Fondé et dirigé par Cedric et Dave Decottignies, ACFX n’est pas resté inactif pendant les confinements. Passionnés et visionnaires, les deux frères ont profité de cette pause imposée par la pandémie pour développer Vision, un outil de prévisualisation en streaming utilisé notamment par la plate-forme Prime Vidéo sur le tournage de Flashback en ligne depuis le 11 novembre dernier. Si la société ACFX a simplement donné un petit coup de main lors du tournage de ce film, les VFX ont été réalisés par la société parisienne, la Compagnie Générale des effets visuels (dirigée par Alain Carsoux), notamment dans le studio de la Plaine Images (Tourcoing).
Dans ce lieu que ACFX gère en partenariat avec Transpalux, le premier long-métrage de Caroline Vigneaux, produit par Légende Films, est arrivé sur le plateau. Cedric Decottignies, président et fondateur non seulement d’une société de postproduction de VFX avec son frère, Dave, mais aussi à l’origine du logiciel, nommé par ses créateurs Vision, explique : « C’est un système de streaming et de record en temps réel. On peut diffuser partout dans le monde en temps réel ou avec un décalage de vingt secondes, les deux options ont été implémentées dans Vision. Cela permet, si le réalisateur ne peut pas être sur le plateau, de communiquer avec le chef opérateur qui est sur le plateau, grâce à un système de visio intégré à l’application. Il voit ce qui se passe sur le set, ce qui est filmé et peut donner ses consignes en temps réel ».
Cette option, dépendant de la qualité du réseau, en décalage, est suffisante pour les besoins de supervision de la production que veulent les plates-formes. « Habituellement les producteurs américains visitent une, deux, trois fois les tournages afin de s’assurer de la qualité de l’image, du travail, des rendus… Avec ce système de streaming, la qualité de l’image peut être poussée en HD, sans perte. Quand on est à Los Angeles, la mise en tampon de vingt secondes, n’a que peu d’importance. Vision est vraiment un outil qui permet aux producteurs et réalisateurs de travailler ensemble à distance. », poursuit-il.
C’est après le premier confinement, en mars 2020, qu’Amazon contacte les deux frères, leur proposant d’utiliser une technologie américaine de supervision en temps réel à distance sur le projet signé, les Américains ne pouvant pas venir en France. Cedric Decottignies se rend sur place et comprend rapidement que la technologie proposée n’est pas au point, entre le bruit du serveur et la lourdeur d’utilisation. Il présente alors leur outil développé en interne. « Non seulement, il fonctionne en 4G mais il est silencieux », reprend-il.
Après une démonstration in situ, Amazon est séduit. Un mois après, ACFX fort de ses développeurs maisons, est alors à même de sortir ce logiciel : Vision est alors né. « Il a été utilisé sur Flashback, les plates-formes sont très friandes de Vision, même si certaines productions indépendantes commencent à s’y intéresser… même si les budgets sont rarement fléchés sur les propositions numériques », ajoute-t-il.
Il faut dire que côté techniciens, l’utilisation de Vision peut être perçue comme une contrainte, voire une surveillance à distance. « Ce n’est pas la philosophie de Vision. Quand plusieurs personnes étaient écartées du plateau à cause du Covid, elles pouvaient suivre sur leur téléphone le tournage en temps réel ou avec vingt secondes de décalage. À ce que proposent nos concurrents, nous avons ajouté les records en temps réel. À partir du moment où le réalisateur dit : “Coupez!”, les replays sont instantanément disponibles sur site et dans une minute maximum après dans le monde entier, selon la connexion ».

Au début du tournage de Flashback, ce logiciel a été mal perçu par les techniciens et qualifié d’outil de surveillance par les plates-formes, Cedric Decottignies étant même surnommé l’œil de Moscou (de L.A. en l’occurrence)… « Mais rapidement et en accord avec l’ingénieur du son, je leur ai expliqué la technologie, le système, ce dernier n’était ouvert que lorsque les scènes étaient tournées et pas pendant les préparations. Nous sommes d’ailleurs en train de développer un système qui brouillera son et image dès que la caméra ne tourne pas. La production verra une image floutée sans son pendant les moments où il n’y a pas de prise de vue », indique-t-il. Cela garantit l’anonymat sur le plateau, tout en sécurisant les producteurs.
« Nous faisons évoluer l’outil avec les réflexions recueillies sur les tournages. Nous sommes à sa troisième update », glisse-t-il. Désormais Vision tourne tout seul, une fois le fonctionnement détaillé aux assistants caméra. « C’est un principe de location de licence du logiciel le temps du tournage. Le tout, replays et rec., est ensuite stocké sur une plate-forme pour la postprod. Le réalisateur peut, en se connectant sur Vision, revoir les plans tournés, les commenter, écrire et dessiner sur les plans, les exporter sur la postproduction, etc. L’objectif est à terme de pouvoir mutualiser ce service avec d’autres applications pouvant inclure directement des rapports des scripts. C’est d’ailleurs un des nouveaux chantiers d’ACFX. S’il existe déjà des logiciels utilisés par ce poste clé qu’est le ou la script, ceux-ci exportent soit des fichiers textes, soit des PDF. Notre travail en postproduction et en VFX nous amène à simplifier le travail en pré-production, afin que toute la chaîne soit fluide. Nous venons de récupérer des VFX à réaliser sur deux films pour des plates-formes. Les studios ont fermé et nous nous retrouvons à devoir sauver des films car ces sociétés ont mal géré. Notre objectif est de proposer des solutions utilisables au quotidien, tout en permettant une meilleure communication tout au long du projet, et d’arriver à la postproduction en étant impliqué dès le début », reprend Cedric Decottignies.
Lequel regrette que ce soit encore compliqué, que les productions n’aient pas encore pris l’habitude que les VFX soient pensés dès le début du projet. « Nous nous calquons sur le modèle américain. L’objectif est que les VFX soient impliqués dès l’écriture du scénario. Tous les outils que nous développons sont pour qu’il y ait gain de temps et donc d’argent », glisse-t-il.
Dans l’absolu, via ce système, une production pourrait envoyer les images au laboratoire de VFX et avoir un retour quasiment en temps réel, et ainsi aller plus vite tout en ayant une garantie de résultat validé. « Tous nos outils sont développés afin de permettre une liberté plus grande grâce notamment à cette prévisualisation en temps réel. » Côté studio de VFX, ACFX a passé les certifications afin d’être référencé sur les plates-formes.
En attendant, la société, qui existe depuis dix-sept ans, a commencé à rencontrer les gros studios que ce soit Mikros, la CGEV, etc. Elle espère pouvoir travailler en partage de plans avec ces entités parisiennes : « Cela va amener des points de vue différents et de nouvelles façons de travailler. » Son regret est que les VFX ne reçoivent aucun soutien régional.
Malgré tout, la société continue son développement, même si au moment du premier confinement, elle venait de terminer son dernier projet VFX et s’est trouvée sans travail. « Nous avons passé ce temps à développer Vision puisque nous avions du temps libre ! Cela nous a permis de rebondir et d’être sur les plateaux dès la réouverture pour qu’enfin les professionnels nous découvrent, même si nous sommes dans le Nord. »
Parallèlement à Vision, a aussi été développée par Cedric et Dave Decottignies, épaulés par une équipe de développeurs, une application pour scanner les QR Codes afin d’alléger le travail au quotidien des référents Covid et de la régie, présents désormais sur les tournages. « Cela permet de faciliter le travail de la régie. C’est un outil permettant de sécuriser les données et de fluidifier ces actions, de dégager du temps aux régisseurs sur les tournages. Nos outils ne sont là que pour automatiser des tâches peu intéressantes et chronophages et redonner du temps pour des actions plus créatives », précise-t-il.
De même, il met en avant le besoin actuel de sécuriser les plateaux « entre le wi-fi, les téléphones, les ordinateurs, la problématique actuelle est la perte de données potentielle (échange de photos, vente de rushes, etc.). Nos données sont cryptées mais il y a une vraie pédagogie à faire notamment auprès des producteurs ». Reste maintenant à finaliser cette application afin qu’elle soit disponible pour tous les tournages.
Maintenant que Vision commence à faire son petit bonhomme de chemin sur les tournages, ACFX s’est remis à son cœur de métier et travaille aux VFX de deux longs-métrages. Dans leurs cartons, les deux frères ont aussi un projet de long-métrage en tant que producteurs et un comme réalisateur. On parie que messieurs Decottignies n’ont pas fini d’inventer de nouveaux outils afin de rendre encore plus fluides et sécurisés les à-côtés des tournages. « Les ambitions et les projets sont là. Nous avançons à notre rythme », conclut-il.
Article paru pour la première fois dans Moovee #10, p.66/68