Ces logiciels servent en priorité à diffuser des émissions live sur les plates-formes de streaming et les réseaux sociaux. Avec ce nouvel article consacré aux logiciels de mélange vidéo sur PC, nous poursuivons notre exploration des récentes évolutions des mélangeurs vidéo avec la généralisation du transport vidéo sur IP.
Après avoir fait le point sur les avancées récentes des standards ST2110, des protocoles NMOS et décrit l’écosystème construit autour du NDI – protocole de transport vidéo sur réseau local conçu par NewTek (lire le n° 38 de Mediakwest) –, nous abordons le domaine des mélangeurs vidéo sur ordinateur.
Au-delà des outils de mixage vidéo fonctionnant sur une architecture dédiée de type PC, comme les TriCaster de NewTek, les ViBox de Simplylive, le Dyvi d’EVS ou le très récent Kairos de Panasonic, sont apparus vers les années 2012-2016 des logiciels destinés à réaliser un mixage vidéo en direct et tournant sur un ordinateur standard. Ces solutions ont d’abord été conçues pour les fans de gaming qui souhaitent diffuser leurs exploits en direct sur des plates-formes de streaming comme Twitch ou YouTube. Grâce à la webcam intégrée, le joueur apparaît dans une mini-fenêtre d’où il commente sa partie. Doté d’un module d’encodage intégré, le flux est directement envoyé vers la plate-forme de streaming et les réseaux sociaux.
Les premiers logiciels, comme OBS (Open Broadcaster Software), vMix ou Wirecast de Telestream ont élargi au fil des versions leurs capacités en termes d’entrée/sorties mais aussi de fonctionnalités au point de devenir des outils de régie vidéo au-delà de l’univers du gaming. La mention du logiciel vMix commence à être citée régulièrement dans des chaînes TV pour établir des duplex, mettre en place des web TV ou remplir des fonctions annexes dans des régies de production.
Grâce aux interfaces réseaux des ordinateurs dont les débits montent régulièrement et aux accès à la fibre optique de plus en plus répandus, un logiciel de mixage vidéo démultiplie facilement le nombre de sources raccordables et « mélangeables », alors qu’un mélangeur traditionnel exigerait l’ajout de multiples boîtiers interfaces à moins de repasser par un ordinateur avec un logiciel de mixage vidéo ou de visioconférence.
Des smartphones et des webcams comme caméras
La présence d’un module caméra sur les ordinateurs portables et les smartphones démultiplie les sources de captation. Un simple logiciel d’encodage ou de MoJo (Mobile Journalist) permet de renvoyer les images en direct vers une régie. Ainsi, pour ses versions les plus performantes, vMix annonce pour son logiciel la capacité de configurer 1 000 entrées différentes.
Romain Desveaux réalise régulièrement grâce au logiciel vMix des retransmissions d’événements dans l’univers du gaming. Pour des épreuves de « speed run » – compétition de vitesse entre joueurs pour terminer le plus vite possible une partie – lors des poules de sélection, il récupère les flux transmis par une centaine de concurrents jouant simultanément chez eux. Il sélectionne les images de huit d’entre eux affichées en mode multifenêtre pour les diffuser en live sur YouTube.
De son côté, Florent Peiffer, avec sa société YouBlive, a organisé pour le lycée français de New York la retransmission d’une remise virtuelle de diplômes pour cent trente étudiants où chacun, confiné chez lui pour cause de Covid, s’est vu remettre à distance son précieux diplôme.
Ces deux exemples montrent la souplesse apportée par les logiciels de mélange vidéo pour des retransmissions avec une multitude de sources. Cela aurait pu être mis en place de manière traditionnelle mais avec des moyens beaucoup plus lourds.
Une palette très large de sources vidéo
Un mélangeur vidéo de type traditionnel est équipé d’entrées et de sorties vidéo HDMI et/ou SDI auxquelles sont connectées les sources et les destinations avec des câblages spécifiques. Y raccorder des sources d’images informatiques ou des appareils numériques, sans sorties vidéo dédiées, reste toujours une tâche compliquée exigeant l’installation et le câblage de boîtiers interfaces complémentaires. De leur côté, les ordinateurs sont dépourvus de connecteurs vidéo en entrée, mais ces dernières années leurs interfaces habituelles, USB3 ou USB-C, réseau Ethernet ou Thunderbolt, ont vu leurs performances croître régulièrement à tel point qu’il devient aisé d’y faire transiter des images vidéo sans dégradation importante.
Par ailleurs les réseaux sociaux et les plates-formes de VOD ont ouvert des services de diffusion en direct qu’il est facile d’alimenter depuis un ordinateur muni de logiciels d’encodage en streaming. Depuis quelques années, des éditeurs audacieux ont conçu pour le marché du gaming des logiciels de mélange vidéo pour retransmettre en direct les exploits des joueurs, mixer l’affichage plein écran du jeu, voir le visage du joueur commentant ses exploits, le tout agrémenté d’un habillage graphique plus ou moins exubérant.
Avec la montée en puissance des processeurs et en particulier des cartes graphiques avec leur GPU intégré, il devient tout à fait possible de concevoir un logiciel de mixage vidéo gérant plusieurs caméras, un ou deux lecteurs vidéo, des effets spéciaux avec de multiples couches de DVE, l’habillage graphique, l’enregistrement local du programme avec un mode divergé pour les sources et bien sûr l’encodage en streaming pour une diffusion sur l’un des multiples réseaux sociaux. Les trois logiciels les plus connus sont OBS, vMix et Wirecast mais il en existe une dizaine d’autres, chacun présentant des points forts et des limites pour un travail de production de qualité.
Après le lancement du logiciel, nulle trace d’un quelconque clavier de sélection comme sur un mélangeur dédié. Il faut configurer chacune des entrées et construire petit à petit son interface. Lors de l’affichage du menu de configuration des sources vidéo, l’utilisateur est surpris par la longueur de l’énumération des possibilités.
Pour les caméras traditionnelles câblées en SDI ou HDMI, il faudra ajouter soit une carte interface de type PCIe, soit un boîtier connecté en USB ou en Thunderbolt comme ceux proposés par Blackmagic, AJA, Bluefish ou d’autres (vérifier la liste des produits compatibles dans les spécifications de chaque éditeur). Mais au-delà de ces modèles de caméras, les logiciels reconnaissent immédiatement les webcams intégrées dans l’ordinateur ou connectées à un port USB, ainsi que de nombreux périphériques de visioconférence.
Plusieurs logiciels sont compatibles avec des appareils photos DSLR pour les transformer en caméras live. Mais cela ne s’arrête pas là car les performances des ports réseau autorisent aussi le transfert d’images vidéo (à condition d’être compressées en H.264). Les logiciels acceptent donc aussi en entrées des caméras IP (avec flux de streaming en RTMP le plus souvent mais parfois en SRT) et également des sources NDI disponibles sur le réseau (des caméras PTZ, autres mélangeurs ou postes de création graphique compatibles ou même des ordinateurs équipés des NDI Tools…).
Pour avoir plus de précisions, vous pouvez consulter l’article consacré à l’écosystème NDI de NewTek dans le Mediakwest n° 38. Grâce à l’ajout de drivers de plus en plus standards, il est également possible de rajouter des webcams virtuelles liées à des logiciels de visioconférence. La palette des possibilités varie d’un éditeur à l’autre, mais évolue très vite.
Récupérer les images filmées par un smartphone ou une tablette connectés au même réseau wi-fi que celui de l’ordinateur devient un jeu d’enfant. Plusieurs éditeurs de logiciels de mélange vidéo proposent des applications iOS ou Android associées à leur logiciel. De multiples applications de streaming direct vers les réseaux sociaux se connectent aussi directement aux logiciels de mixage vidéo.
Attention, il y a de tout en termes de qualité ou de performances, mais Epoccam et Manycam semblent les plus performants. Manycam est capable de transmettre les images en NDI et NewTek propose sa propre application NDI Camera. De rapides essais ont montré que la latence en NDI est nettement plus faible que celle induite par les solutions à base de streaming RTMP. Cette latence, même réduite, compliquera le panachage des caméras traditionnelles et des smartphones pour filmer la même scène. Ces dernières ainsi que les caméras IP basées sur des codages H.264 devront être réservées soit à des scènes éloignées du plateau principal soit à des plans sans son synchrone (caméra banc-titre, illustrations, etc.).
Certains codages et protocoles sont implantés dans la version de base du logiciel de mixage alors que pour certains, il sera nécessaire d’ajouter des plug-ins, des modules logiciels ou des drivers. Il sera prudent de bien se renseigner avant de partir dans une configuration un peu complexe.
En associant smartphone et logiciel de mixage vidéo, Florent Peiffer y voit une opportunité pour concevoir des dispositifs de direct beaucoup plus souples et innovants et ce dans des budgets sans commune mesure avec ceux du broadcast. Avec les équipes de YouBlive, il utilise régulièrement OBS, vMix ou Wirecast. Lors du confinement du printemps, il a réalisé des directs pour l’émission La Maison des Maternelles pour France 4.
Les liaisons duplex
Enfin, dernière source vidéo disponible, une liaison duplex avec un correspondant éloigné et relié par internet, un peu à la manière de Skype. Cette fonction est repérée avec des dénominations variables selon les éditeurs (vMix Call chez vMix, Remote Guests chez Livestream, Rendezvous chez Wirecast).
Lorsqu’on sélectionne ce type de source, le logiciel fournit une URL et un mot de passe à transmettre à son correspondant. Ce dernier lance un navigateur (Chrome ou Firefox) avec lequel il établie la connexion grâce à l’URL fournie. Une fois la liaison assurée, il pourra dialoguer via sa webcam et son micro avec les participants du plateau. Selon les fonctionnalités du service, il disposera d’un retour antenne affiché en vignette et même d’un voyant Tally. OBS n’offre pas ce type de liaison en duplex.
Au-delà des caméras vidéo, il est également possible de définir des sources pour afficher des images fixes, lues une par une ou associées dans un diaporama. Des modules de lecture sont disponibles pour lire des séquences vidéo enregistrées sur l’ordinateur lui-même, avec une large gamme de formats et de codecs ; il faut là aussi bien vérifier la compatibilité du logiciel avec vos enregistrements : un test de lecture réelle n’est pas superflu !
On peut également récupérer l’écran d’affichage de l’ordinateur comme source de mélange, indispensable pour diffuser ses exploits dans les jeux vidéo : c’est d’ailleurs la fonction initiale de tous ces logiciels de mélange vidéo.
Romain Desveaux remarque qu’OBS est beaucoup plus performant que vMix dans cette fonction de capture d’écran. Il lui arrive souvent d’associer les deux logiciels pour profiter de leurs avantages respectifs. Mais ce mode de récupération de la totalité de l’affichage de l’écran n’est pas toujours adapté au contenu diffusé. Tous les éditeurs ont donc prévu la sélection d’une fenêtre spécifique d’un logiciel, ce qui ouvre la possibilité de diffuser très facilement un PowerPoint au cours d’une émission ou de faire la démonstration d’un logiciel en direct. C’est aussi la solution de dernier recours quand il se révèle impossible d’établir un lien direct entre deux applications ou deux protocoles de codage.
Cette liste non exhaustive des sources disponibles dans les logiciels de mélange vidéo démontre leur flexibilité à s’adapter à des configurations de travail et de réalisation qui, à l’époque du numérique, ne se limite plus à enchaîner simplement quelques cadrages similaires d’un plateau. L’ouverture vers les réseaux informatiques offre une palette beaucoup plus large de sources en permettant d’aller au-delà des limites géographiques du plateau. Ces configurations élargies sont également possibles avec des mélangeurs traditionnels mais au prix d’une combinaison complexe de boîtiers, de décodeurs et d’interfaces, alors que sur un ordinateur tout est disponible sur une seule machine.
Manipuler les sources vidéo
La puissance des processeurs et surtout celle des GPU des cartes graphiques offrent des outils de traitement et de manipulation des images fort complets. Chaque source pourra être redimensionnée, coupée, adaptée, corrigée autant en colorimétrie qu’en niveau et ces modifications pourront être intégrées à la source elle-même dans sa configuration d’entrée, en constituant une sorte de prétraitement, dans une logique assez différente des mélangeurs traditionnels, comme si les fonctions de DVE intervenaient avant la sélection de la source.
Sur la plupart des logiciels, l’agencement classique du pupitre du mélangeur hardware avec ses deux barres preview/program et une commande cut avec ou sans fondu est totalement réorganisé avec de larges boutons placés selon les besoins de l’utilisateur, avec affichage ou non du contenu en imagettes. Sur OBS et Streamlabs OBS, le réalisateur combine les sources (sans imagettes) de manière à constituer des scènes qui correspondent à des effets spéciaux mis en mémoire, celles-ci pouvant être elles-mêmes une combinaison d’autres scènes, ce qui en décuple la puissance. Il rappelle et enchaîne donc ces scènes pour effectuer sa réalisation avec ou sans un effet de transition.
Cette notion propre à OBS est incontournable pour bien comprendre la philosophie de ce logiciel. Et c’est là que se situe l’une des difficultés qui rebute tant d’utilisateurs. Cette notion de scène répond bien aux besoins des gamers qui recherchent plus une mise en page statique associant la capture d’écran, une caméra, la fenêtre des messages des réseaux sociaux agrémentés d’un habillage graphique. D’autres logiciels comme vMix, Wirecast, VideoMixo ou Livestream se rapprochent plus des mélangeurs classiques avec une présentation des sources en rangées de boutons.
Dans un mélangeur hardware, le réalisateur sélectionne les sources plein cadre en cut (ou juste avec un effet rapide d’enchaînement) et les effets viendront enrichir la réalisation dans une gradation en fonction de la maîtrise de l’outil. Le passage d’un mélangeur traditionnel à un outil logiciel est assez déroutant durant les premières heures. Il est nécessaire de tout configurer à l’avance. Il est indispensable de consacrer l’équivalent d’au moins une journée d’apprentissage pour un premier niveau de maîtrise avec des résultats probants.
Les réalisateurs biberonnés aux jeux vidéo et qui ont fait leurs premières armes directement avec OBS et vMix ne seront sûrement pas d’accord avec cette présentation mais beaucoup d’usagers de mélangeurs vidéo classiques tentés par l’aventure et un outil logiciel plus léger et très polyvalent en sont revenus. De multiples tutos disponibles sur YouTube sont alors une aide précieuse pour progresser mais de nombreux utilisateurs reconnaissent qu’au démarrage la pente est raide pour arriver à une maîtrise correcte du mélangeur. C’est à ce niveau qu’apparaissent les plus grandes différences entre les divers logiciels proposés sur le marché.
De multiples interfaces de commande
Sur un ordinateur, les périphériques de contrôle sont classiquement le clavier et la souris. Pour des activités de type bureautique ils sont parfaitement adaptés mais pas suffisamment précis pour lancer des actions instantanées à un top donné, surtout vu la complexité de l’interface. Pour offrir plus de réactivité, de multiples raccourcis clavier sont paramétrables au sein de chacun des logiciels, y compris pour des commandes imbriquées dans des sous-menus ou dans des palettes fonctionnelles. Après ce travail de paramétrage et à condition de retenir ces multiples équivalents clavier, le réalisateur pourra gagner en rapidité et précision d’exécution.
Pour répartir le travail entre plusieurs opérateurs, l’un pour l’habillage graphique, un second pour le lancement des séquences enregistrées ou la gestion de l’instant replay, un troisième pour la diffusion vers les réseaux sociaux et la gestion de l’interactivité, les logiciels de mélange vidéo sont pourvus d’un serveur web interne ou d’une fonction de webcontrol, qui sert à dupliquer l’interface du logiciel vers des postes satellites (PC, tablette ou même smartphone, mais l’écran devient fort petit) de manière à répartir les diverses fenêtres fonctionnelles du logiciel sur plusieurs postes.
Au-delà de cette fonction webcontrol, plusieurs éditeurs ont conçu des logiciels dédiés pour contrôler à distance le logiciel depuis un smartphone ou une tablette. Dans certains cas, il ne s’agit plus d’un décalque de l’interface principal mais d’un clavier de commande similaire à celui d’un mélangeur traditionnel avec une répartition de touches préprogrammées ou bien un canevas vide dans lequel on insère des commandes spécifiques pour concevoir son propre pupitre.
Mais l’accessoire idéal pour améliorer l’ergonomie des logiciels de mélange vidéo reste le pupitre Streamdeck d’Elgato. Il prend la forme d’un clavier à 6,15 ou 32 touches avec mini-écran LCD dans chacune d’elles. Il se raccorde en USB sur l’unité centrale qui fait tourner le logiciel de mélange vidéo. Un logiciel dédié disponible sous Windows et Mac OS sert à définir l’action de chaque touche, comme un équivalent clavier traditionnel. Le logiciel est fourni avec des jeux de commandes pour des actions de base sur l’OS et quelques logiciels (YouTube, etc.). Celles-ci peuvent être complétées pour les principaux logiciels de mélange vidéo (OBS, Streamlabs OBS, Wirecast, Zoom, PowerPoint…).
Le logiciel sert aussi à sélectionner ou à dessiner les icônes affichées sur les touches, à créer des dossiers pour constituer d’autres pages de touches ou à organiser les commandes initiales en macrocommandes. L’outil est extrêmement puissant et permet donc de se constituer un clavier en fonction de ses besoins. Chaque configuration est mémorisée pour chaque logiciel et cet outil peut donc servir à une multitude d’activités différentes.
Ceux qui ne souhaitent pas acheter le clavier physique peuvent installer la version mobile (disponible uniquement en iOS) pour installer un clavier virtuel doté des mêmes fonctionnalités sur son iPhone ou son iPad. En combinant Streamdeck avec un outil de gestion de clavier comme Keyboard Maestro pour Macintosh, il devient possible de commander n’importe quelle action sur son ordinateur pour n’importe quel logiciel. L’outil de pilotage Companion, qui fonctionne avec Streamdeck, sert d’interface vers une multitude d’équipements audiovisuels (AJA, Barco, Analog Way, Blackmagic, Kramer, Panasonic…).
Des modules d’habillage graphique fort complets
Tous les logiciels de mélange vidéo sont dotés d’un module d’habillage graphique fort complet avec créations de titres, import d’images avec découpe alpha et surtout une multitude de fonctions d’affichage dynamique. Il est possible de combiner divers éléments pour en faire des compositions sophistiquées. Certains éditeurs fournissent une multitude de modèles dans lequel il suffit de modifier le texte des titres et sous-titres pour obtenir rapidement un habillage de qualité.
En fonction des API installées ou développées sur mesure, il est possible de récupérer des informations en ligne, comme des flux RSS, des fichiers XML pour les diffuser de manière automatique, comme des informations locales, des résultats sportifs, des scores et bien sûr toutes sortes de compteurs et de chronomètre. L’intégration vers les réseaux sociaux n’est pas oubliée pour afficher les commentaires ou les messages des spectateurs. Selon les API disponibles, l’accès à ces informations et aux divers réseaux sociaux peut varier d’un éditeur à l’autre et cela introduit un nouveau critère de choix en plus de ceux habituels pour un mélangeur vidéo.
Des sorties vidéo vers de nombreuses directions
Du côté des sorties et destination du programme réalisé, on retrouve une palette assez large de possibilités comme pour les entrées. Si l’unité centrale est équipée d’une carte graphique avec sortie HDMI (ou éventuellement SDI), le programme final pourra être renvoyé vers des équipements traditionnels de production vidéo.
Solution alternative, les boîtiers de conversion USB, Thunderbolt avec sorties SDI. Selon le nombre de sorties reconnues par le logiciel (bien vérifier la compatibilité avant le choix ou la mise en place des équipements), l’utilisateur pourra souvent choisir le ou les signaux envoyés sur ces sorties : le programme final complet, un clean feed sans habillage graphique, une ou plusieurs sources divergées.
Mais ce ne sera pas l’usage le plus courant car l’unité centrale dispose aussi de support de stockage pour un enregistrement et des accès réseau. Elles peuvent aussi servir de sorties vidéo à distance grâce à des encodeurs de streaming internes. Comme pour les sorties vidéo directes, l’utilisateur choisit le signal à enregistrer en fonction de la puissance du logiciel et de l’unité centrale, une ou plusieurs sources divergées en plus de la sortie programme. L’enregistrement de ces sources divergées servira entre autres à corriger après coup en postproduction les erreurs de commutation commises lors du direct.
La configuration des encodeurs de streaming constitue toujours une étape délicate pour la diffusion de son programme vers les réseaux sociaux ou les plates-formes. Pour éviter de multiples déboires, la majorité des éditeurs propose des profils préconfigurés pour les principaux services : YouTube, Twitch, Facebook, Periscope… dans lesquels il suffit de rentrer son identifiant et sa clé de sécurité.
La liste des services préconfigurés varie beaucoup d’un logiciel à l’autre (de quelques-unes à plus d’une trentaine) et il est prudent de vérifier si celui choisi pour sa diffusion est bien disponible. En cas d’absence du service envisagé, mais aussi pour atteindre des services spécifiques ou des CDN particuliers, il y a toujours dans le module de streaming une page de configuration complète avec toute la palette des paramètres pour effectuer manuellement la configuration de l’encodeur. Mais cela exige de l’utilisateur une bonne maîtrise des techniques de streaming et de récupérer auprès du diffuseur les paramètres les mieux adaptés selon la qualité souhaitée.
Selon les logiciels, plusieurs encodeurs peuvent fonctionner en parallèle mais attention à la puissance de la machine nécessaire, surtout si la réalisation est complexe. Beaucoup d’utilisateurs préfèrent dédier une machine spécifique à l’encodage, ce qui donne plus de latitude dans le choix des logiciels respectifs. Il n’est pas rare que certains choisissent par exemple vMix pour la réalisation et un second PC relié en réseau pour l’encodage avec OBS (exemple de configuration donnée de manière totalement théorique). Parfois les informations données par certains éditeurs concernant le nombre d’encodages simultanés ne sont pas claires et il semble qu’ils les confondent avec le nombre de profils de services préconfigurés.
En complément des encodeurs de streaming, beaucoup de produits offrent une sortie en NDI pour transmettre par réseau local le programme vers une autre machine NDI (autre studio ou mélangeur, poste de visioconférence, etc.). Ne pas oublier non plus la sortie en mode webcam virtuelle qui facilite l’envoi direct du programme, sans aucun autre accessoire, vers un logiciel de visioconférence.
Le choix d’un hardware adapté
Un logiciel de mélange vidéo regroupe de multiples fonctions de traitement qui agissent sur des flux continus de données. Le processeur et les circuits de l’ordinateur sur lequel il tourne sont fortement sollicités et en cas d’essoufflement des défauts comme des gels d’images, des effets de pixellisation, des saccades dans les transitions, des clics audio viendront perturber la diffusion. Il est donc primordial de choisir une unité centrale avec une puissance suffisante pour assurer une production de qualité.
Sur leurs sites d’information, tous les éditeurs précisent les spécifications minimales à respecter pour un résultat satisfaisant. Celles-ci dépendent bien entendu de la résolution des images en sortie, du nombre de sortie, d’enregistreurs et d’encodeurs fonctionnant de manière simultanée. Le choix des cartes graphiques est aussi un élément crucial en fonction de la présence et de la puissance d’un processeur interne GPU.
En parcourant les diverses pages d’information des éditeurs, on constate qu’une unité centrale équipée d’un processeur quad-core de type i5 à 3 ou 3,6 GHz est un minimum. Des configurations basées sur des processeurs i7 à six cœurs seront plus à même de traiter des productions plus complexes. Même si la majorité des éditeurs recommandent 16 Go de Ram, une mémoire de 32 Go offrira plus de confort.
Pour éviter des déboires à ses clients, Telestream, qui édite Wirecast, propose une machine dédiée, le Wirecast Gear et vMix a testé de nombreuses cartes mères et composants pour PC et fournit des listes de configuration recommandées en fonction de l’importance de la production.
Plutôt que de se référer à un modèle donné de PC, Romain Desveaux préfère choisir ses composants et construire lui-même sa propre configuration en ajustant au mieux le choix des processeurs, des cartes graphiques et de la mémoire vive. Un forum privé sur Discord facilite les échanges entre utilisateurs de vMix qui partagent leurs expériences et aussi parfois leurs déboires.
Faire la part des choses entre avantages et inconvénients
Romain Desveaux a commencé son expérience de réalisateur dans le monde du gaming et il a participé dès le début à des retransmissions de compétition sur des réseaux sociaux et des services de streaming avec des logiciels de mélange vidéo. Les mélangeurs classiques comme des TriCaster ou des Blackmagic restaient inaccessibles pour des raisons économiques.
« Pour moins de 2 000 € on peut avoir une machine qui gère plein de flux. Avec un TriCaster je me sens plus limité. Il y a aussi l’aspect scripting dans vMix qui facilite les liens avec d’autres outils ou l’automatisation de certaines tâches. »
De son côté, Florent Peiffer avec sa société YouBlive a exploré de multiples configurations de production live en combinant captation avec des smartphones grâce à des applications comme Mojo d’Aviwest et le mixage sur logiciel avec des outils comme OBS, vMix et Wirecast. Il les utilise aussi bien pour la retransmission d’événements « corporate » que pour des émissions de TV comme La Maison des Maternelles sur France 4. La diffusion via les réseaux sociaux ou les services de streaming permet d’y ajouter facilement de l’interactivité.
Même s’il trouve le format vertical aberrant, il constate « que la diffusion en mode portrait est incontournable dès qu’une majorité de spectateurs regardent l’émission sur un smartphone. Avec ces logiciels, il est facile d’avoir une sortie en format vertical ou carré alors qu’avec des mélangeurs traditionnels, cela reste très compliqué.
Plus globalement, c’est la première fois dans sa carrière que l’arrivée de nouveaux outils techniques a une influence sur l’écriture des émissions. « Des fonctionnalités originales sont ajoutées par les éditeurs et elles m’ont permis d’évoluer sur l’éditorial. »
La souplesse offerte et l’extension des fonctionnalités proposées par ces logiciels ne doivent pas masquer plusieurs limites dans leur usage. Tout d’abord, une configuration plus longue. Sur un plateau simple avec des caméras classiques raccordées en SDI ou en HDMI, dès la mise sous tension, le mélangeur est opérationnel du moins dans ses usages simples. Avec un logiciel, à moins de récupérer une configuration déjà mémorisée, il y a un travail de sélection et d’organisation de son interface qui est incontournable. Même si les éditeurs font des efforts dans ce sens, l’interface globale du logiciel reste quand même assez éloignée des pupitres ou surface de contrôle des mélangeurs hardware.
Le passage d’un outil à l’autre demande une période d’apprentissage non négligeable pour acquérir les bons réflexes. L’une des forces de ces outils logiciels est leur capacité à agréger des sources de nature fort diverses et placées à distance du plateau. Mais dans ce cas, elles deviennent dépendantes de réseau ou de liaisons que l’utilisateur ne maîtrise pas de bout en bout.
Pour éviter les bugs, les équipes de YouBlive ont mis en place des procédures de test et de stabilisation des configurations. Florent Peiffer constate « qu’avec les logiciels on n’est jamais à l’abri d’un plantage. Il faut être deux fois plus prévoyant par rapport à des outils broadcast et toujours avoir une solution de back-up derrière. Un plan B ne suffit pas, il faut aussi un plan C et même parfois un D. »
L’un des points forts des logiciels de mixage vidéo réside dans leur capacité à s’associer à d’autres modules logiciels pour constituer des configurations originales, plus difficiles à déployer uniquement avec du hardware. Il suffit de brancher un « câble virtuel » dans l’ordinateur pour élargir la palette des fonctions ou ouvrir la configuration à des périphériques proches ou éloignés. Mais comme pour les câblages réels, l’opération va du plus simple au plus compliqué. Tant qu’il s’agit de valider dans un menu une option prévue par l’éditeur ou même télécharger un plug-in dans un recoin du site d’échanges Github, cela reste accessible à de nombreux utilisateurs. Mais parfois pour aller plus loin, il faut pouvoir développer soi-même une API.
Romain Desveaux avec son expérience technique n’hésite pas à développer des scripts en Python pour automatiser ou faciliter l’accès à des opérations récurrentes. Dans une démarche similaire, YouBlive vient de recruter un développeur pour associer des outils entre eux, les ouvrir vers le cloud et mieux maîtriser les API des divers réseaux sociaux. L’élargissement des fonctionnalités apportées par les logiciels de mixage vidéo passe donc par une extension des compétences dans les équipes de production.
Il est évident que les logiciels de mixage vidéo ne vont pas remplacer les mélangeurs traditionnels dédiés. Mais leur ouverture vers les réseaux informatiques et vers une large palette de périphériques mobiles de captation offre des opportunités pour mettre en place des dispositifs de communication originaux et économiques, malgré une exigence d’apprentissage qui n’est pas à négliger.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #39, p. 96-105. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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