Le studio, dès sa création, a cultivé une certaine singularité dans son approche : la direction artistique comme pierre angulaire, la promotion de la notion de production créative de VFX ont été des éléments de différenciation et sont désormais admis par le marché tout entier. Engagée résolument vers les défis environnementaux et sociaux, la société poursuit son développement avec sérénité.
La société Mathematic a été créée il y a dix-sept ans. Basée à Paris, elle a commencé originellement ses activités en produisant des effets spéciaux et de l’animation pour les agences et producteurs de films publicitaires.

Et puis, petit à petit, Mathematic a élargi très fortement ce spectre d’intervention en attaquant de nouveaux secteurs et en ouvrant des bureaux à l’étranger (à Los Angeles et Montréal). Récemment, il y a deux ans, c’est en France qu’elle a agrandi sa position en ouvrant un studio et une filiale à Montpellier. « Aujourd’hui, nous travaillons sur trois marchés. Toujours la publicité et les clips car nous aimons toujours ce genre de projet mais également le cinéma, qui a pris une part importante dans notre chiffre d’affaires. C’est autour de 30 % actuellement. Et puis, les jeux vidéo. Nous produisons des contenus pour le jeu vidéo, des cinématiques, des trailers. Nous faisons également du consulting », souligne Guillaume Marien.
Dans un marché concurrentiel, Mathematic cherche à accroître sa valeur ajoutée en se rapprochant le plus possible des clients et commanditaires. La société a ainsi intégré la direction artistique en interne. « Nous essayons de déployer sur l’ensemble des marchés la direction artistique. Sur le cinéma, il y a deux marchés. Il y a le cinéma du film français et du film indépendant américain, où on vient vous voir, vous demander votre avis et vous proposer de travailler sur la direction artistique, en particulier quand les effets spéciaux prennent part à la narration. Et il y a aussi un marché un petit peu différent, qui est celui des plates-formes et des studios, qui est un marché beaucoup plus industrialisé, où on vient vous voir sur des très gros projets. Et là, on va vous dire : “Voilà, il y a 200, 300 plans à gérer. Est-ce que vous pouvez les faire ? Est-ce que vous avez les compétences ?” Il y a des éléments de direction artistique dans l’exécution, mais on intervient moins sur la phase de définition, puisque les projets arrivent déjà définis. D’ailleurs, si vous prenez un studio comme Universal, il dispose d’équipes en interne qui travaillent et qui prédéfinissent les projets et ensuite les distribuent aux entreprises », précise Guillaume Marien.

Mathematic fait partie des entreprises françaises qui ont su se faire une place à l’internationale et ainsi développer cette « french touch ». La société est multimarché et multistyle. Elle est capable de faire des choses très réalistes ou au contraire des rendus « cartoon ». À ses origines, la société faisait beaucoup de motion design, de clips. Et pouvait se retrouver cataloguée sur ce créneau mais cela a changé.
« Quand vous avez 300 artistes, vous arrivez quand même à couvrir pas mal de choses. Ensuite, la France a revendiqué, je pense quand même, une excellence sur la formation de ses étudiants. Nous essayons de cultiver cet état d’esprit. »
D’ailleurs Mathematic encourage ses collaborateurs à enrichir leur culture visuelle. « Donc moi, j’incite les gens à voir un certain nombre de films, à aller dans les musées, etc. Pour pouvoir parler et définir de l’artistique, il faut avoir des références. Et si vous n’avez pas ces références avec les réalisateurs, c’est très compliqué d’interagir. Donc, il nous arrivait d’inviter les gens à des expositions. On est abonné à Mubi et on paie des abonnements à Mubi à nos salariés, qui est une sorte de vidéoclub en ligne. Mathematic dispose également de sa propre salle de cinéma, ce qui permet aux nouvelles générations de s’immerger dans les classiques cinématographiques », ajoute son fondateur.
France 2030, RSE et maîtrise de la croissance
Mathematic est lauréat de France 2030, un « game changer » pour employer un mot à la mode, un accélérateur de business dans tous les cas.
« France 2030 a été, pour nous, un changement d’échelle radical. Même avant France 2030 la société était sur une bonne dynamique puisqu’en cinq ans elle a triplé son chiffre d’affaires qui devrait encore doubler. Nous voulons toutefois que cette croissance soit vertueuse. Cela passe par différents volets. Il y a le fait de s’installer en région et d’accueillir la croissance en région en particulier à Montpellier, où on a été très bien accueillis.
« Le site de Montpellier est très dynamique grâce à l’appui de la Région et de son président. Il y a tout ce qui est transmission du savoir, relation et partenariat avec les écoles, mais aussi intégration d’étudiants en formation chez nous. Et le dernier volet, c’est tout ce qui est RSE, environnement. Et c’est vrai que nous, on a mis en place de nombreuses actions. On fait nos bilans carbone sur l’ensemble des sites du groupe.

« Et là, l’axe majeur, c’est le partenariat développé avec Qarnot Computing. L’idée étant que nos lames de rendu intègrent les chaudières de Qarnot. La chaleur de nos lames de rendu chauffe de l’eau et cette eau trouve des débouchés commerciaux. Ça peut être une piscine publique, ça peut être l’eau chaude de logements étudiants ou de HLM… Là, nos premières chaudières déployées vont chauffer un spa en Ile-de-France. Et ça nous permet de décarboner les serveurs et les rendus à hauteur de 86 %. Et c’est quand même 100 % français et c’est 100 % inédit à l’échelle du monde. Personne d’autre ne possède cette technologie pour l’instant. Nous sommes fiers d’être précurseurs et d’avoir réussi à déployer ça, là, maintenant, sur l’exercice 2024 », affirme Guillaume Marien.
Concernant le RSE, Mathematic assure également le financement de films pour des ONG, mutualise ses fermes de calcul avec des écoles, assure du recrutement « diversité et handicap ». Quand vous faites grandir une entreprise en termes de taille, il faut que tout le monde s’inscrive dans cette transmission du savoir et il faut que vous ayez de bonnes conditions pour accueillir les gens. L’année dernière, Mathematic a accueilli dix jeunes étudiants de quatre écoles différentes.

« On n’a pas la capacité d’en accueillir plus. Donc il faut qu’on crée cette capacité-là d’accompagnement pour que sur leurs trois premières années professionnelles, les gens continuent à progresser et ne soient pas juste lâchés sur des projets comme ça et soient en difficulté. C’est hyper important. Donc nous, on va continuer à embaucher une dizaine de personnes cette année sur les promos », poursuit-il.
Mathematic, pour réaliser ces objectifs de croissance, devra sans doute passer par de la croissance externe, même si c’est vrai que pour l’instant, elle n’a pas cette culture-là. La société a toujours grandi en organique. Seule, elle a ouvert à Los Angeles, à Montréal, et pense ouvrir à New York… seule encore. « Pour la croissance externe, je vais plus l’orienter sur de l’acquisition en Europe. Peut-être en France. Nous avons plusieurs scénarii qui s’offrent à nous. Après, c’est toujours quelque chose de compliqué pour un entrepreneur parce qu’on est dans un métier basé sur des talents, sur de l’homme, etc. Donc, ce n’est pas évident d’évaluer la valeur humaine des entreprises. Et puis, on a cette particularité d’être sur quatre marchés. Donc, il faut que les gens qu’on rachète aient cette vision et aient envie aussi de s’engager dans ce type de démarche. »
Les défis technologiques
Les enjeux technologiques, pour l’instant, étaient vraiment liés au pipe de production, à l’infrastructure technique. Toute la partie IP est commune pour qu’il y ait une grande interopérabilité entre les sites. Mathematic a eu recours à la technologie Hammerspace et au réseau SohoNet aussi pour pouvoir streamer dans le monde entier de façon très qualitative des données et de façon sécurisée.

Le système de gestion des données d’Hammerspace permet à Mathematic d’utiliser ses ressources de stockage et son infrastructure existantes, et de relier tous les sites du studio dans un environnement collaboratif transparent à travers de multiples silos, sites et cloud.
Concernant l’IA, la question est de savoir comment on l’intègre : « Comment on a un relais de croissance et de productivité, comment on ne détruit pas d’emplois ? Et qu’est-ce qu’on fait de l’IA ? Et qu’est-ce qu’elle sait bien faire ? Qu’est-ce qu’elle ne saura jamais faire ? Et c’est donc pour ça que nous sommes en train de travailler avec le directeur du studio, le directeur de la 3D et l’équipe de développement. Et on a déjà des outils qui sont implémentés en partie en compositing dans Nuke, mais on est en train d’élargir ça au modeling. On a des idées de départements qui vont clairement assez vite basculer sur cette technologie. »
Mathematic est partenaire d’Epic et a déjà fait des formats de dix à quinze minutes full Unreal. La tendance est de l’intégrer au pipe de production, pour pouvoir faire de la préviz très qualitative, pour définir du travail sur du long-métrage. Donc il y a une espèce de pipe de pré-production qui est très performant. L’animation se fait ensuite dans Houdini. « Nous, on n’aura pas un pipe full Unreal chez Mathematic. On pense que, pour l’instant, on n’a pas atteint la qualité voulue dans Unreal. »
En bref
- Réalisations : En 2023, la société a réalisé les effets spéciaux de 70 films publicitaires, 20 clips vidéo, 5 fictions et 45 contenus pour l’industrie du jeu vidéo.
- Projection des Salariés en 2030
- France : 390 personnes (85% des effectifs). Paris : 240 ; Montpellier : 150
- International : 60 personnes (15% des effectifs). Montréal : 30 ; USA : 30
- Clients
- Publicité : agences (Publicis, BETC, Havas, W&K, 72&Sunny…), maisons de production (Iconoclast, Partizan, Anonymous, Division…)
- Marques (référencements) : Logitech, Coca-Cola, Mercedes, Yves Saint-Laurent, Adobe, Apple, Pernod Ricard, LVMH…
- Fictions et cinéma : The Whale, King, Asteroid City, Vesper, O’dessa…
- Episodic Shows : Daryl Dixon, Transatlantic, The New Look…
- Studios : Netflix, Disney+, Prime Video, A24, Studio Canal, Pathé, Searchlight, Apple+…
- Jeu vidéo – éditeurs : Behaviour, Ubisoft, Sega, CD Projek, Riot Games…
- Artistes : Lil Nas X, Dua Lipa, Harry Styles, The Weekend, Justice, Étienne Daho, Ariana Grande…
- Piliers
- VFX Postproduction Studios : Mathematic Paris/Montpellier, Mathematic LA (Los Angeles), Mathematic MTL (Montréal)
- Production : Player II dédié à l’industrie des jeux vidéo, code contenu innovant proposé par nos réalisateurs, IOM (Illusion of Motion).
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #58, p. 60-63