la régie de diffusion de TMC et de TFX. Je suis reparti en 2019 à Paris, pour devenir responsable du trafic/MCR du groupe TF1, autrement dit la gestion des arrivées et départs des signaux. J’étais en outre responsable de l’exploitation technique de LCI. Au printemps 2022, j’ai été contacté. Étais-je intéressé pour participer à la création d’une chaîne « ambitieuse », une chaîne publique d’un pays, la principauté de Monaco ? Je connais bien Monaco et son environnement que j’ai pu parcourir dans le cadre de mes différentes fonctions à TF1, à savoir la production, la diffusion, les transmissions, la distribution, la contribution, y compris la gestion d’un site et le management. Une telle opportunité et un tel challenge ne pouvaient pas se refuser.

 

Et vous vous êtes lancé…

Sylvain Bottari, directeur des technologies et de l’antenne de TVMonaco. © DR

J’ai vraiment démarré d’une feuille blanche. Les premières réflexions sur le choix du bâtiment avaient eu lieu avant mon arrivée, les 1 200 m² avaient d’ores et déjà été trouvés à la principauté pour nous héberger. Le projet était dans une phase de design, il nous fallait dessiner des plans pour savoir où installer tel plateau, telle régie, les salles de montage, les loges de maquillage, un open space, etc. Si je me souviens bien, à mon arrivée, nous étions moins de cinq personnes. Je dois dire que cet esprit start-up m’a attiré. Si l’on s’en tient à l’aspect infrastructure audiovisuelle, l’une de mes premières missions fut de prendre un crayon et de travailler sur un cahier des charges, technique et informatique, pour exprimer les besoins attendus dans le cadre du projet. Créer TVMonaco, une chaîne généraliste avec toutes les composantes d’une chaîne de télévision, de la captation à la distribution, en passant par la production, la diffusion, toutes les briques sont concernées, depuis le terrain jusqu’à la livraison du signal chez les téléspectateurs.

 

Combien de temps vous a-t-on accordé ?

Nous avons disposé d’un temps extrêmement réduit pour rédiger le cahier des charges. Dès le départ, il avait été entendu que nous devions être à l’antenne le 1er septembre 2023. J’ai eu beau essayer d’expliquer que quelques mois de plus m’auraient facilité la tâche et sans doute aidé à tout consolider, mais il n’était pas possible de décaler cet engagement. Ce fut un véritable challenge d’autant qu’en 2022 d’énormes questionnements sur les problématiques de délais d’approvisionnement, liés à la crise des composants électroniques, ont fait l’actualité. Ce qui a eu des conséquences sur la partie IT, les serveurs, les composants broadcast, mais aussi sur les gros composants quelque peu structurants dans notre quotidien, à savoir la climatisation et l’énergie. Or, cette sécurisation électrique et environnementale constituait une partie importante du projet. Entre-temps, mon autre challenge immédiat était de recruter, d’étoffer mon équipe. Au mois de novembre, j’ai trouvé mon bras droit, avec qui j’ai finalisé le cahier des charges en décembre. Nous l’avons envoyé juste avant Noël à quatre intégrateurs.

 

Et qu’ont-ils répondu ?

L’un n’a pas donné suite, trois ont répondu, dont deux qui ont décidé de s’allier : Qvest et CVS Engineering. Les approches du premier et des deux autres différaient totalement dans leurs réponses : l’une, orientée vraiment nouvelle technologie, était basée sur le ST2110 ; l’autre (Qvest-CVS), était plus traditionnelle, mais évolutive à travers du 12G-SDI (donc UHD ready). Le choix fut difficile ! De mémoire, nous avons tranché vers le 27 janvier et défini un lauréat. Du coup, nous avons décidé de partir avec CVS et Qvest sur cette aventure. Nous sommes encore en fin de phase de projet et en train d’atterrir petit à petit pour basculer dans le mode support et maintenance. Entre le mois de février et maintenant, tout est allé très vite.

 

Quelques étapes de la réalisation du plateau de TVMonaco, le tout dans un délai record. © DR

 

Quand a été donné le premier coup de pioche du bâtiment ?

Le 2 janvier dernier. Les retards bâtimentaires étaient impossibles, mais évidemment j’avais travaillé un plan B que j’avais inscrit dans notre cahier des charges, une porte de sortie en cas de difficulté. Nous avons envisagé de faire appel à nos intégrateurs pour une diffusion depuis le cloud, de passer par un prestataire pour un plateau en local sur Monaco pour la partie de direct. Au fur et à mesure des comités de projet, nous avons néanmoins eu la certitude que notre plan A était viable, que le matériel avait été reçu à temps.

Au mois de mai, la grosse phase usine a été effectuée dans les locaux de CVS à Meudon, nous sécurisant sur le fait que nous disposions du matériel nécessaire pour démarrer « on prem ». Nous sommes partis sur le plan A mi-juin après un comité stratégique. L’un des enjeux était effectivement la mise à disposition des locaux. À compter du 1er juin, voire un petit peu avant, nous avons construit notre petit data center avec Schneider Electric, notre partenaire pour un système assez ingénieux, lequel tenait compte des aspects environnementaux chaud-froid pour optimiser la circulation d’air. Nous disposons d’une vingtaine de baies réparties en deux rangées qui ont été installées entre mi-mai et début juin.

Le premier lundi de juin, sont arrivés sur site nos deux intégrateurs qui ont démarré l’installation, la mise en baies, le câblage. Ceci en cohabitation avec les ouvriers du bâtiment, ce qui ne facilitait pas les choses, mais nous n’avions pas le choix ! L’autorisation de rentrer dans les locaux ne s’est faite que le 25 juillet. Le 7 août, les équipes étaient en place, nous avons donc disposé de trois à quatre semaines seulement pour la prise en main des locaux, le training, les JT zéro. Forcément, il y a eu des surprises d’interaction entre les outils parce que, au-delà de ces projets, il y avait aussi le choix d’un trafic system avec Mediagenix What’s on et de la plate-forme digitale Okast qui sont venus s’imbriquer ; les choix IT bien évidemment, tout le socle informatique pour le corporate, mais aussi la cybersécurité. Tous ces projets ont été menés en parallèle du gros chantier que je viens d’évoquer.

 

Vous êtes sur un seul plateau ou disposez-vous de plusieurs niveaux ?

Nous opérons sur un seul niveau de quelque 1 200 m² doté d’un grand open-space qui accueille une cinquantaine de collaborateurs. Nous disposons de sept bureaux fermés de 30 à 40 m² qui accueillent la direction générale, l’informatique, le juridique et la rédaction. À cela, s’ajoute une grande salle dite salle du conseil d’administration, mais qui sert aussi aux grandes visio et réunions. Nous offrons un salon « VIP » où nous accueillons nos invités et qui sert parfois de salle de réunion avec un espace-canapé dans lequel on peut aussi plugger un dispositif pour faire des réseaux sociaux, du digital avec trois caméras. Tous les relais de câblage ont été mis en place, ils peuvent interagir avec le plateau. L’un de nos autres bureaux sert de cockpit de supervision maintenance support, avec un système de supervision PRTG qui a été mis en place et intégré par TVMonaco avec l’aide d’un consultant. Ceci nous permet de bénéficier des remontées d’alarme en temps réel de façon assez pointue et nous aide sur les gestions du support au quotidien. Nous disposons de sept salles de montage équipées en Adobe Premiere qui accueillent monteurs et journalistes préparant leurs sujets news et sports. Ces salles servent aussi à préparer les bandes annonces et éventuellement des productions. C’est également dans ces salles que l’on traite toute l’infographie.

 

Le plateau, entièrement équipé de PTZ et de robotique Tecnopoint, joue l’esprit naturel et a un côté pour les interviews autour d’une table centrale et un autre plus pour des talks en pied. © CVS Engineering 2023

Comment se présente votre grand plateau ?

De 160 m² de superficie, il est découpé en deux avec un rail robotique Tecnopoint au milieu. J’ai mené en parallèle la construction de ce plateau avec un consultant dont je me suis entouré, Evan Lourenço. Il nous a proposé un super projet qui répondait à notre cahier des charges et l’esprit de la chaîne, alliant le minéral et végétal, avec un esprit bois, effet marbre. Derrière, c’est du plastique recyclé qui a servi à ce décor. Nous ne voulions pas d’un plateau avec seulement du mur Led, comme sur d’autres chaînes, en particulier d’info. Nous voulions afficher une identité propre notamment à travers le design de la table.

Sur un côté du plateau, nous pouvons accueillir à table six invités et un présentateur. De l’autre côté, se trouve une zone « debout » qui sert d’espace didactique. Des journalistes y présentent des informations sur l’écran Led. On peut aussi opter pour une position face à face avec deux ou trois personnes :  présentateur et invités assis pour du one-to-one. Tout cela fonctionne bien. Deux caméras sur le système robotisé peuvent aller soit d’un côté, soit de l’autre du plateau pour une meilleure optimisation. Ce sont des UE160 Panasonic qui sont toutes utilisées en remote depuis un poste de téléréglage en régie de prod.

 

Justement comment se présente votre régie de production ?

Elle comprend deux rangées, une technique et une éditoriale, de façon assez classique avec un réalisateur sur son mélangeur Sony G1 dont nous sommes avec le recul très satisfaits, un poste synthés/ diffusion, un poste téléréglage vision mutualisé robotique. Sur la deuxième rangée, une position de production, une position chef d’édition, une position rédac chef. Tout cela évidemment modulable selon la taille de la production à réaliser. Toute notre infrastructure de production fonctionne en 1080p50. Ensuite, à part, mais avec une vitre que l’on peut ouvrir entre les deux si l’on souhaite s’immerger dans la production, nous avons le trafic MCR avec toute la gestion des arrivées-départs, des commutations de grille vidéo, un mur d’images dédié à ce trafic qui gère tous les ingests pour le sport, l’info.

Nous sommes reliés occasionnellement à des sites monégasques pour des prestations ponctuelles, au réseau Globecast OCCAM pour échanger avec les différentes chaînes de télévision et à TV5 Monde à qui nous livrons notre JT. Nous travaillons beaucoup avec la norme SRT. J’ai en effet souhaité mettre en avant cette techno, qui me paraît désormais mûre à la fois pour la contribution et la distribution, parce qu’il est difficile, aussi loin de Paris, d’être relié sur des réseaux dédiés ou très coûteux. Aujourd’hui, cela fonctionne bien. Pour la partie distribution, nous travaillons avec EasyTools qui nous permet de mettre à disposition nos signaux sur des data centers à Telehouse 2 et à Interxion pour les distributions vers les repreneurs.

 

La régie centrale, fleuron de TVMonaco. © CVS Engineering 2023

 

Comment fonctionne la régie finale ?

Elle est un gros morceau ! Un opérateur y travaille en trois-huit, nous sommes vraiment sur une optique 24h/24 de par notre ambition de distribution internationale, il faut à tout moment quelqu’un dans la chaîne. Nous avons prévu deux départs sur notre régie finale, sécurisée bien sûr. À chaque fois, nous trouvons le principe de la chaîne A et B. Nous avons actuellement un « départ Monaco » qui est cantonné à être distribué vers Monaco Télécom et qui nous permet justement de diffuser, par exemple, des événements sportifs se déroulant à Monaco mais pour lesquels nous n’avons les droits que sur le territoire monégasque . Nous avons un « départ international » pour le reste des réseaux, à savoir la TNT locale à travers l’émetteur du mont Agel qui est opéré par Monaco et la société MMD, et les repreneurs IPTV ou OTT français et internationaux. Nous sommes déjà distribués sur Free, CanalPlus, Molotov ; nous finalisons des accords avec les autres opérateurs. Notre signal vient également tout juste d’être déployé par satellite sur Astra1 et également MonacoSat via une liaison vers SES. Nous déployons les autres vecteurs de distribution petit à petit en parallèle avec les aspects contractuels et commerciaux.

 

Concernant les choix techniques, c’est l’offre couplée Qvest-CVS que vous avez finalement retenue. Y a-t-il des innovations dans la chaîne ? Il me semble que vous disposez d’une grille Ross Ultrix FR 12, une de premières déployées dans le monde ?

Il m’avait été demandé d’innover, mais pas d’« innover pour innover ». Je me devais de trouver des solutions optimisées par rapport à notre fonctionnement, toute en maîtrisant nos ressources humaines limitées. Nous ne sommes pas France Télévisions en termes d’effectifs, pour autant nous assurons quelque peu la même typologie de grille de programmes. Alors oui, il y a de l’innovation dans la réponse et la grille en constitue un parfait exemple. Nous avions été le premier client en exploitation sur la FR12 de Ross qui était dans la continuité de la gamme Ultrix et qui est d’ailleurs justement compatible avec des cartes IP2110 à terme. Nous allons pouvoir nous entraîner à faire des PoC dès que nous aurons sorti la tête de l’eau, commencer à nous former sur cette nouvelle techno pour évoluer dans la douceur lorsque ce sera nécessaire. Certes, nous avons dû faire face à quelques points un peu difficiles au début, mais que nous avons vite résolus grâce à l’expertise de CVS et au support de Ross. Notre broadcast controller Cerebrum EVS intégré finement par CVS nous aide également au quotidien pour piloter nos outils de façon optimisée et notamment cette grille.

 

D’autres aspects innovants ?

Le choix du Media Asset Management qui est à la fois MAM, NRCS, et qui comprend des fonctions de montage. Nous sommes sur NXTedition, un outil plutôt innovant qui gère aussi toute la partie ingest, diffusion vidéo et habillage synthé, notamment à travers la brique CasparCG. Ce produit nous a été proposé par Qvest, il m’a séduit d’emblée. Nous sommes allés à Zurich visiter la chaîne Blick TV qui l’utilise. En échangeant avec les journalistes, j’ai compris qu’ils s’étaient formés à l’outil en quelques semaines seulement, ce qui fut pour moi un gage de de sécurisation. Nous-mêmes devions faire en sorte de former nos propres journalistes, nos équipes éditoriales, en quelques jours ! Ce système « story-centric » tout-en-un est ouvert à la simplification, à l’innovation, avec des exports vers le digital facilités vers les différents réseaux sociaux, une gestion des recherches qui n’est pas basé sur des arborescences comme on peut le voir chez Dalet ou Avid dans les MAM traditionnels.

Autre élément innovant en tant que tel : la décision de travailler avec deux intégrateurs qui ont cocontracté avec nous. Cela s’est très bien passé opérationnellement. C’était assez original comme façon de faire. Leur répartition des lots de la consultation a sans doute contribué au respect des délais

Coté production, je peux également citer parmi les innovations la brique audio Artisto On-Hertz qui repose 100 % sur du software et nous sert pour le secours de la console son, la gestion des communications coordination et retours d’écoute en SIP, les traitements audio et l’automix pour notre cabine commentateurs.

Autre aspect innovant, le choix de la diffusion. Qvest a tout naturellement répondu avec sa brique maison Makalu qui est un mix entre du « on prem » et du cloud, ce qui nous sécurisait dans le cas du plan B que j’évoquais tout à l’heure. Nous aurions pu démarrer la diffusion dans le cloud parce que le système le prévoit. Aujourd’hui, il sert pour le Disaster Recovery (DR), nous l’avons exploité une semaine pour le recetter. Du coup, nous avons la possibilité de passer avec le même outil, la même IHM, du monde « on prem » au cloud, de façon quasi transparente pour les opérateurs. Avec quelques subtilités sur les décomptes de direct, en raison de la latence de l’encodage/ décodage des flux Live via le cloud mais c’est la même IHM, la même façon de travailler. On sauvegarde l’archive de nos contenus sur le cloud. Le DR fonctionne à froid, on l’allume si besoin et on alimente ensuite pour qu’il devienne en quelques minutes un secours avec une playlist basique. Ensuite, il devient la copie de ce qui était prévu en diffusion « on prem ».

 

Le grand open space de la rédaction de la chaîne. © DR

Vous n’avez pas pris l’option du « tout cloud »…

Nous aurions pu décider de démarrer à zéro, de tout faire dans le cloud. Nous avons décidé d’évoluer vers le cloud de façon raisonnée et cohérente par rapport à notre projet. Ce fut un vrai choix. Nous avons réussi à trouver je pense le bon compromis pour démarrer, à savoir certaines briques. Il y a la brique d’habillage antenne par exemple qui est dans le cloud, intégrée à travers Makalu. Il y a cette notion de DR et de stockage des fichiers, la partie plate-forme digitale évidemment : toute la partie CDN et la partie stockage des médias VOD encodés qu’on va mettre en œuvre dans les prochains jours. C’est aussi du cloud derrière. Une partie de l’IT aussi, avec toute l’infrastructure Mediagénix, mais aussi Office365 et Azure AD, et une étude en cours pour les sauvegardes propres à l’entreprise à travers le cloud souverain (Monaco Cloud). Nous avons réussi le bon dosage pour nous y retrouver en termes de contrainte budgétaire et de facilitation. Il est vrai qu’AWS nous a bien accompagné et éclairé sur tous les services cloud. Des compléments viendront plus tard, notamment pour les documentalistes, peut-être de l’intelligence avec des solutions comme Newsbridge qui sont à l’étude pour optimiser l’ensemble. L’intelligence artificielle peut vraiment nous aider, nous réfléchissons sur la partie documentation et la façon dont on indexera nos contenus.

En résumé, sur ce projet, nous avions trois énormes challenges à respecter : temps, ressources humaines et budget. Trouver une équipe en quelques mois côté exploitation, projet, support, et côté IT, bâtiment, broadcast, ne fut pas évident. Le marché est tendu et nous sommes bien loin du cœur de l’audiovisuel français. Nous sommes donc encore en cours de recrutement, nous finalisons la partie support, mais toute l’équipe d’exploitation est en place. Nous employons aussi des intermittents du spectacle qui nous aident à compléter nos vacations en terme de planification. L’enveloppe budgétaire avait été définie à l’avance, votée par Monaco. Toute la difficulté consistait à parvenir à quelque chose d’ambitieux, de pro, qui ne ressemble pas simplement à une chaîne locale, mais soit vraiment une chaîne premium nationale, à vocation internationale en terme de distribution. L’exercice fut à la fois difficile et passionnant !

 

De quoi se compose la grille de programmes ? Des news, du magazine, des reportages, de la fiction… ?

Nous ne diffusons pas encore de fictions, ça viendra peut-être, on ne s’interdit rien. Nous comptons principalement sur des acquisitions et productions de magazines et de documentaires. Nous nous inscrivons dans les quatre piliers présentés au niveau éditorial : environnement, art de vivre-lifestyle, news et sport. Nous avons accompli un gros travail pour conclure des acquisitions autour de ces piliers. Nous avons aussi de la production interne et de la coproduction. C’est vraiment un levier important sur lequel nous voulons mettre le paquet dans les mois à venir. Nous voulons produire davantage en interne, proposer des documentaires inédits qui correspondent à ces piliers et que nous pourrions proposer par la suite à d’autres repreneurs ou à TV5 Monde. Et effectivement nous produisons un JT tous les jours en direct à 19h15, lequel est aujourd’hui un peu le rendez-vous de la chaîne. Ce JT est mis à disposition de TV5 Monde et diffusé sur son antenne en soirée. Nous produisons en outre un magazine de sport qui est diffusé tous les samedis et dimanches à 18h15, en direct également. Finalement, nous faisons du direct tous les jours et nous comptons accroître ces tranches de direct.

Autre événement majeur de notre grille : la matinale de 8h à 9h produite actuellement à l’extérieur sur Monaco. C’est un événement important avec de beaux invités tels que cette semaine Gad Elmaleh ou Carole Bouquet. Nous avons d’ailleurs monté un best of de cette matinale qui sera à disposition de TV5 Monde tous les week-ends pour sa grille de programmes, a priori dès cet automne.

 

Et en ce qui concerne la régie pub ?

C’est prévu en 2024. Notre priorité est de faire connaître la marque, communiquer sur TVMonaco, connaître notre audience. Une plate-forme digitale sera mise en ligne de façon imminente. Les inscriptions nous permettront de mieux saisir notre public. Une fois que nous aurons travaillé cette base, nous nous attellerons à la partie régie publicitaire avec les outils qu’elle implique. Nous nous sommes donnés quelques mois, voire un an, pour mettre cela en place, le temps de stabiliser une audience. Ce qui ne nous empêche pas dès maintenant de compter quelques annonceurs ou partenaires avec lesquels nous faisons des échanges de visibilité. Une publicité tourne déjà à l’antenne. Nous faisons aussi du parrainage.

 

À combien s’élève le budget ?

Bonne question. Le budget global de la chaîne a été annoncé dans la presse et se situe entre 13 et 15 millions d’euros, je crois. Évidemment, moi j’avais beaucoup moins ! Sur mon périmètre, nous sommes plutôt dans les 4 millions d’euros, tout compris, les parties plateau, infrastructure broadcast et IT, liaisons etc. Un budget très resserré qui nous a obligés à cogiter, être ingénieux, trouver le bon équilibre, mettre le paquet là où c’était nécessaire et se dire parfois que sur tel ou tel point il nous fallait travailler autrement. Je pense que nous avons opté pour les bons choix. Nous avons démarré le 1er septembre dernier comme prévu, malgré toutes les difficultés. Évidemment, les dernières semaines ont été chargées pour tout le monde ! La journée fut hautement symbolique ; nous avons accueilli le prince Albert II de Monaco qui a salué toutes nos équipes, inauguré l’antenne en régie et lancé la chaîne. Un événement marquant pour nous tous !

 

D’autant que des lancements de chaînes de cette ampleur on en voit de moins en moins…

Surtout avec ce côté chaîne publique qui représente un État. Le fait de démarrer en petite équipe resserrée nous a aidés en termes de cohésion, d’ambiance. C’est ce collectif qui explique que nous soyons parvenus au résultat présent. Nos relations fortes de ces douze derniers mois nous ont soudés pour longtemps. D’autres personnes sont arrivées en cours de route, elles arrivent encore aujourd’hui. Je remercie grandement toute l’équipe technique et antenne de TVMonaco pour son implication et les prestataires qui ont travaillé avec acharnement tout l’été.

 

Aimeriez-vous ajouter un point ?

Oui et cela concerne l’environnement que j’ai déjà un peu évoqué. Depuis le début, nous nous soucions du côté écoresponsable des entreprises avec lesquelles nous travaillons. Qvest appartient à un groupe qui dispose d’une fondation agissant en faveur de l’environnement. Cet aspect est partie intégrante de notre cahier des charges, traduits opérationnellement dans nos choix techniques (écrans et éclairage de notre plateau sont full Led…)

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #54, p. 122-131