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Memnon, mémoire vive

 

Heidi Shakespeare a rejoint l’entreprise après avoir occupé avec succès des postes de direction chez Iron Mountain Entertainment Services et Bonded Services Group, apportant avec elle un ensemble de compétences stratégiques et opérationnelles ainsi qu’une solide expérience en marketing.

 

Pouvez-vous dire quelques mots sur votre nouvelle aventure ?

Heidi Shakespeare : C’est vrai qu’il s’agit d’une toute nouvelle aventure pour moi ! Je suis très heureuse de rejoindre Memnon. L’une des choses qui nous rend uniques, c’est que nous ne cherchons pas à nous éloigner de notre cœur de métier : la migration de contenus. Nous avons des ingénieurs qui ont une grande expertise sur des plates-formes de stockage historiques, ainsi qu’une équipe de développeurs qui a créé le système d’orchestration sur lequel tout repose. C’est lui qui assure le fonctionnement automatique de la plupart de nos solutions, permettant ainsi la migration de volumes très importants.

Un autre atout de Memnon est sa capacité à proposer des solutions sur site, car un important facteur lié à la migration de contenus est celui des coûts de transmission. Nous venons d’ailleurs de construire une nouvelle installation en Nouvelle-Zélande destinée au ministère de l’Intérieur et aux archives nationales, qui sera utilisée pour la migration de 330 000 heures de contenus sur les cinq prochaines années. Les racks ont été assemblés et configurés à Bruxelles avant d’être expédiés en Nouvelle-Zélande, de manière à ce que les contenus à conserver n’aient pas besoin de quitter le pays.

Memnon se spécialise dans ce type de solution de proximité et nous en avons d’ailleurs d’autres en Grèce, en Israël… L’avantage pour le client est considérable, puisque ses archives peuvent rester sur le territoire. De plus, en tant qu’intégrateurs système, quand nous envoyons nos équipes dans les centres d’archives, nous avons accès à l’ancien matériel ; une fois la migration terminée, nous le conservons et développons ainsi notre inventaire. Nous avons ainsi accumulé des milliers d’appareils spécialisés pour prendre en charge d’anciens supports de données.

L’un des grands défis de notre secteur, cependant, sera le manque d’appareils de lecture : il arrivera un point où il n’y aura plus d’appareils pour lire les données qui restent stockées sur bande. En plus de cela, il y a la question de l’expertise technique, puisque les personnes qui savent utiliser ces appareils ont 50 ou 60 ans et qu’il faut donc former une nouvelle génération de techniciens. Pour cela, nous avons lancé un programme de formation afin de rester en mesure d’utiliser les équipements historiques.

 

Pensez-vous qu’il s’agisse d’un marché en croissance ou stable ?

Le Covid a beaucoup changé la donne car il n’y a pas eu de création de contenus pendant une longue période : les chaînes, qui devaient continuer de diffuser en continu, se sont donc tournées vers les contenus d’archives et y ont redécouvert – tout comme les spectateurs – de véritables pépites. Cette résurgence est donc récente, et puis les détenteurs d’archives sont également en train de prendre conscience du fait qu’il ne leur reste pas un temps infini pour sauver leurs contenus. Certains contenus sont d’ores et déjà devenus irrécupérables en raison de la détérioration de leur support physique. Il ne s’agit d’ailleurs pas que des supports analogiques, puisque les vieilles bandes numériques des années 1990 et du début des années 2000 sont également vulnérables… encore plus vulnérables même, car il est impossible de restaurer des contenus numériques.

Tout ceci explique pourquoi nous avons assisté, au cours des dix-huit derniers mois, à une forte augmentation du nombre d’appels d’offres publiés dans le monde entier. Qui plus est, la rareté des appareils requis et la complexité des formats font exploser les prix.

D’autres difficultés sont également rencontrées, par exemple les studios hollywoodiens ont numérisé et archivé des milliers d’heures de pellicule… mais avec l’arrivée des géants du streaming, il faut mettre ces contenus à disposition dans une vingtaine de langues. Or, lors du chantier de numérisation il y a dix ou quinze ans, ils n’ont pas systématiquement pensé aux versions traduites ! Les studios se retrouvent donc avec d’énormes quantités de bandes nécessitant un DA-88, appareil qui n’est plus fabriqué et pour lequel il est donc très difficile de trouver des pièces de rechange ou des têtes de lecture.

Ce que nous avons fait, dans des cas similaires, est d’aller chercher les bandes magnétiques utilisées lors de la diffusion de ces films à la télévision dans les pays étrangers afin d’en extraire la bande-son. Notre activité dans le domaine de l’audio est donc également à la hausse car beaucoup d’acteurs du secteur ne pensaient initialement pas aux langues étrangères.

 

Vous travaillez pour des acteurs des médias, mais également pour de grandes entreprises ?

Tout à fait. Les secteurs de la pharmacie ou de l’énergie, par exemple, ou encore les tribunaux, ont beaucoup recours à la vidéo et produisent donc d’énormes volumes de contenus qui sont actuellement stockés sur bande magnétique. Ce sont autant d’acteurs – et j’y ajouterais le domaine du sport – qui s’efforcent de numériser autant que possible.

 

Où vont les contenus que vous numérisez ? Dans le cloud ?

Nous voyons certainement plus de cloud ces temps-ci. Il y a à peine cinq ans, beaucoup se méfiaient du cloud et privilégiaient le stockage LTO, qui offre pourtant peu de rétrocompatibilité. J’ai même assisté à des conférences où les gens disaient : « Nous n’utiliserons absolument jamais le cloud ». Mais voilà, 50 % des contenus que nous traitons aujourd’hui sont envoyés dans le cloud et nous voyons bien que le secteur est plus serein vis-à-vis de ces nouvelles plates-formes.

 

Proposez-vous donc des services dans le cloud, par exemple pour la gestion des contenus ?

Nous avons pour cela des partenariats avec différents prestataires qui offrent des services de ce type, mais nous choisissons de rester concentrés sur notre véritable domaine d’expertise, qui est la migration proprement dite, et de compter sur nos partenaires pour offrir des services complémentaires.

 

Quel est votre effectif ?

Nous sommes actuellement une petite centaine, mais un certain nombre d’employés vont bientôt nous rejoindre pour un important contrat aux États-Unis exigeant une disponibilité 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Dans ce contexte, notre système d’orchestration est extrêmement important, car l’automatisation nous permet de limiter l’expertise nécessaire : là où nous avions auparavant un technicien par appareil, nous pouvons maintenant avoir un technicien responsable de douze appareils.

Notre installation à Bruxelles est capable de numériser 10 000 heures de contenus par mois à l’aide d’un robot qui ne nécessite que quelques heures de travail par jour pour le technicien qui en est responsable. En tout cas, notre effectif varie en fonction des projets ; j’évoquais tout à l’heure notre installation en Nouvelle-Zélande, et pour celle-ci nous avons embauché quinze nouveaux membres de l’équipe… ce qui représente également une création d’emplois sur le marché local !

 

Comment voyez-vous l’avenir de l’entreprise dans quatre ou cinq ans ?

Je pense que nous allons entrer très rapidement sur de nouveaux marchés, non par l’intermédiaire de nos installations propres, mais avec des déploiements sur les sites de nos clients. Les cinq dernières années ont été relativement stables, mais au cours des dix derniers mois nous avons enregistré une hausse qui, à mon avis, ne sera pas démentie. Nous avons des projets prometteurs en Asie et dans le Pacifique, ainsi qu’aux Émirats arabes unis et en Amérique latine, et nous poursuivrons bien sûr notre développement en Europe. Notre modèle économique évoluera sans doute vers des processus plus personnalisés, plus guidés par les clients.

 

Extrait de notre compte-rendu de l’IBC 2022 paru pour la première fois dans Mediakwest #49 p. 40-86