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Photogramme tiré du film « Annette » de Leos Carax, César des meilleurs effets visuels © UGC Distribution

Le premier César des effets visuels, la consécration ultime

 

Alors que les métiers liés aux VFX font partie du paysage cinématographique depuis longtemps, il a fallu attendre cette 47e cérémonie pour que les superviseurs VFX aient leur propre distinction et une reconnaissance auprès du grand public.

 

Guillaume Pondard, VFX Supervisor, Liege. © DR

Les VFX, un développement semé d’embûches

Héritier des métiers de la SFX, le travail du superviseur VFX s’est développé dans les années 1980 et a commencé à s’imposer dans les années 2010. Les travaux des universitaires Réjane Hamus-Vallée, professeure à l’université d’Évry, et Caroline Renouard, maître de conférences à l’université de Lorraine, permettent d’analyser l’évolution de la pratique de la supervision des trucages, des effets spéciaux jusqu’aux effets visuels. Les deux chercheuses rappellent que l’utilisation des effets spéciaux n’a pas connu la même évolution en France qu’outre Atlantique.

L’usage des VFX est souvent plus spectaculaire aux États-Unis qu’en France où l’on utilise plus systématiquement des effets quasiment imperceptibles pour les spectateurs. Cette différence de traitement se ressent également dans l’accueil de ces nouveaux métiers et dans leur promotion d’un côté à l’autre de l’Atlantique. À partir de la fin des années 1970, les noms des superviseurs des effets visuels commencent à apparaître aux génériques des films aux États-Unis alors qu’on relève une arrivée plus tardive en France avec une standardisation de leur apparition à la fin les années 1990.

Les premières années, le superviseur VFX aura du mal à s’imposer sur les plateaux de tournage, car son travail est parfois perçu comme portant atteinte aux libertés de l’équipe image qui doit alors composer avec de nouvelles contraintes techniques. Avec l’accroissement de l’utilisation de VFX, les différents corps de métier ont progressivement appris à collaborer. La présence du superviseur est appréciée par l’équipe technique et le savoir-faire des chefs opérateurs s’est étendue, facilitant la communication autour des exigences techniques des uns et des autres.

Dans cette progression vers la reconnaissance du métier, l’importance de la création d’un prix joue un rôle symbolique. Des récompenses existent depuis plusieurs années aux États-Unis – les Oscars ont une catégorie « special effects » depuis 1940, intitulée « visual effects » depuis 1977 – et en Europe, les BAFA ont créé leur récompense en 1983.

En France, bien qu’en 2015, le Paris Image Digital Summit ait créé les « Genie Awards », qui récompensent les meilleurs effets visuels dans différentes catégories, il était important qu’un prix soit créé en dehors d’un festival consacré aux effets visuels. De plus, l’académie des César représente une reconnaissance de la part des professionnels de l’industrie du cinéma devant un public de professionnels, le tout diffusé en clair à la télévision.

Rappelons que, c’est en 1929, que le premier Oscar de la meilleure photographie fut décerné à Charles Rosher et Karl Struss pour L’Aurore de Murnau. Cela avait permis au métier de directeur de la photographie, alors en plein essor, d’obtenir une reconnaissance internationale.

Affiche officielle de l’académie des César 1962 Studiocanal _ Société Nouvelle de Cinématographie _ Dino de Laurentis Cinematographica, SPA (Rome). © DR

 

Une émulation croissante autour des VFX

Depuis 2016 et la sortie du rapport de Jean Gaillard sur la fabrication d’effets spéciaux numériques en France, l’État a également joué un rôle important dans le soutien de cette industrie. Alors que les écoles françaises forment des techniciens dont les compétences sont reconnues à l’échelle internationale depuis de nombreuses années, ce rapport constate qu’en 2015, moins de 2 % du coût de l’ensemble de la production française est réservée aux VFX. Ce faible pourcentage représente 15 millions d’euros, dont près de 60 % ont été dépensés à l’étranger. Malgré la soixantaine d’entreprises françaises actives en 2015, une forte délocalisation est observée et les étudiants français partent majoritairement exercer à l’étranger.

Partant de ces observations et conscients des atouts que représenteraient le développement des VFX en France, le CNC a manifesté une volonté politique de s’emparer du sujet, créant de multiples aides qui visent à soutenir le secteur. Un plan VFX a été lancé en 2017 avec la création d’une nouvelle aide qui passe le soutien de 6 à 9 millions d’euros, la revalorisation du crédit d’impôt et la garantie de prêts et de prêts participatifs de l’IFCIC (Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles).

Parallèlement à ces aides économiques, le CNC a également eu la volonté de mettre en valeur le travail des VFX auprès du grand public mais aussi des professionnels. « L’exposition “Effets spéciaux, crevez l’écran” à la Villette en 2018, correspondait aussi en partie à ce besoin d’expliquer le travail des VFX tout court, et français en particulier », explique Réjane Hamus-Vallée. La culture du secret autour des VFX, héritée de la prestidigitation, a probablement contribué à la nécessité de faire connaître les effets visuels auprès du public. Si leur utilisation paraît plus affichée aux États-Unis qu’en France, avec des projets fastueux qui mettent en avant la construction d’effets spectaculaires,

Réjane Hamus-Vallée rappelle que « le côté secret, on le trouve aussi à Hollywood. On va expliquer comment on crée des dinosaures mais on ne va pas faire de communication quand on enlève des rides aux acteurs par exemple. […] Cependant, c’est quelque chose qui est en train de bouger, et la création de ce César va accompagner ce phénomène. » À la même période et toujours sous l’impulsion du CNC, a été créé France VFX qui a permis aux professionnels d’échanger. Cette politique de soutien a permis de promouvoir la filière VFX en France.

 

 

Essor des VFX français

On observe aujourd’hui une utilisation de plus en plus systématique des VFX. Que ce soit dans des films d’auteur ou des films à effets. Qu’il s’agisse de fonds verts pour les découvertes ou d’effets plus complexes, l’usage des VFX tend à se banaliser. Ceci s’accompagne d’un accroissement de l’essor des studios, notamment en France. De nombreux studios XR voient le jour, comme chez Provence Studios à Aubagne ou encore le mur de Led installé aux studios d’Épinay (PRG).

Les nouveaux outils permettent d’avoir des résultats impressionnants : avec la multiplication des solutions de tracking, l’essor des murs de Led et les logiciels ultra-performants, les moyens mis à disposition des utilisateurs se multiplient. Ce développement des technologies apporte un potentiel créatif conséquent. Plus ces effets sont utilisés, plus les techniciens se rendent compte des possibilités qui s’offrent à eux et ont envie de les utiliser.

L’aide à la Création Visuelle et Sonore (CVS) a permis d’encourager les productions à aller vers des effets innovants tout en permettant aux techniciens de la filière VFX de travailler avec un budget moyen. Les efforts déployés par le CNC et les studios français ont permis de voir, ces dix-huit derniers mois, une multiplication de projets internationaux en France. On observe une véritable reconnaissance du savoir-faire français avec des studios qui ont récupéré des projets internationaux pour les réaliser en France. Cette visibilité auprès du grand public permettra, peut-être, de créer des vocations !

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #46, p. 86-87