Sa passion pour l’image est née très tôt, comme pour beaucoup d’entre nous grâce à la caméra familiale. Mais Mikko a aussi été fortement influencé par un habitant du village où il a grandi, le photographe entomologiste Pascal Goetgheluck. Il se rappelle : « Ses clichés d’insectes ont attisé ma curiosité et m’ont poussé à acheter un premier boîtier, un Nikon FE2, pour essayer à mon tour de saisir le monde minuscule. »
En grandissant, il fait de sa passion un métier et commence à travailler comme cadreur à la fin des années 90. Il s’intéresse aux systèmes gyrostabilisés et aux solutions de motion control, mais à l’époque ces derniers semblent trop compliqués, même pour un geek bricoleur comme lui. Il se tourne donc vers les solutions conçues pour les prises de vue aériennes, et achète son premier système gyrostabilisé en 2010.
Mikko s’illustre rapidement dans le secteur. Ce sont des plans qui sont le fruit d’une collaboration entre un opérateur et un pilote d’hélico, et quand les deux se complètent parfaitement cela crée de la magie. Avec ses systèmes Shotover et GSS Cineflex, Mikko engrange quantité d’images extraordinaires, au cours de plus de trois mille heures de vol.
Retour aux premières amours
Il s’épanouit toujours dans cette activité aérienne, mais au bout de quinze ans il sent le besoin de se renouveler, et les évolutions sociétales le poussent à changer. Il explique : « Je suis tout à fait conscient de la nécessité de réduire notre impact sur la planète, mais mon secteur a subi une coupe brutale, sans transition écologique. » En effet, en quelques mois le CNC a cessé d’allouer des subventions aux productions faisant appel aux hélicoptères, devenus des symboles visibles des émissions de carbone. Les tournages de fictions et de documentaires se désengagent. Il reste néanmoins une forte demande pour le corporate et certaines productions premium, comme le film Fly, de National Geographic, qui nous invite à suivre des wingsuiters sur des écrans Imax.

En parallèle, Mikko revient à ses premières amours. Passionné par les mécanismes d’horlogerie, il cherche le moyen de les filmer en macro. En 2019, après trois ans de développement, il met au point une table robotisée qui se pilote avec une manette de Playstation, pour faire bouger un objet filmé dans un plan fixe. Ainsi les déplacements du support créent l’illusion du mouvement de caméra avec une grande fluidité et une extrême précision, permettant de capturer les moindres détails du sujet en image animée. C’est la table Nano 360. C’est en suivant un cheminement logique depuis cette table, avec une caméra haute cadence slowmotion, qu’il rejoint naturellement l’univers des robots.
Entrée dans l’univers des robots

En 2020, il s’associe avec Thomas Des Marez pour créer la société 1T2K. Ensemble, ils font l’acquisition d’un bras robotisé de grande précision issu de l’industrie, conçu à la base pour effectuer des tâches rébarbatives : fabrication, assemblage ou peinture de voitures et de palettes. Mikko raconte : « Nous avons cherché le modèle de bras, le logiciel, le socle qui pouvaient correspondre à nos besoins, et avons détourné le robot de son utilisation première. » Leur but : démocratiser et rendre accessible la technologie motion control.
Ils intègrent ainsi un robot transportable dans un petit véhicule utilitaire, qui s’installe en quarante-cinq minutes, et se pilote avec un logiciel intuitif pour définir les positions et les trajectoires. Mikko peut ainsi facilement se déplacer sur tous les lieux de tournage, pour venir à ses clients et leur proposer des prises de vue originales.
En effet, le bras se déplace très vite, à trois mètres par seconde, sur une amplitude de deux mètres, qu’il parcourt donc en moins d’une seconde. Son ultra-précision est de 0,02 millimètre. Il peut effectuer des mouvements complexes et très rapides avec la garantie de toujours suivre l’exact même chemin, sans risque d’accrocher un objet ou une personne. C’est l’outil idéal pour réaliser des plans à effet dès le premier essai.
Capable de porter un ensemble de prise de vue de onze kilogrammes, l’éventail des caméras et objectifs pouvant être utilisés est vaste. 1T2K est équipé d’une Ember S5K, de la société Freefly, qui permet de tourner à six cents images par seconde en 5K et huit cents en 4K, sur un capteur S35. En combinant des mouvements de caméra ultra-rapides et précis avec une prise de vue à haute cadence, cela crée des effets de super-slowmotion percutants. Mikko s’enthousiasme : « Le robot est infaillible car il est programmé. Il n’y a jamais de souci de cadre ou de mise au point, c’est une véritable chorégraphie, pour des effets très dynamiques reproductibles à l’infini. »
Des usages inattendus

Alors que Mikko s’attendait à travailler essentiellement dans le packshot, à filmer la chute d’un objet ou d’un liquide par exemple, il découvre d’autres usages inattendus. Notamment les interviews « à effets ». Les intervenants apprécient de pouvoir se focaliser sur leur discours sans être perturbés par un opérateur, pendant que le robot effectue des mouvements semblables à ceux d’une grue sur un rail de travelling.
Enfin, la trajectoire de la caméra étant toujours parfaitement identique, le robot permet de réaliser des effets multi-passes en jouant sur les vitesses, combinant timelapse et slow-motion via divers calques pour créer des plans très originaux, par exemple la multiplication de personnes dans une pièce. Méliès en aurait rêvé !
Encore plus étonnant, il existe une forte demande pour créer une attraction originale lors de soirées, en filmant les invités de manière unique et prestigieuse avec une sorte de photomaton du futur, à l’image de ce qui se fait aux Oscar avec le Glambot.
Alors que le robot est en activité depuis septembre 2024 seulement, son champ d’action est déjà vaste. Et peut-être est-il heureux d’avoir été détourné des tâches rébarbatives auxquelles il était prédestiné pour effectuer des activités créatives ?
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #60, p.12-13