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Mathias filme en apnée pour se fondre dans le monde sous-marin, comme ici avec des raies Mobula. © Giacomo Rossi – Baja Underwater Expeditions

Mathias Lopez, le vidéaste-poisson

 

Cet homme, capable de descendre en profondeur et de retenir son souffle suffisamment longtemps pour filmer des séquences entières est Mathias Lopez. Ce savoyard de trente-neuf ans nous raconte ici son parcours et comment ses passions conjuguées de l’image et du monde sous-marin l’ont amené à développer ses compétences dans ces domaines.

La passion de Mathias pour l’image remonte à son enfance, pendant laquelle il dessinait beaucoup avant de découvrir la photographie, puis la vidéo : « J’ai démarré en filmant les sessions de snowboard entre potes avec le caméscope Hi8 familial, puis petit à petit je me suis mis à chercher le meilleur angle de prise de vue, à faire des montages sympas pour montrer aux copains… C’est un long apprentissage en autodidacte passionné qui m’a amené progressivement à me professionnaliser ».

Au bout de quelques années, Mathias s’était fait un nom dans la vidéo de ski et de snowboard, notamment grâce à son aptitude à suivre les athlètes au plus près caméra à la main. Il est désormais spécialisé dans les tournages outdoor qu’il réalise pour des documentaires sportifs ou des publicités via sa société Vecom Video.

Mais Mathias est stimulé par la diversité et par les challenges apportés par de nouveaux projets. Aussi, il s’est lancé un autre défi : filmer le monde sous-marin. « J’ai la fâcheuse habitude de vouloir immortaliser tout ce que je fais ou vois, alors quand je me suis mis à la plongée sous-marine et à l’apnée il y a une dizaine d’années, pendant mes vacances, j’ai naturellement pris une caméra avec moi, en commençant avec une simple GoPro. »

 

Un nouveau monde

Sa rencontre avec Stéphane Tourreau, vice-champion du monde d’apnée en profondeur, va lui ouvrir un nouveau monde : « On a très vite commencé à collaborer sur des projets et c’était très excitant : j’avais l’impression d’être à nouveau débutant en vidéo et je me sentais progresser à chaque plongée, ça me donnait envie d’essayer plein de choses. Après toutes ces années, l’excitation n’est toujours pas retombée ! ». Ensemble ils vont réaliser des Web séries sur l’apnée et un documentaire de vingt-six minutes pour France Ô.

Mathias se fait remarquer pour la qualité de ses images et est appelé pour les prises de vue subaquatiques de films publicitaires, pour Bell&Ross, Shisheido ou Renault, mais aussi pour filmer le champion de ski freestyle et apnéiste Kevin Rolland ou encore l’aventurier Alban Michon, en plongée sous glace. En effet, le monde sous-marin ne se résume pas aux mers et océans, il y a aussi quantité de lacs à découvrir, notamment ceux de montagne dont Mathias visite régulièrement les profondeurs.

Faire des images en milieu sous-marin est très spécifique et nécessite des connaissances et des aptitudes particulières. Non seulement Mathias peut filmer en plongée bouteille, mais il peut aussi évoluer en apnée. Selon les projets et le type de plan recherché, il opte pour l’une ou l’autre des pratiques : « J’aime être en apnée quand je filme des apnéistes car on est dans le même rythme, on peut multiplier les immersions et filmer beaucoup de séquences alors qu’en bouteille on est limité à une ou deux plongées de quarante-cinq minutes par jour. Cela peut paraître long, mais en apnée on peut facilement plonger deux heures le matin et deux heures l’après-midi, donc même si on doit récupérer entre deux, ça offre bien plus de temps et donc d’opportunités ». L’apnée permet en plus de filmer pendant les montées et descentes et d’évoluer sans faire de bulles pour ne pas déranger la faune et mieux s’intégrer au milieu. Cela permet également de communiquer en surface entre chaque prise de vue, pour bien caler le plan suivant.

« Ce type de tournage demande beaucoup de préparation, il faut anticiper les séquences que l’on veut faire avant de s’immerger, car une fois sous l’eau on ne peut plus se parler et on est limité par le temps. En surface, on échange donc beaucoup avec les figurants ou les athlètes avant de descendre, pour définir des signes et ainsi déclencher les déplacements ou les manipulations que l’on a prévu de filmer. »

Bien entendu la sécurité est cruciale sur de tels tournages, assurée par des équipes qui surveillent depuis la surface et aident à la remontée pour les grandes profondeurs. « Tout cela demande beaucoup d’organisation mais les possibilités sont immenses car on peut se déplacer dans les trois dimensions, ce qui pour un cameraman est juste magique. »

 

Préparation minutieuse du matériel

Le matériel doit être minutieusement préparé en amont du tournage car le temps est compté et il n’y a pas de droit à l’erreur. Mathias s’est équipé de deux ensembles camera-caisson étanches : l’un avec une Red Gemini 5K dans un caisson Gates, pour répondre aux exigences de qualité d’image des clients issus de la publicité ou du cinéma, et un Sony A7SII plus compact et maniable, protégé par un caisson Nauticam.

Ces deux boîtiers sont très performants en basse lumière, le Sony étant une référence en matière de sensibilité et la Red bénéficiant d’un mode Low Light assez unique pour les caméras Raw orientées cinéma. C’est là un point essentiel car la lumière se diffuse mal sous l’eau et on perd grandement en luminosité au fur et à mesure que l’on descend en profondeur. Une bonne gestion des basses lumières par la caméra est aussi primordiale.

En plongée bouteille, on peut s’encombrer d’éclairages additionnels, mais en apnée il vaut mieux éviter car leur manque d’hydrodynamisme freine considérablement les déplacements et donc les remontées en surface, impératives pour reprendre son souffle : « Même si les caissons sont neutres sous l’eau ils ont une importante prise à l’eau qui les rend parfois difficiles à remonter quand la caméra est dedans ». Le choix du matériel est donc déterminé par les contraintes du milieu et du mode de plongée.

 

Une bonne préparation physique

Pour pouvoir effectuer de telles plongées et retenir son souffle suffisamment longtemps pour évoluer sur le site et réaliser les images, il faut bien sûr une préparation physique conséquente. « Je pratique assez régulièrement l’apnée loisir sans mon matériel de tournage, uniquement pour le plaisir et pour l’entraînement. J’aime beaucoup la profondeur : descendre le long du câble et se laisser couler est une sensation incroyable. Au fond, on est dans un autre monde, on oublie la surface et l’on vit l’instant présent à deux cents pour cent. J’aime aussi beaucoup l’exploration lorsque je plonge en mer ou en lac. J’aime aller chercher les poissons, passer sous une arche ou me laisser descendre le long d’un tombant. Le paysage sous-marin est parfois très surprenant et l’on y fait de belles rencontres avec la faune. »

Toutes ces séances de plongée loisir préparent Mathias physiquement à travailler en apnée dans les meilleures conditions possibles.

À l’avenir, Mathias aimerait développer encore son activité de prise de vue subaquatique pour arriver à un équilibre entre les vidéos dans l’eau et celles en montagne, afin d’allier sa passion pour l’image avec celle qu’il a pour ces deux milieux. On ne peut que souhaiter qu’il aille dans ce sens pour nous émerveiller toujours plus avec ses images incroyables du monde sous-marin.

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #43, p. 16-18

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