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Disponible dans de nombreux packs, le récepteur SLXD5 ici présenté avec l’émetteur ceinture SLXD1, permet à Shure de rentrer dans le monde du tournage institutionnel et des productions indépendantes. © DR

Série Shure SLXD, la HF numérique abordable pour le tournage

 

Décidément, les liaisons HF numériques abordables adaptées au tournage arrivent en force ces derniers mois, de quoi satisfaire les productions institutionnelles, les vidéastes et les producteurs indépendants qui souhaitent s’équiper. Après Sennheiser et sa gamme Evolution Wireless Digital, Deity et son système Theos, c’est donc au tour de Shure.

Conçue pour les marchés institutionnels, la série SLXD existe chez Shure depuis quelques temps déjà. Outre sa technologie Digital Predictive Switching Diversity et sa résolution 24 bits, elle a pour elle une facilité d’utilisation et un ensemble d’options particulièrement étudiées pour les applications type sonorisation fixe et conférence.

Jusqu’à présent, l’absence de récepteur portable dans cette gamme la tenait éloignée du monde du tournage. Avec des tarifs situés en dessous des 1 000 euros par liaison et la venue du petit récepteur portable SLXD5, Shure se replace donc sur le marché des solutions HF numériques adaptées au tournage. En effet, autour de son nouveau récepteur, le constructeur propose déjà de nombreux packs l’associant au choix avec l’émetteur ceinture SLXD1, le micro-main SLXD2 ou encore le tout nouveau plug-on SLXD3. C’est donc l’ensemble de ces produits que nous testons en configuration tournage.

 

Gros plan sur le récepteur SLXD5 : le boîtier aluminium semble fait pour durer. Noter le switch de mise en route placé sur la partie supérieure du boîtier afin de simplifier l’utilisation en sacoche. © DR

Récepteur SLXD5 : le chaînon manquant

Dans ce segment de prix encore inconnu dans le monde de la HF numérique il y a seulement trois mois, on reste, comme on pouvait s’y attendre, sur des prestations d’entrée de gamme. Le SLXD5 est donc un récepteur simple canal, doté de deux antennes orientables mais non démontables et d’une largeur de bande limité à 44 MHz. La configuration testée opère dans la bande 518-562 MHz mais cinq autres options sont disponibles : 470–>514 MHz, 562–>606 MHz, 606–>650 MHz, 650–>694 MHz et 823–>832 MHz (Duplex Gap). Cette largeur de bande certes plus étroite que sur les systèmes haut de gamme nous a tout de même permis de choisir parmi une bonne trentaine de canaux durant l’ensemble du test. On reste donc un cran au-dessus par rapport les liaisons 2.4 GHz qui ne peuvent dépasser les 8 MHz disponibles sur cette plage.

La connectique choisie par Shure pour la sortie audio est ici de type minijack à verrouillage. On a droit à une deuxième sortie dédiée au monitoring casque dont le rendu et la réserve de puissance se montreront d’ailleurs d’une qualité étonnante pour un récepteur de ce prix. Je choisis de fixer le récepteur sur mon appareil photo grâce au sabot de fixation fourni.

L’allumage fait apparaître un petit afficheur Oled monochrome relativement défini, mais difficile à lire en plein soleil. Trois touches de navigation permettent de trouver rapidement les réglages répartis sur sept pages de menu. Sans lire le manuel, je trouve facilement la fonction SCAN que je lance et choisis la première fréquence proposée. J’aperçois la touche IR astucieusement située sur le côté et toute proche du port IR. La synchro avec l’émetteur sera réussie dès le premier coup. Rien à redire, l’ensemble de l’opération est facile et très rapide.

D’autre part, le placement de l’interrupteur On/Off et du témoin de réception RF sur la partie supérieure du boîtier rend ce récepteur facilement exploitable en sacoche. Utiliser le SLXD5 de cette façon est d’autant plus crédible qu’il peut sortir à niveau ligne ou micro, et que Shure propose parmi les options d’alimentation son « Battery Eliminator ». Cet accessoire disponible sous la référence SBC 903 offre la possibilité d’alimenter le récepteur en 12V via un sabot de distribution comme le propose des marques comme Hawkwood ou AudioRoot…

 

De gauche à droite, les émetteurs SLXD3, SLXD1 et SLXD2 permettent d’envisager de nombreuses utilisations : perche HF, micro main, micro lavalier… © DR

Un design tout en rondeur

L’émetteur ceinture adopte le design typiquement Shure tout en rondeur, visiblement étudié pour ne pas blesser celle ou celui qui le porte. Pas spécialement compact au regard des standards actuels, le SLXD1 est doté d’un mini écran d’environ 1 cm2, simplement accompagné par deux boutons minuscules. Voilà qui n’incite pas à aller naviguer dans les sept pages d’option, d’autant plus que cet afficheur n’est pas super lisible par forte luminosité. Heureusement, rien de dramatique ici puisqu’il n’y a pas de gain à régler et que les principaux paramètres comme la puissance d’émission, l’offset ou le filtre coupe-bas ne se changent généralement pas très souvent au quotidien.

On imagine d’ailleurs que cet émetteur a été en premier lieu conçu pour l’exploitation dans un lieu fixe où les configurations sont stables, mais où il est par contre important de faciliter la gestion quotidienne. Ainsi, la mise en route s’effectue aisément avec, comme sur le récepteur, un switch sur le dessus facilement accessible même en sacoche.

D’autre part, entre les piles, les blocs d’accu, les docks de chargement simple ou multiple, ce ne sont pas les options d’alimentation et de recharge qui manquent. La prise en main laisse entrevoir une construction où le plastique est présent, mais n’inspire aucune crainte : le SLXD1 semble robuste et pensé pour une utilisation intensive. D’ailleurs, la connectique de l’entrée micro n’est pas en minijack comme on pouvait s’y attendre, mais en TA4, un standard pas spécialement compact, mais plus solide.

La capsule UL4BC utilisée durant le test est de directivité cardioïde, un choix que l’on privilégie généralement pour les situations en intérieur type conférence ou plateau TV. Facile à placer, elle délivrera tout au long de l’essai un son précis et agréable mais se montrera en revanche assez sensible au vent. Mais Shure propose de nombreuses alternatives comme le modèle Twin Plex TL 48 par exemple, une capsule plus compacte et de directivité omnidirectionnelle, dont le rendu et les dimensions sont assez proches du fameux Cos 11 de Sanken…

 

Piles LR6 rechargeables ou non, bloc d’accu SB 903 et USB-C font partie des options d’alimentation compatibles avec la gamme Shure SLXD. © DR

La qualité de son au rendez-vous

La réécoute des rushes audio dans Pro Tools laisse apparaître une excellente qualité de son. Le bruit de fond reste bas, même après l’ajout d’un compresseur, la dynamique est élevée malgré l’absence de niveau de gain à régler au tournage. La latence annoncée à 3 ms par le constructeur se vérifie bien en comparaison avec un micro filaire et c’est pour l’instant l’une des plus basses du marché, au coude à coude avec la série Evolution Digital Wireless de Sennheiser. Le jour de mes tests de portée, en ville, le mode « Lo » équivalent à une puissance d’émission de 1 W s’est montré trop juste en extérieur (moins de 5 m) tandis que le mode Hi (10 mW) se montrait suffisant. Il faut malgré tout relativiser ces résultats, certains utilisateurs ayant obtenu des distances sensiblement supérieures aux miennes.

En matière d’autonomie et de possibilités d’alimentation, Shure fort de son expérience donne le choix parmi plusieurs options. Les simples piles LR6 en version non rechargeable ou Ni-MH donneront environ six heures pour le récepteur et un peu plus de dix pour l’émetteur. On peut aussi opter pour le bloc accu optionnel SB903 qui permet de surveiller l’état de charge de la batterie affiché directement en heures et minutes ou encore utiliser une batterie externe type Powerbank via le port USB-C.

 

Trois choix d’émetteurs

Pour des tournages type news, l’émetteur main SLXD2 équipé de la légendaire capsule SM58 semble lui aussi fait pour durer et donne au reporter un look « broadcast » indéniable. Il procure surtout un isolement très efficace en environnement bruyant, mais il aura tendance à « popper » sur les voix riches en plosives. Il faudra donc soit l’équiper d’une bonnette en mousse, soit se tourner vers une autre capsule, sachant que la gamme Shure permet de trouver des alternatives pour des rendus différents : Beta 58, Beta 87, SM86, KSM8, ce n’est pas le choix qui manque.

D’autre part, pour les productions déjà équipées en micro main ou pour envisager d’autres configurations d’interview, le tout nouvel émetteur plug-on SLXD3 est une alternative à considérer. On pourra l’utiliser avec des micros de poing bien sûr, mais aussi avec des micros plus spécifiquement conçus pour le reportage TV comme le Shure SL 63, un modèle bien adapté à l’interview qui permet de reculer légèrement le micro de l’interviewé afin de le placer bord cadre. Comme le SLXD3 est capable de fournir une alimentation 48 V, on peut également envisager des prises de son plus distantes et donner ainsi plus de liberté au cadre en utilisant des microphones statiques ou canon sur perche sans la contrainte du fil.

 

Le nouvel émetteur plug-on SLXD3 permet facilement de se construire une perche HF pour la fiction ou le reportage. Noter le système de connecteur à verrouillage. © DR

Un écosystème bien établi

Pour son arrivée sur l’entrée de gamme en HF numérique portable, Shure se concentre sur la simplicité d’utilisation et les fonctionnalités essentielles. On oublie donc pour l’instant le double canal, la communication via Bluetooth, le pilotage depuis le smartphone, l’écran couleur « king size » ou encore la fonction enregistrement intégré sur les émetteurs. En résumé, pas de superflu et rien de tape à l’œil dans cette gamme SLXD, mais il faut admettre que la qualité audio et la facilité d’utilisation sont bien réelles. De plus, la latence est basse, l’autonomie satisfaisante et le système ne chauffe pas.

Enfin, la richesse de l’écosystème Shure, en place depuis de nombreuses années, permet d’envisager une grande variété de situations : micros cravate, micros main, perches HF, tout est possible grâce à une large gamme de capsules disponibles, sans oublier les nombreuses options d’alimentation et de recharge ou encore le logiciel Workbench pour ceux qui souhaitent gérer de grosses configurations HF, même si on s’écarte ici du cœur de la cible visée.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #58, p. 32-34