Les fichiers des caméras gagnent en dimension et en débit, on traite aujourd’hui souvent plusieurs flux en multicam, parfois du Raw 8K, ce qui crée des contraintes évidentes de performances. Les logiciels sont ainsi régulièrement mis à jour et enrichis de nouvelles fonctionnalités, destinées à rendre l’expérience utilisateur toujours plus intuitive et facile, afin de rendre le montage accessible à tous mais aussi de laisser libre cours à la créativité des experts.
Pour analyser ces évolutions regardons en détail quelles sont les nouveautés dans les quatre principaux logiciels : Avid Media Composer, Adobe Premiere Pro, Apple Final Cut Pro et Blackmagicdesign DaVinci Resolve.
Avid Media Composer
Avid est la société de montage virtuel historique, référence sur le marché professionnel depuis des décennies. Au fil des années, Media Composer a résisté à la concurrence et gardé ses adeptes, notamment grâce à ses solutions globales collaboratives développées pour les workflows de grande envergure. Avid a su s’adapter aux tendances du marché, en proposant depuis quelques années une version simplifiée gratuite, à l’image de Resolve, accompagnée de solutions d’abonnements, comme Adobe, aux tarifs variant en fonction du type de workflow envisagé.
Avec sa version 2021.6, indiquant la date de sa dernière mise à jour, Media Composer continue d’évoluer, dans le but de rendre l’expérience utilisateur plus confortable et plus rapide. L’organisation des éléments dans les chutiers est plus aisée, on peut afficher la durée totale d’une sélection de rushes sans avoir besoin de les faire glisser dans une séquence. La navigation entre espaces de travail est plus efficace, tout comme celle dans la timeline, avec une tête de lecture qui suit le défilement de manière plus évidente et des raccourcis pour accéder rapidement aux keyframes audio. Media Composer peut désormais faire apparaître automatiquement des textes d’Avid Titler+ sous la forme de notes en overlay, exportables en liste EDL.
Mais au-delà de ces améliorations pour le travail du monteur, c’est la vitesse de workflow qui a été considérablement améliorée. Ainsi la puissance de calcul peut exploiter tous les ordinateurs connectés au système, pour distribuer les tâches de transcodages, renders ou exports auprès des différentes machines et ainsi tirer parti des performances du parc entier pour un gain de temps considérable.
Avid continue ainsi de satisfaire son public haut de gamme, nécessitant des workflows performants pour traiter efficacement de gros volumes de données, constitués de rushes exigeants.
Adobe – Premiere Pro
À presque trente ans, le logiciel de montage d’Adobe est en pleine maturité. La suite d’applications créatives avait été complètement repensée il y a une dizaine d’années pour mettre la vidéo au centre de son écosystème, où elle est désormais bien implantée. L’instauration de l’abonnement au Creative Cloud a surpris à son arrivée mais a vite conquis le marché avec un nombre toujours croissant d’adeptes, qui désormais s’initient au montage avec Premiere Rush et s’épanouissent avec Premiere Pro.
Avec sa dernière mise à jour, la 15.4, Adobe place clairement l’expérience du monteur au centre de sa stratégie en lui proposant des avancées qui vont grandement simplifier les tâches les plus pénibles. Parmi celles-ci, la génération automatique de sous-titres, rendus indispensables par la tendance générale des spectateurs qui visionnent les vidéos de manière muette dans 90 % des cas, et tâche particulièrement laborieuse pour les monteurs.
Premiere Pro est capable d’analyser une séquence, d’identifier les voix dans une dizaine de langues, de les transcrire à l’écrit puis de créer des sous-titres qui se positionnent directement au bon endroit dans la timeline. Ceux-ci sont modifiables avec des outils efficaces, exportables en fichier texte (finies les soirées de transcription des documentaires !) et on peut ajuster leur apparence sur la vidéo. Une véritable révolution !
En dehors de cette avancée majeure, le logiciel devient capable d’exploiter les puces Apple M1 pour gagner en puissance et donc en fluidité de travail. On note aussi une détection des périphériques audio pour basculer automatiquement les entrées et sorties, des améliorations dans le traitement des couleurs qui devient plus précis et un accent mis sur le travail collaboratif avec des projets d’équipe plus rapides.
Adobe a, en outre, acquis la plate-forme Frame.io, très utilisée pour partager et commenter les montages avec les clients et à lancé Adobe Camera to cloud qui propose un workflow 100% dans le cloud du tournage à l’édition.
On sent que l’équipe d’Adobe est à l’écoute de ses utilisateurs et sensible à leurs challenges liées aux nouvelles pratiques pour chercher à leur proposer des solutions et confier à l’intelligence artificielle les tâches les plus rébarbatives, afin que le monteur puisse se concentrer sur son processus de création.
Apple – Final Cut Pro
La levée de boucliers qui avait accompagné la sortie de Final Cut Pro X, en remplacement de la septième génération du logiciel tant plébiscitée, semble bien loin aujourd’hui. Désormais dans sa cinquième version, régulièrement mise à jour, le logiciel d’Apple fait partie des incontournables dans le monde de la postproduction avec son approche simplifiée et performante pour tous les utilisateurs.
Suivant les tendances du secteur, qui voit les fichiers de caméras devenir de plus en plus volumineux et difficiles à traiter, la génération de proxies gagne en performance pour réduire la taille des médias jusqu’à un huitième de celle d’origine, avec la possibilité de partager la bibliothèque dans le cloud pour collaborer avec d’autres monteurs, peut-être très éloignés géographiquement mais disposant d’un débit Internet suffisant.
Pour accélérer ces processus utilisant des fichiers complexes, potentiellement enrichis de nombreux effets, Final Cut Pro tire parti de toute la puissance des ordinateurs Mac équipés de la puce M1 et s’appuie sur le moteur Metal, qui a grandement gagné en efficacité pour la lecture des flux vidéo et le transcodage des fichiers.
Côté utilisation, l’organisation et le regroupement des plans en amont et dans la timeline sont plus aboutis pour pouvoir naviguer efficacement dans un grand volume de médias et même à l’intérieur de ceux-ci s’ils sont longs. Le multicam qui fonctionnait déjà très bien est devenu plus sophistiqué, la partie étalonnage s’enrichit de roues et de courbes plus poussées prenant en charge le HDR, très largement utilisé ces temps-ci. La bibliothèque de titres, transitions et effets, déjà conséquente, peut s’agrandir avec ceux créés dans Motion ou directement dans Final Cut Pro.
Le recadrage intelligent, qui était déjà présent dans Premiere Pro, a aussi fait son entrée dans Final Cut Pro pour décliner une séquence 16:9 en diverses versions carrées ou verticales adaptées au visionnage sur téléphone et donc aux réseaux sociaux, avec un repositionnement automatique des sujets et des textes dans le cadre qui fait gagner un temps considérable dans un processus devenu très fréquent.
L’accent est ainsi toujours mis sur le monteur, quelle que soit son expertise, pour lui permettre de créer les vidéos imaginées avec le plus de facilité possible.
Blackmagic Design – Davinci Resolve
Blackmagic Design compte désormais comme un des acteurs majeurs du monde de la postproduction. La compagnie, initialement spécialisée dans la captation, s’était fait une place tout d’abord en proposant une solution d’étalonnage performante avant de conquérir toute la chaîne de workflow, à savoir le montage, les effets visuels et les animations graphiques (avec Fusion), et l’audio (avec Fairlight).
La logique est la même que celle d’Adobe avec le Creative Cloud, mais ici tout est rassemblé dans un logiciel unique, pour gagner en facilité d’utilisation et en rapidité de travail. DaVinci Resolve a conquis un grand nombre d’utilisateurs, des débutants aux professionnels, notamment grâce à une version light gratuite et au tarif attractif de la version Studio complète.
Désormais à sa dix-huitième génération, le logiciel continue d’évoluer puisque la mise à jour comprend plus de cent nouvelles fonctionnalités et deux cents améliorations. Les principales, concernant la phase de montage, sont pensées pour suivre les évolutions de la production vidéo. Ainsi l’organisation et le visionnage des médias dans les chutiers est plus claire, avec notamment l’affichage des métadonnées depuis le Raw Blackmagic bien sûr, mais aussi des caméras Arri, Red et Sony, avec la génération de proxies facilitée. Il est possible de modifier les rushes avant de les monter, par exemple pour ajouter une Lut, remapper des pistes audio ou modifier une fréquence d’images.
La synchronisation de séquences multicaméras via l’audio se fait directement dans la timeline et les formes d’ondes sont zoomées pour faciliter la coupe des interviews. Le recadrage intelligent des séquences pour les adapter aux différents ratios devient présent aussi dans Resolve. Les outils collaboratifs multi-utilisateurs de Studio sont maintenant accessibles dans la version gratuite pour travailler à plusieurs sur le même projet en partageant des timelines et des chutiers.
Pour enrichir les vidéos tout en restant dans un workflow simplifié, les compositions créées dans la page Fusion peuvent être utilisées en tant qu’effets, titres ou transitions dans les pages Montage et Cut, sous l’influence sans doute des ponts créés entre After Effects et Premiere Pro ou entre Motion et Final Cut Pro.
La page étalonnage dispose de nouveaux outils dédiés suivant les tendances actuelles, avec un traitement approfondi du HDR, mais aussi des commandes primaires repensées et le tracking du Magic Mask devenu plus efficace grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Côté son, le moteur dernière génération Fairlight Audio Core combiné à l’architecture en bus FlexBus permet une gestion efficace, avec plus de commandes à la souris et au clavier, pour traiter jusqu’à deux mille pistes, pour peu que l’on en soit capable !
Tout est donc pensé pour simplifier l’expérience du monteur en suivant les contraintes de production actuelles, pour qu’il se concentre sur sa création plus que sur la technique.
On remarque qu’Avid reste fidèle à sa clientèle phare, à savoir les chaînes de télévision et les sociétés de production haut de gamme, en se concentrant sur les workflows et les contraintes spécifiques à ces types de produits. Les trois autres éditeurs, quant à eux, suivent les évolutions des créations vidéo de tous genres pour proposer aux monteurs des solutions leur simplifiant des tâches induites par les nouveaux modes de visionnage et de consommation des vidéos, notamment sur les réseaux sociaux, à l’exemple du recadrage automatique des séquences pour créer des déclinaisons verticales, ou la transcription et création automatique de sous-titres dans Premiere Pro.
La concurrence entre Avid, Adobe, Apple et Blackmagic Design est féroce pour toujours proposer de nouvelles fonctionnalités innovantes et des logiciels plus puissants dans la gestion de fichiers de plus en plus volumineux, pour la plus grande satisfaction des monteurs qui bénéficient ainsi d’outils toujours plus intuitifs et performants, qui leur permettent d’exprimer toute leur créativité.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #44, p. 64-66
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